Le 10 juillet 2025 à 17:29:54 :
Et maintenant, tu comptes encore rester avec nous Rusl ? Qu'est-ce qu'on doit faire ?![]()
- Vous êtes libre de faire c'que vous voulez les p'tiots...
- Vous pouvez rester auprès de moi pour apprendre encore les 2 ou 3 trucs que je peux vous enseigner, mais si vous souhaitez vraiment partir j'ai connaissance d'un train qui va dans un autre pays, il part demain. Sinon je peux vous faire rencontrer des adolescents qui sont comme vous, mais il faudra retourner à Witchita pour ça, c'est risqué. ça sera l'une des trois options et rien d'autre je ne vous laisse pas repartir à l'aveuglette
Pas d'autres avis, tout le monde veut suivre le sensei Rusl ? 
Je ne dis pas que c'est un mauvais choix juste que vous perdrez les autres opportunités. 
(Et vous pouvez aussi proposer autre chose évidemment)
Résumé du 1er arc :
Obédience, austérité, vigilance... Huit ans mais les brillants Alastor
et Auroch
sont trop à l'étroit à l'orphelinat de Witchita.
Après un accident qui aurait dû lui être fatal, Alastor constate avec stupéfaction qu'il est intact. Pourtant adultes comme élèves semblent ignorer ce petit miracle. Alastor perd pied, essuie échecs après échecs et contemple de se jeter par la fenêtre pour effacer ses doutes.
Au même moment son frère Auroch tente de percer les secrets d'une disquette indestructible
qui finit par embraser un minitel. Il est temps de quitter les lieux, à deux, à la recherche d'une autre vérité que celle du gouvernement d'Oxygène.
Dans la bibliothèque municipale, Auroch le Séris échappe de peu à la capture par l'agent Polgar
avant d'être happé dans le dédale urbain tenu par les marginaux.
Alastor s'inquiète mais suit sa voie, ou plutôt sa lignée, Draconique, dans un atelier ocre où officie l'insondable Trisha
au service du guide.
Tout ça n'est qu'un misérable miroir aux alouettes, qui lui vaut d'y laisser des plumes sous la carcasse d'une voiture, une tentative de prouver sa valeur dans une secte où les adeptes n'en ont pas.
Dernier atout du gourou : Ezra Talyor
, enchaîné sous des haillons, silhouette imposante mais famélique, irradiante de turquoise mais bien sombre.
Malgré ça, les monstres de foire ne suffisent plus aux adeptes chauffés à blanc par Alastor qui eux aussi veulent la vérité. Ils mènent le guide à sa perte, Ezra se libère, la secte Draconique cesse d'exister.
Auroch et Alastor ont évolué séparés, à un dénominateur commun près : Rusl
, un sans-abri avenant qui finit par trahir ses pouvoirs qu'il aurait préféré sceller à tout jamais. Rusl les sauve tous les deux, chacun à sa manière, et décide de les emmener en lieux sûr, là où les routes s'évanouissent : la forêt.
Alastor a soif de savoir, hors de question pour Rusl : inutile et imprudent, mais le Croq'Loup
en décide autrement, les guidant vers un ancien autel au sein de ruines grouillantes de Qelercasses agressives. Les deux frères en réchappent avec un fragment de statue, un don du Croq'Loup, mais leurs blessures infectées ont raison d'eux.
Encore une fois, c'est Rusl qui les tire d'affaire, l'apparition et le cadeau qu'ils en ont reçus achèvent de convaincre le marginal : il est temps de conduire la cérémonie de l'Ald.
Quelque chose mijote dans une casserole en fonte posée sur le feu, des clapotis lui font se soulever le couvercle comme une palourde bavarde.
Rusl inspecte les deux fioles avec accablement, faisant rouler les deux perles liquides qu'elles contiennent dans l'espoir de se tromper.
Sans succès.
- Z'avez prouvé tous les deux que vous étiez des transcendés pur jus les copains... J'suis juste soulagé que voys ayez survécu à ces Qelercasses, pour le reste... Ouep ça ne fait aucun doute, z'êtes transcendés.
Alastor sourit, décidément ce mot lui ravit l'oreille. Il parle bien fort pour que le marginal ne fasse pas semblant de ne rien entendre.
- C'est sans fin avec toi hein Alastor ? Tu cherches toujours c'qu'il y a après. Eh bah j'vais te la dire moi, la vérité : c'est à toi de choisir ton chemin. Plus b'soin de papy Rusl pour dire quoi faire et où aller.
- Arrête de noyer le poisson, je parle de mes pouvoirs, quand apparaîtront-ils ?
- Les fameux... Et pour fabriquer quoi avec, ça personne n'en a une traître idée... Sûrement qu'tu cherches à faire s'abattre des éclairs pour caresser les moutons, ou alors qu'tu vas remplir le ventre des orphelins avec des déluges de feu, un vrai p'tit philanthrope le copain Alastor.
- Tout ce qui m'importe c'est de savoir ce dont je suis capable.
- De toute façon j'ai expliqué tout ça. Il vous faut un autel, un vrai, encore plein d'vie, pas comme celui que le Croq'Loup vous a montré du bout d'sa truffe.
Le fumet beurré et aillé qui émane de la casserole envahi le campement blotti dans l'obscurité grisâtre de Pluton. Rusl donne quelques coups de louche pour remplir trois bols lisses et identiques, ce qui n'empêche pas l'esprit d'Alastor de continuer à bouillonner, comme la marmite. Entre deux cuillerées il assaille Rusl.
- Tu te souviens de ma chute ? Elle aurait pu m'être fatale mais j'en sors indemne, curieux non ?
- Pas tant qu'ça. Les transcendés, tous sans exception, sont entouré par une sorte de... d'aura protectrice.
- Pas toujours des plus fiables.
- Ça varie mon pote, j'ai pas tous les détails mais ce bouclier ne s'déclenche pas forcément à chaque fois, et sa solidité... Ben...
- Elle dépend de sa maîtrise sur sa propre transcendance ?
Alastor se ronge les ongles, une défense parfaite et une offense arcanique, quand est-ce qu'on commence ?
- Montre-nous un de ces fameux autels.
Le Lazuli essuie une trace de sauce sur le menton avec sa manche, pendu aux lèvres de Rusl qui marque une pause bien trop longue.
- ...C'est là qu'ça se gâte. Ce que tu me demandes ça courre pas les rues, l'ami Alastor. Et pis on en vient à la vraie raison d'notre présence dans ces bois...
Auroch hausse un sourcil sans arrêter de se goinfrer, le vieillard poursuit, hésitant.
- Demain à l'aube, un train part vers un autre pays, loin d'Oxygène. C'est la garantie d'un avenir meilleur, pour sûr.
Le Séris se lève, interrompant son frère en plein réflexion, en train de jauger le pour et le contre de cette proposition. Il balaie d'un revers de main les doutes et les oppositions.
Les rayons pâles et sans éclat de l'astre remontent peu à peu une colonne de bois, vestige d'un arrêt depuis longtemps avalé par la végétation, une horloge fendue pleure ses aiguilles manquantes, des sortes de gros scolopendres grignotent le dernier mot lisible sur une affiche délavée, « obédience ».
Auroch s'installe sur un des rares bancs tenant encore debout, étend les jambes, et lance un coup d’œil à son frère.
- Rusl détient encore des connaissances.
- Quelques miettes probablement. Là où on va on aura toute la baguette de pain pour nous.
- Qui sait... Dis, j'ai remarqué ce matin que des gouttes épaisses recouvraient mes membres. Les gouttes de l'Ald.
- Tout pareil. Allez, on se détend.
- Ça t'a traversé l'esprit qu'il pourrait s'agir d'un piège ?
- Ouep, mais mieux vaut risquer un piège qu'une vie dans cette prison à ciel ouvert.
- On aurait pu attendre, se former avec Rusl pour avoir toutes les clefs !
- Dingue, on dirait que tu chouines comme quand tu veux repasser une évaluation. « Bouhou si j'avais su j'aurais révisé ça », « bouhou j'ai pas eu le temps de préparer tel exercice ». Moi je te le répète : il faut lâcher prise, tout n'a pas à être parfait du premier coup.
- Ne cache pas ton manque de préparation derrière des maximes idiotes.
- De toute façon le vieux nous l'a dit, ce train passe une fois et une seule. Personne peut dire quand il reviendra.
- Et moi ma détermination vacille...
Alastor resserre ses avant-bras, se recroqueville, et bat la cadence du pied, comme ligoté par des fils invisibles. Derrière lui on tousse à s'en arracher les poumons, c'est le vieux Rusl, c'est gras et profond, de véritable détonations.
- Mon p'tit gars ? Je vais devoir partir bientôt, j'peux pas rester, c'est pas pour moi les adieux.
Alastor hoche la tête en feignant un sourire. Rusl enchaîne avec une voix chevrotante, affaiblie par la toux.
- Répète de quoi j'vous ai instruit, avant de rentrer dans le train.
- Présenter la fiole, mettre le bandeau sur les yeux, ne pas poser de question et...
Rusl le coupe : - Tu es sûr qu'ça ira sur ce point ? Mmmh ?
- QUASAR ! Vous veillez l'un sur l'aut' ! Vous êtes deux, faites en vot' force !
Il déraille, incapable de continuer, et tourne les talons. Le vieil homme au dos secoué par les quintes marche courbé, il claudique à petit pas pour descendre du quai et lève le bras une ultime fois, poing serré.
- COURAGE !
Avant de disparaître derrière les hêtres et les noisetiers.
Les oiseaux réveillés à l'aube inondent l'air de leurs piaillements, qui comblent le vide. Auroch sur son banc, Alastor contre le mur, chacun attend sans prendre garde à la symphonie aviaire.
La voie ferrée tremble, annonciatrice de leur nouveau départ, une cacophonie s'impose, celle du métal qui crisse contre le métal, des vérins pneumatiques, de la chaudière à... Vapeur ?
- Auroch, c'est quoi cette fumée ? Tu as encore fichu le feu quelque part ?
- Très drôle. Sûrement un train spécial.
- Peut-être. Une technologie avancée que seule cet étrange pays voisin maîtrise.
La bouche du Lazuli s'arrondit devant sa belle peinture verte-noire qui jure avec tous les canons esthétiques d'Oxygène. Entouré par un nuage de fumée qui exhale de la locomotive c'est presque un dragon, une créature mystique surgissant des temps reculés.
Il ne prend pas garde à ces deux femmes, aux visages dissimulées par des képis à la longue visière, et des foulards noirs.
- Vous deux, les enfants. Présentez-nous la normaline.
L'écrin de verre est déjà dans sa main fébrile, le réceptacle de cette petite goutte si précieuse, pour ne pas l'oublier ou le perdre. La femme l'échange contre un rectangle de tissu qu'il s'empresse de nouer sous son front. On l'empoigne par l'épaule dans le noir complet, une voix autoritaire s'élève.
- Avancez, faites attention à la marche quand on vous l'indiquera. Vous suivez jusqu'à votre compartiment et tout se passera bien.
Un bloc de glace pèse subitement dans l'estomac d'Alastor. Comment ça « votre » compartiment ? C'est loin d'être clair. Et si... Alastor voudrait se taire mais il ne peut tenir sa langue dans sa poche.
- Un instant, vous allez nous séparer ? Mais nous sommes frères jumeaux, vous en avez conscience ?
Elle réplique avec douceur, mes ses mots sont secs, arides.
- Les questions ne sont pas tolérées. Contentez-vous de suivre.
- Un mot de plus et vous resterez à quai. Il n'y a pas de troisième voie.
Un pas après l'autre, Alastor tâtonne avant de trouver le marchepied, puis il rencontre un sol dur, agrémenté d'un fin tapis qu'il imagine de velours vert. Il y est, des haut-parleurs diffusent une mélodie étouffée, de la musique classique, puis celle-ci laisse place à un enregistrement automatique qu'il écoute avec une attention indéfectible.
Sa vie en dépend peut-être.
Le vacarme du redémarrage rend la tâche bien malaisée, Alastor s'accroche à chaque mot, tente de deviner ceux qui sautent à chaque nouveau rugissement de la bête de métal.
- Chers passagers, bienv[...] dans ce train en direction de l'Empire de Bra[...] Il circulera à une vitesse [...] de 80 km/h. En cas d'arrêt, prière d'observer le silence complet pour [...]. Merci de n'enlever votre bandeau, ceci n'est pas une consigne, c'est un impératif. Nous vous souhaitons [...]
Le wagon vient définitivement de partir, dans la bonne direction ? Alastor s'appuie sur sa banquette, de la mousse s'échappe du cuir usé.
Au moins deux autres respirations, il n'est pas seul. Une question ou deux ne feront de mal à personne, après tout ce sont sûrement des passagers comme lui. Un timbre aigu, en pleine mue, le court-circuite.
- Sept fois qu'on l'entend ce message de malheur. Attention à ne pas parler pendant les arrêts les enfants, ou les forces du mouvement anti-liberté cachées sous votre lit viendront vous chopper les chevilles ahah.
Une autre le réprimande, visiblement déjà lassée de ses bouffonneries, elle aussi c'est une adolescente, une presque vieille.
- Les forces du M.A.L sont réelles. Tu ne serais pas dans ce train sinon.
- Mes adorables parents m'ont inscrit pour un petit séjour de rééducation, après avoir découvert que j'étais spécial. C'est ça la raison, pas le croque-mitaine.
- B-bonjour, je préfère ne pas vous révéler mon nom... Mais je suis enchanté.
L'intervention d'Alastor plonge le compartiment dans le mutisme. Le Lazuli soupire et prend son mal en patience. Des heures durant, son corps perdu dans le sombre océan de la cécité ploie au gré des virages, encore inconscient de sa destination, il subit chaque nouveau soubresaut du wagon dans un état d'inquiétude impuissante.
Une annonce.
- Arrêt non prévu.
- Arrêt non prévu.
- Arrêt non prévu.
JvArchive compagnon