Une nuée de carcasses volantes tournoie sous la voûte céleste, décrivant une spirale qui converge vers les enfants et le loup.
Leurs ailes brassent inutiles brassent l'air, trop proches, mais les deux frères n'ont pas le loisir de rester médusés : Pluton irise à nouveau la salive sur le fragment de toutes les convoitises.
La trêve est finie.
Tassés l'un contre l'autre, exténués par la poursuite, ils déploient chacun des énergies moites pour repousser l'autre.
Paume qui presse contre une joue, ongle qui poinçonne l'épaule, front qui froisse le nez.
Ils se battent sans se battre, grognent, roulent au sol, s’agrippent. Dans ce désordre les créatures n'en finissent pas de se rapprocher, ignorant les jappements du Croq'Loup.
Trop c'est trop. Auroch enfonce son coude dans le plexus solaire de son frère, Alastor l'arrose de postillons, le souffle coupé.
Le Séris rafle le fragment de toutes les convoitises et ironise. - Tu peux me remercier, je t'épargne le nettoyage de ce trésor baveux.
Alastor fulmine, le coin de sa lèvre tremble, ses paupières mécontentes ressemblent à deux coquilles de noix ridées. Toujours couché sur l'ancienne mosaïque, il recrache vertement sa bile à la figure d'Auroch.
- Une plaisanterie et on oublie tout ? Tu crois vraiment que ça va être aussi simple cette fois-ci ? Tu n'es qu'un égoïste, un sombre crétin qui ne réalise pas la chance qu'il a d'avoir un frère comme moi !
- Avec un peu plus de muscles et il s'rait en ta possession. La bonne volonté ça va bien cinq minutes, mais la seule vérité dans ce monde c'est la niaque, le sang, les larmes.
Un chaos d'os lui mouche sa réplique, cinq, six... Non, sept créatures aux poitrails évidés, aux orbites inexpressives, qui les prennent dans leur irrésistible tourbillon cartilagineux.
Auroch ne perd pas une seconde, il se jette vers la sortie des ruines mais les carcasses font barrages et le griffent. Il pousse contre la forêt d'os mais se fait engloutir et mettre à terre, le forçant à se protéger en boule, impuissant.
- Reculez, sa**peries ! Laissez-moi tranquille !
Mais elles n'écoutent pas et mettent sa chair en charpie. Auroch gémit, ses blessures fraîches se rouvrent avec un plaisir vicieux et transissent à nouveau son corps de douleur.
Sous son dos, les dalles de pierre inamovibles et impitoyables. Au dessus de lui, les carcasses bringuebalantes à la cruauté insondable.
Le Séris déploie un effort désespéré pour frapper ses assaillantes, son poing touche une côte trop dure, ses phalanges palpitent, tout son bras le lance.
On l'attrape fermement sous les épaule pour le tirer de ce nid de frelon, c'est Alastor.
- Casse-toi ! J'peux me passer de tes deux brindilles.
Son frère n'écoute pas, son visage rougit sous l'effort, il l'arrache aux créatures qui emportent avec leurs griffes des lambeaux de sa veste.
- Hfff... Hfff... Le Croq'Loup, il s'est enfui. Et si on ne réagit pas ces choses vont nous... Nous...
Sa voix déraille à la vue des jambes d'Auroch, zébrées de sang, avant de compléter. « Nous déchiqueter. »
- Moi je dis : on charge à travers et on avise. Elles m'ont quasi rien fait je te jure, c'est le genou qu'a cogné en tombant c'est tout.
- Regarde comment ça t'a réussi ! Tu es exsangue ! Encore un écorchage et tu crèves, tu comprends ça ?
Auroch brandit son doigt comme une épée miniature en direction de son frère Lazuli, sa bouche s'ouvre par deux fois mais elle est à court d'idée et de pique. Misère, ce loup s'est vraiment barré, alors que le vieux Rusl aurait sorti un tour de son chapeau pour les sauver, pas comme ce sac à puce.
L'essaim de carcasse fond une nouvelle fois sur eux. Ce n'est ni Polgar, ni l'orphelinat qui auront eu sa peau, mais ces squelettes bovins surnaturels ? Auroch jette un regard noir à la masse mouvante d'os, elle se meut dans l'air comme banc de poisson maléfique.
Tel un bambin qui savoure une pluie tiède, il étend les bras, paumes tournées vers le ciel. Le jeune Séris ferme les yeux et sourit, c'est fini, peut-être que ce traîne-la-patte d'Alastor en profitera pour s'échapper.
Quelle importance.
Son esprit se réfugie dans la paix de ses ténèbres intérieurs, sans craindre sa fin, il médite sur la surface d'un lac sans fond ni bord.
Quelques vaguelettes viennent perturber le calme apparent, leurs ondulations éclaboussent l'avatar lumineux que s'est choisi Auroch en ces lieux. Sûrement les interférence du monde extérieur : cris de bêtes, raclement du cartilage sur les antiques colonnes : une symphonie macabre orchestrée par leurs côtes et leurs crânes, qui jouent des percussions les unes contre les autres.
Non, elles ne feront pas partie de ses ultimes souvenirs ! Il se reconcentre, le vent de leurs ailes a beau lui effleurer le visage il les oublie, fait le vide.
Auroch est seul sur le lac, enfin... Ou du moins il le voudrait. Pourquoi ne se sent-il pas isolé malgré ses efforts pour se murer du monde extérieur ?
Quelle est cette présence ?
Les créatures ? Non, il change de perspective : c'est cette sculpture de Séris, elle occupe le centre de la place mais aussi celui de cet espace mental.
Sa rude pierre lui apparaît douce et rassurante comme une étreinte maternel, d'un coup d'un seul il rouvre ses paupières et enjoint à son frère : - La statue ! Il faut toucher la statue !
Alastor se retourne, le poignet transpercé par une corne. Il assène un bâton sur l'échine du monstre qui l'a embroché puis bondit sans réfléchir un instant.
Auroch lui emboîte le pas, mais la nuée le percute et le fait décoller du sol. Il s'envole, avant de se fracasser contre le sol rugueux. Sa respiration a un goût métallique, son souffle est secoué et irrégulier.
- COURAGE AUROCH ! Tu peux le faire ! Allez !
- C-c'est pas grave Alastor. Q-quand elles en auront fini avec moi... Faudra que tu récupères le fragment d'accord ?
- Non, tu vas pas me laisser seul enfoiré ! Arrête de raconter tes conneries !
- Où qu'elle me conduisent on... on se reverra frérot.
Les créatures s'amassent à nouveau, et infléchissent leur mouvement en une boucle qui se précipite sur le corps du Séris, comme pour le dévorer tel un nuage de criquet.
Cette fois pas de résistance inattendue comme face à Polgar, de crise cardiaque surprise de concierge, ou d'intervention magique de Rusl.
Non, elles frôlent le sol, leurs cages thoraciques crissent sur le sol, Auroch est comme piégé entre deux rails pendant le passage d'un train et puis...
Rien.
Il est encore en vie, en pas plus mauvais état qu'avant, la voix d'Alastor l'interpelle à nouveau, comme le bourdonnement d'une mouche dont on ne parvient jamais à se débarrasser vraiment.
- Ramène toi avant qu'elle ne rappliquent !
Auroch rampe, tout penaud. Et son sacrifice héroïque, il va avoir l'air de quoi à gesticuler comme un asticot après toutes ces belles paroles ? Tant pis, il ne survivra peut-être pas à la honte mais à ces saletés, si. Le contact de la statue lui apporte réconfort et chaleur, il se blottit comme un chat contre le ventre poilu et nourricier de sa mère.
Peu à peu les rayons de Pluton se font plus vifs et sonnent le glas de la nuit. L'astre teint le monde à sa façon, grise et morne.
Les créatures errent toujours dans les ruines, virevoltant parfois au dessus des deux enfants endormis contre la Séris de marbre.
Auroch se réveille le premier, son palais semble tapissé de carton, chacun de ses muscles est engourdi. Et ce n'est pas le pire, non, ce qui l'afflige le plus ce sont ses pieds, tous raides. Qui a remplacé chacune de leurs articulations par des blocs de paille séchée ?
Il baille et craquelle un peu plus la commissure de ses lèvres.
- Alastor, debout ! Les tas d'os ont fini par se lasser.
Son frère remue, probablement qu'il ne dort même pas vraiment. Compréhensible vue la qualité toute relative du couchage.
Alastor s’étire, constate avec effroi qu'il n'a même plus un seul de ses orteils sur la statue, et repose une main prudente, pour faire bonne mesure.
- Hein... Tu en es sûr ? Elles sont de nature fourbe, ça se sent. Ce pourrait-être une ruse pour nous inciter à nous détacher de la statue.
- Pas mal ça, bien vu. Restons ici en attendant que la faim ou la soif nous termine. Et n'oublions pas l'absence de toilette, c'est un bonus non-négligeable.
Une moue pensive passe sur le visage d'Alastor.
- Ouais. Mais admettons, hypothétiquement, que ces carcasses nous laissent partir gentiment. On fait quoi ?
- Classique Alastor, ça panique dès qu'il y a plus Monsieur Machin pour lui donner la liste des devoirs, ou Madame Truc pour lui dire que la cantine ferme à telle heure.
- Très drôle, si tu as encore de l'énergie pour me railler peut-être est-ce que tu pourrais m'exposer le plan sur lequel tu as dû travailler. Celui qui te met tant en confiance.
- Ben... Une fois qu'on se carapate on va... On va explorer les environs.
Alors, les enfants se libèrent des ruines. Leur fuite incertaine les emmène jusqu'aux forêts avoisinantes, mais s'improviser chasseur cueilleur n'est pas une mince affaire.
Dans ces terres rocailleuses, presque arides, envahies par les buissons épineux et les pins, ce ne sont pas les rares flaques saumâtres ou le gibier - si évasif qu'il paraît invisible - qui les nourriront. Bien qu'affaiblis ils posent des collets, préparent des appâts, et creusent des trous pour se cacher des créatures à la tombée de la nuit.
Pourtant les jours défilent et leurs corps accumulent de vertigineuses dettes en nutriments et en calories. Ça gargouille dans le ventre à leur en faire mal, à leur en priver de sommeil. Leurs journées sont rythmée par les maux de tête, ils arpentent les bois avec apathie comme des cadavres en devenir.
Les blessures brunissent, verdissent, gonflent, et la fièvre monte.
Peut-être que c'est eux, que Pluton est venu chercher ?
Une nuée de carcasses volantes tournoie sous la voûte céleste, décrivant une spirale qui converge vers les enfants et le loup.
Leurs ailes brassent inutiles brassent l'air, trop proches, mais les deux frères n'ont pas le loisir de rester médusés : Pluton irise à nouveau la salive sur le fragment de toutes les convoitises.
La trêve est finie.
Tassés l'un contre l'autre, exténués par la poursuite, ils déploient chacun des énergies moites pour repousser l'autre.
Paume qui presse contre une joue, ongle qui poinçonne l'épaule, front qui froisse le nez.
Ils se battent sans se battre, grognent, roulent au sol, s’agrippent. Dans ce désordre les créatures n'en finissent pas de se rapprocher, ignorant les jappements du Croq'Loup.
Trop c'est trop. Auroch enfonce son coude dans le plexus solaire de son frère, Alastor l'arrose de postillons, le souffle coupé.
Le Séris rafle le fragment de toutes les convoitises et ironise. - Tu peux me remercier, je t'épargne le nettoyage de ce trésor baveux.
Alastor fulmine, le coin de sa lèvre tremble, ses paupières mécontentes ressemblent à deux coquilles de noix ridées. Toujours couché sur l'ancienne mosaïque, il recrache vertement sa bile à la figure d'Auroch.
- Une plaisanterie et on oublie tout ? Tu crois vraiment que ça va être aussi simple cette fois-ci ? Tu n'es qu'un égoïste, un sombre crétin qui ne réalise pas la chance qu'il a d'avoir un frère comme moi !
- Avec un peu plus de muscles et il s'rait en ta possession. La bonne volonté ça va bien cinq minutes, mais la seule vérité dans ce monde c'est la niaque, le sang, les larmes.
Un chaos d'os lui mouche sa réplique, cinq, six... Non, sept créatures aux poitrails évidés, aux orbites inexpressives, qui les prennent dans leur irrésistible tourbillon cartilagineux.
Auroch ne perd pas une seconde, il se jette vers la sortie des ruines mais les carcasses font barrages et le griffent. Il pousse contre la forêt d'os mais se fait engloutir et mettre à terre, le forçant à se protéger en boule, impuissant.
- Reculez, saletés ! Laissez-moi tranquille !
Mais elles n'écoutent pas et mettent sa chair en charpie. Auroch gémit, ses blessures fraîches se rouvrent avec un plaisir vicieux et transissent à nouveau son corps de douleur.
Sous son dos, les dalles de pierre inamovibles et impitoyables. Au dessus de lui, les carcasses bringuebalantes à la cruauté insondable.
Le Séris déploie un effort désespéré pour frapper ses assaillantes, son poing touche une côte trop dure, ses phalanges palpitent, tout son bras le lance.
On l'attrape fermement sous les épaule pour le tirer de ce nid de frelon, c'est Alastor.
- Casse-toi ! J'peux me passer de tes deux brindilles.
Son frère n'écoute pas, son visage rougit sous l'effort, il l'arrache aux créatures qui emportent avec leurs griffes des lambeaux de sa veste.
- Hfff... Hfff... Le Croq'Loup, il s'est enfui. Et si on ne réagit pas ces choses vont nous... Nous...
Sa voix déraille à la vue des jambes d'Auroch, zébrées de sang, avant de compléter. « Nous déchiqueter. »
- Moi je dis : on charge à travers et on avise. Elles m'ont quasi rien fait je te jure, c'est le genou qu'a cogné en tombant c'est tout.
- Regarde comment ça t'a réussi ! Tu es exsangue ! Encore un écorchage et tu y passe, tu comprends ça ?
Auroch brandit son doigt comme une épée miniature en direction de son frère Lazuli, sa bouche s'ouvre par deux fois mais elle est à court d'idée et de pique. Misère, ce loup s'est vraiment barré, alors que le vieux Rusl aurait sorti un tour de son chapeau pour les sauver, pas comme ce sac à puce.
L'essaim de carcasses fond une nouvelle fois sur eux. Ce n'est ni Polgar, ni l'orphelinat qui auront eu sa peau, mais ces squelettes bovins surnaturels ? Auroch jette un regard noir à la masse mouvante d'os, elle se meut dans l'air comme banc de poisson maléfique.
Tel un bambin qui savoure une pluie tiède, il étend les bras, paumes tournées vers le ciel. Le jeune Séris ferme les yeux et sourit, c'est fini, peut-être que ce traîne-la-patte d'Alastor en profitera pour s'échapper.
Quelle importance.
Son esprit se réfugie dans la paix de ses ténèbres intérieurs, sans craindre sa fin, il médite sur la surface d'un lac sans fond ni bord.
Quelques vaguelettes viennent perturber le calme apparent, leurs ondulations éclaboussent l'avatar lumineux que s'est choisi Auroch en ces lieux. Sûrement les interférence du monde extérieur : cris de bêtes, raclement du cartilage sur les antiques colonnes : une symphonie macabre orchestrée par leurs côtes et leurs crânes, qui jouent des percussions les unes contre les autres.
Non, elles ne feront pas partie de ses ultimes souvenirs ! Il se reconcentre, le vent de leurs ailes a beau lui effleurer le visage il les oublie, fait le vide.
Auroch est seul sur le lac, enfin... Ou du moins il le voudrait. Pourquoi ne se sent-il pas isolé malgré ses efforts pour se murer du monde extérieur ?
Quelle est cette présence ?
Les créatures ? Non, il change de perspective : c'est cette sculpture de Séris, elle occupe le centre de la place mais aussi celui de cet espace mental.
Sa rude pierre lui apparaît douce et rassurante comme une étreinte maternel, d'un coup d'un seul il rouvre ses paupières et enjoint à son frère : - La statue ! Il faut toucher la statue !
Alastor se retourne, le poignet transpercé par une corne. Il assène un bâton sur l'échine du monstre qui l'a embroché puis bondit sans réfléchir un instant.
Auroch lui emboîte le pas, mais la nuée le percute et le fait décoller du sol. Il s'envole, avant de se fracasser contre le sol rugueux. Sa respiration a un goût métallique, son souffle est secoué et irrégulier.
- COURAGE AUROCH ! Tu peux le faire ! Allez !
- C-c'est pas grave Alastor. Q-quand elles en auront fini avec moi... Faudra que tu récupères le fragment d'accord ?
- Non, tu vas pas me laisser seul enfoiré ! Arrête de raconter tes conneries !
- Où qu'elle me conduisent on... on se reverra frérot.
Les créatures s'amassent à nouveau, et infléchissent leur mouvement en une boucle qui se précipite sur le corps du Séris, comme pour le dévorer tel un nuage de criquet.
Cette fois pas de résistance inattendue comme face à Polgar, de crise cardiaque surprise de concierge, ou d'intervention magique de Rusl.
Non, elles frôlent le sol, leurs cages thoraciques crissent sur le sol, Auroch est comme piégé entre deux rails pendant le passage d'un train et puis...
Rien.
Il est encore en vie, en pas plus mauvais état qu'avant, la voix d'Alastor l'interpelle à nouveau, comme le bourdonnement d'une mouche dont on ne parvient jamais à se débarrasser vraiment.
- Ramène toi avant qu'elle ne rappliquent !
Auroch rampe, tout penaud. Et son sacrifice héroïque, il va avoir l'air de quoi à gesticuler comme un asticot après toutes ces belles paroles ? Tant pis, il ne survivra peut-être pas à la honte mais à ces saletés, si. Le contact de la statue lui apporte réconfort et chaleur, il se blottit comme un chat contre le ventre poilu et nourricier de sa mère.
Peu à peu les rayons de Pluton se font plus vifs et sonnent le glas de la nuit. L'astre teint le monde à sa façon, grise et morne.
Les créatures errent toujours dans les ruines, virevoltant parfois au dessus des deux enfants endormis contre la Séris de marbre.
Auroch se réveille le premier, son palais semble tapissé de carton, chacun de ses muscles est engourdi. Et ce n'est pas le pire, non, ce qui l'afflige le plus ce sont ses pieds, tous raides. Qui a remplacé chacune de leurs articulations par des blocs de paille séchée ?
Il baille et craquelle un peu plus la commissure de ses lèvres.
- Alastor, debout ! Les tas d'os ont fini par se lasser.
Son frère remue, probablement qu'il ne dort même pas vraiment. Compréhensible vue la qualité toute relative du couchage.
Alastor s’étire, constate avec effroi qu'il n'a même plus un seul de ses orteils sur la statue, et repose une main prudente, pour faire bonne mesure.
- Hein... Tu en es sûr ? Elles sont de nature fourbe, ça se sent. Ce pourrait-être une ruse pour nous inciter à nous détacher de la statue.
- Pas mal ça, bien vu. Restons ici en attendant que la faim ou la soif nous termine. Et n'oublions pas l'absence de toilette, c'est un bonus non-négligeable.
Une moue pensive passe sur le visage d'Alastor.
- Ouais. Mais admettons, hypothétiquement, que ces carcasses nous laissent partir gentiment. On fait quoi ?
- Classique Alastor, ça panique dès qu'il y a plus Monsieur Machin pour lui donner la liste des devoirs, ou Madame Truc pour lui dire que la cantine ferme à telle heure.
- Très drôle, si tu as encore de l'énergie pour me railler peut-être est-ce que tu pourrais m'exposer le plan sur lequel tu as dû travailler. Celui qui te met tant en confiance.
- Ben... Une fois qu'on se carapate on va... On va explorer les environs.
Alors, les enfants se libèrent des ruines. Leur fuite incertaine les emmène jusqu'aux forêts avoisinantes, mais s'improviser chasseur cueilleur n'est pas une mince affaire.
Dans ces terres rocailleuses, presque arides, envahies par les buissons épineux et les pins, ce ne sont pas les rares flaques saumâtres ou le gibier - si évasif qu'il paraît invisible - qui les nourriront. Bien qu'affaiblis ils posent des collets, préparent des appâts, et creusent des trous pour se cacher des créatures à la tombée de la nuit.
Pourtant les jours défilent et leurs corps accumulent de vertigineuses dettes en nutriments et en calories. Ça gargouille dans le ventre à leur en faire mal, à leur en priver de sommeil. Leurs journées sont rythmée par les maux de tête, ils arpentent les bois avec apathie comme des cadavres en devenir.
Les blessures brunissent, verdissent, gonflent, et la fièvre monte.
Peut-être que c'est eux, que Pluton est venu chercher ?
Une nuée de carcasses volantes tournoie sous la voûte céleste, décrivant une spirale qui converge vers les enfants et le loup.
Leurs ailes brassent inutiles brassent l'air, trop proches, mais les deux frères n'ont pas le loisir de rester médusés : Pluton irise à nouveau la salive sur le fragment de toutes les convoitises.
La trêve est finie.
Tassés l'un contre l'autre, exténués par la poursuite, ils déploient chacun des énergies moites pour repousser l'autre.
Paume qui presse contre une joue, ongle qui poinçonne l'épaule, front qui froisse le nez.
Ils se battent sans se battre, grognent, roulent au sol, s’agrippent. Dans ce désordre les créatures n'en finissent pas de se rapprocher, ignorant les jappements du Croq'Loup.
Trop c'est trop. Auroch enfonce son coude dans le plexus solaire de son frère, Alastor l'arrose de postillons, le souffle coupé.
Le Séris rafle le fragment de toutes les convoitises et ironise. - Tu peux me remercier, je t'épargne le nettoyage de ce trésor baveux.
Alastor fulmine, le coin de sa lèvre tremble, ses paupières mécontentes ressemblent à deux coquilles de noix ridées. Toujours couché sur l'ancienne mosaïque, il recrache vertement sa bile à la figure d'Auroch.
- Une plaisanterie et on oublie tout ? Tu crois vraiment que ça va être aussi simple cette fois-ci ? Tu n'es qu'un égoïste, un sombre crétin qui ne réalise pas la chance qu'il a d'avoir un frère comme moi !
- Avec un peu plus de muscles et il s'rait en ta possession. La bonne volonté ça va bien cinq minutes, mais la seule vérité dans ce monde c'est la niaque, le sang, les larmes.
Un chaos d'os lui mouche sa réplique, cinq, six... Non, sept créatures aux poitrails évidés, aux orbites inexpressives, qui les prennent dans leur irrésistible tourbillon cartilagineux.
Auroch ne perd pas une seconde, il se jette vers la sortie des ruines mais les carcasses font barrages et le griffent. Il pousse contre la forêt d'os mais se fait engloutir et mettre à terre, le forçant à se protéger en boule, impuissant.
- Reculez, saletés ! Laissez-moi tranquille !
Mais elles n'écoutent pas et mettent sa chair en charpie. Auroch gémit, ses blessures fraîches se rouvrent avec un plaisir vicieux et transissent à nouveau son corps de douleur.
Sous son dos, les dalles de pierre inamovibles et impitoyables. Au dessus de lui, les carcasses bringuebalantes à la cruauté insondable.
Le Séris déploie un effort désespéré pour frapper ses assaillantes, son poing touche une côte trop dure, ses phalanges palpitent, tout son bras le lance.
On l'attrape fermement sous les épaule pour le tirer de ce nid de frelon, c'est Alastor.
- Casse-toi ! J'peux me passer de tes deux brindilles.
Son frère n'écoute pas, son visage rougit sous l'effort, il l'arrache aux créatures qui emportent avec leurs griffes des lambeaux de sa veste.
- Hfff... Hfff... Le Croq'Loup, il s'est enfui. Et si on ne réagit pas ces choses vont nous... Nous...
Sa voix déraille à la vue des jambes d'Auroch, zébrées de sang, avant de compléter. « Nous déchiqueter. »
- Moi je dis : on charge à travers et on avise. Elles m'ont quasi rien fait je te jure, c'est le genou qu'a cogné en tombant c'est tout.
- Regarde comment ça t'a réussi ! Tu es exsangue ! Encore un écorchage et tu y passe, tu comprends ça ?
Auroch brandit son doigt comme une épée miniature en direction de son frère Lazuli, sa bouche s'ouvre par deux fois mais elle est à court d'idée et de pique. Misère, ce loup s'est vraiment barré, alors que le vieux Rusl aurait sorti un tour de son chapeau pour les sauver, pas comme ce sac à puce.
L'essaim de carcasses fond une nouvelle fois sur eux. Ce n'est ni Polgar, ni l'orphelinat qui auront eu sa peau, mais ces squelettes bovins surnaturels ? Auroch jette un regard noir à la masse mouvante d'os, elle se meut dans l'air comme banc de poisson maléfique.
Tel un bambin qui savoure une pluie tiède, il étend les bras, paumes tournées vers le ciel. Le jeune Séris ferme les yeux et sourit, c'est fini, peut-être que ce traîne-la-patte d'Alastor en profitera pour s'échapper.
Quelle importance.
Son esprit se réfugie dans la paix de ses ténèbres intérieurs, sans craindre sa fin, il médite sur la surface d'un lac sans fond ni bord.
Quelques vaguelettes viennent perturber le calme apparent, leurs ondulations éclaboussent l'avatar lumineux que s'est choisi Auroch en ces lieux. Sûrement les interférence du monde extérieur : cris de bêtes, raclement du cartilage sur les antiques colonnes : une symphonie macabre orchestrée par leurs côtes et leurs crânes, qui jouent des percussions les unes contre les autres.
Non, elles ne feront pas partie de ses ultimes souvenirs ! Il se reconcentre, le vent de leurs ailes a beau lui effleurer le visage il les oublie, fait le vide.
Auroch est seul sur le lac, enfin... Ou du moins il le voudrait. Pourquoi ne se sent-il pas isolé malgré ses efforts pour se murer du monde extérieur ?
Quelle est cette présence ?
Les créatures ? Non, il change de perspective : c'est cette sculpture de Séris, elle occupe le centre de la place mais aussi celui de cet espace mental.
Sa rude pierre lui apparaît douce et rassurante comme une étreinte maternel, d'un coup d'un seul il rouvre ses paupières et enjoint à son frère : - La statue ! Il faut toucher la statue !
Alastor se retourne, le poignet transpercé par une corne. Il assène un bâton sur l'échine du monstre qui l'a embroché puis bondit sans réfléchir un instant.
Auroch lui emboîte le pas, mais la nuée le percute et le fait décoller du sol. Il s'envole, avant de se fracasser contre le sol rugueux. Sa respiration a un goût métallique, son souffle est secoué et irrégulier.
- COURAGE AUROCH ! Tu peux le faire ! Allez !
- C-c'est pas grave Alastor. Q-quand elles en auront fini avec moi... Faudra que tu récupères le fragment d'accord ?
- Non, tu vas pas me laisser seul enfoiré ! Arrête de raconter tes conneries !
- Où qu'elle me conduisent on... on se reverra frérot.
Les créatures s'amassent à nouveau, et infléchissent leur mouvement en une boucle qui se précipite sur le corps du Séris, comme pour le dévorer tel un nuage de criquet.
Cette fois pas de résistance inattendue comme face à Polgar, de crise cardiaque surprise de concierge, ou d'intervention magique de Rusl.
Non, elles frôlent le sol, leurs cages thoraciques crissent sur le sol, Auroch est comme piégé entre deux rails pendant le passage d'un train et puis...
Rien.
Il est encore en vie, en pas plus mauvais état qu'avant, la voix d'Alastor l'interpelle à nouveau, comme le bourdonnement d'une mouche dont on ne parvient jamais à se débarrasser vraiment.
- Ramène toi avant qu'elle ne rappliquent !
Auroch rampe, tout penaud. Et son sacrifice héroïque, il va avoir l'air de quoi à gesticuler comme un asticot après toutes ces belles paroles ? Tant pis, il ne survivra peut-être pas à la honte mais à ces saletés, si. Le contact de la statue lui apporte réconfort et chaleur, il se blottit comme un chat contre le ventre poilu et nourricier de sa mère.
Peu à peu les rayons de Pluton se font plus vifs et sonnent le glas de la nuit. L'astre teint le monde à sa façon, grise et morne.
Les créatures errent toujours dans les ruines, virevoltant parfois au dessus des deux frère endormis contre la Séris de marbre.
Auroch se réveille le premier, son palais semble tapissé de carton, chacun de ses muscles est engourdi. Et ce n'est pas le pire, non, ce qui l'afflige le plus ce sont ses pieds, tous raides. Qui a remplacé chacune de leurs articulations par des blocs de paille séchée ?
Il baille et craquelle un peu plus la commissure de ses lèvres.
- Alastor, debout ! Les tas d'os ont fini par se lasser.
Son frère remue, probablement qu'il ne dort même pas vraiment. Compréhensible vue la qualité toute relative du couchage.
Alastor s’étire, constate avec effroi qu'il n'a même plus un seul de ses cheveux sur la statue, et repose une main prudente, pour faire bonne mesure.
- Hein... Tu en es sûr ? Elles sont de nature fourbe, ça se sent. Ce pourrait-être une ruse pour nous inciter à nous détacher de la statue.
- Pas mal ça, bien vu. Restons ici en attendant que la faim ou la soif nous termine. Et n'oublions pas l'absence de... commodités... c'est un bonus non-négligeable.
Une moue pensive passe sur le visage d'Alastor.
- Ouais. Mais admettons, hypothétiquement, que ces carcasses nous laissent partir gentiment. On fait quoi ?
- Classique Alastor, ça panique dès qu'il y a plus Monsieur Machin pour lui donner la liste des devoirs, ou Madame Truc pour lui dire que la cantine ferme à telle heure.
- Très drôle, si tu as encore de l'énergie pour me railler peut-être est-ce que tu pourrais m'exposer le plan sur lequel tu as dû travailler. Celui qui te met tant en confiance.
- Ben... Une fois qu'on se carapate on va... On va explorer les environs.
Alors, les enfants se libèrent des ruines. Leur fuite incertaine les emmène jusqu'aux forêts avoisinantes, mais s'improviser chasseur cueilleur n'est pas une mince affaire.
Dans ces terres rocailleuses, presque arides, envahies par les buissons épineux et les pins, ce ne sont pas les rares flaques saumâtres ou le gibier - si évasif qu'il paraît invisible - qui les nourriront. Bien qu'affaiblis ils posent des collets, préparent des appâts, et creusent des trous pour se cacher des créatures à la tombée de la nuit.
Pourtant les jours défilent et leurs corps accumulent de vertigineuses dettes en nutriments et en calories. Ça gargouille dans le ventre à leur en faire mal, à leur en priver de sommeil. Leurs journées sont rythmée par les maux de tête, ils arpentent les bois avec apathie comme des cadavres en devenir.
Les blessures brunissent, verdissent, gonflent, et la fièvre monte.
Peut-être que c'est eux, que Pluton est venu chercher ?
Une nuée de carcasses volantes tournoie sous la voûte céleste, décrivant une spirale qui converge vers les enfants et le loup.
Leurs ailes brassent inutiles brassent l'air, trop proches, mais les deux frères n'ont pas le loisir de rester médusés : Pluton irise à nouveau la salive sur le fragment de toutes les convoitises.
La trêve est finie.
Tassés l'un contre l'autre, exténués par la poursuite, ils déploient chacun des énergies moites pour repousser l'autre.
Paume qui presse contre une joue, ongle qui poinçonne l'épaule, front qui froisse le nez.
Ils se battent sans se battre, grognent, roulent au sol, s’agrippent. Dans ce désordre les créatures n'en finissent pas de se rapprocher, ignorant les jappements du Croq'Loup.
Trop c'est trop. Auroch enfonce son coude dans le plexus solaire de son frère, Alastor l'arrose de postillons, le souffle coupé.
Le Séris rafle le fragment de toutes les convoitises et ironise. - Tu peux me remercier, je t'épargne le nettoyage de ce trésor baveux.
Alastor fulmine, le coin de sa lèvre tremble, ses paupières mécontentes ressemblent à deux coquilles de noix ridées. Toujours couché sur l'ancienne mosaïque, il recrache vertement sa bile à la figure d'Auroch.
- Une plaisanterie et on oublie tout ? Tu crois vraiment que ça va être aussi simple cette fois-ci ? Tu n'es qu'un égoïste, un sombre crétin qui ne réalise pas la chance qu'il a d'avoir un frère comme moi !
- Avec un peu plus de muscles et il s'rait en ta possession. La bonne volonté ça va bien cinq minutes, mais la seule vérité dans ce monde c'est la niaque, le sang, les larmes.
Un chaos d'os lui mouche sa réplique, cinq, six... Non, sept créatures aux poitrails évidés, aux orbites inexpressives, qui les prennent dans leur irrésistible tourbillon cartilagineux.
Auroch ne perd pas une seconde, il se jette vers la sortie des ruines mais les carcasses font barrages et le griffent. Il pousse contre la forêt d'os mais se fait engloutir et mettre à terre, le forçant à se protéger en boule, impuissant.
- Reculez, saletés ! Laissez-moi tranquille !
Mais elles n'écoutent pas et mettent sa chair en charpie. Auroch gémit, ses blessures fraîches se rouvrent avec un plaisir vicieux et transissent à nouveau son corps de douleur.
Sous son dos, les dalles de pierre inamovibles et impitoyables. Au dessus de lui, les carcasses bringuebalantes à la cruauté insondable.
Le Séris déploie un effort désespéré pour frapper ses assaillantes, son poing touche une côte trop dure, ses phalanges palpitent, tout son bras le lance.
On l'attrape fermement sous les épaule pour le tirer de ce nid de frelon, c'est Alastor.
- Casse-toi ! J'peux me passer de tes deux brindilles.
Son frère n'écoute pas, son visage rougit sous l'effort, il l'arrache aux créatures qui emportent avec leurs griffes des lambeaux de sa veste.
- Hfff... Hfff... Le Croq'Loup, il s'est enfui. Et si on ne réagit pas ces choses vont nous... Nous...
Sa voix déraille à la vue des jambes d'Auroch, zébrées de sang, avant de compléter. « Nous déchiqueter. »
- Moi je dis : on charge à travers et on avise. Elles m'ont quasi rien fait je te jure, c'est le genou qu'a cogné en tombant c'est tout.
- Regarde comment ça t'a réussi ! Tu es exsangue ! Encore un écorchage et tu y passe, tu comprends ça ?
Auroch brandit son doigt comme une épée miniature en direction de son frère Lazuli, sa bouche s'ouvre par deux fois mais elle est à court d'idée et de pique. Misère, ce loup s'est vraiment barré, alors que le vieux Rusl aurait sorti un tour de son chapeau pour les sauver, pas comme ce sac à puce.
L'essaim de carcasses fond une nouvelle fois sur eux. Ce n'est ni Polgar, ni l'orphelinat qui auront eu sa peau, mais ces squelettes bovins surnaturels ? Auroch jette un regard noir à la masse mouvante d'os, elle se meut dans l'air comme banc de poisson maléfique.
Tel un bambin qui savoure une pluie tiède, il étend les bras, paumes tournées vers le ciel. Le jeune Séris ferme les yeux et sourit, c'est fini, peut-être que ce traîne-la-patte d'Alastor en profitera pour s'échapper.
Quelle importance.
Son esprit se réfugie dans la paix de ses ténèbres intérieurs, sans craindre sa fin, il médite sur la surface d'un lac sans fond ni bord.
Quelques vaguelettes viennent perturber le calme apparent, leurs ondulations éclaboussent l'avatar lumineux que s'est choisi Auroch en ces lieux. Sûrement les interférence du monde extérieur : cris de bêtes, raclement du cartilage sur les antiques colonnes : une symphonie macabre orchestrée par leurs côtes et leurs crânes, qui jouent des percussions les unes contre les autres.
Non, elles ne feront pas partie de ses ultimes souvenirs ! Il se reconcentre, le vent de leurs ailes a beau lui effleurer le visage il les oublie, fait le vide.
Auroch est seul sur le lac, enfin... Ou du moins il le voudrait. Pourquoi ne se sent-il pas isolé malgré ses efforts pour se murer du monde extérieur ?
Quelle est cette présence ?
Les créatures ? Non, il change de perspective : c'est cette sculpture de Séris, elle occupe le centre de la place mais aussi celui de cet espace mental.
Sa rude pierre lui apparaît douce et rassurante comme une étreinte maternel, d'un coup d'un seul il rouvre ses paupières et enjoint à son frère : - La statue ! Il faut toucher la statue !
Alastor se retourne, le poignet transpercé par une corne. Il assène un bâton sur l'échine du monstre qui l'a embroché puis bondit sans réfléchir un instant.
Auroch lui emboîte le pas, mais la nuée le percute et le fait décoller du sol. Il s'envole, avant de se fracasser contre le sol rugueux. Sa respiration a un goût métallique, son souffle est secoué et irrégulier.
- COURAGE AUROCH ! Tu peux le faire ! Allez !
- C-c'est pas grave Alastor. Q-quand elles en auront fini avec moi... Faudra que tu récupères le fragment d'accord ?
- Non, tu vas pas me laisser seul enfoiré ! Arrête de raconter tes conneries !
- Où qu'elle me conduisent on... on se reverra frérot.
Les créatures s'amassent à nouveau, et infléchissent leur mouvement en un hu qui se précipite sur le corps du Séris, comme pour le dévorer tel un nuage de criquet.
Cette fois pas de résistance inattendue comme face à Polgar, de crise cardiaque surprise de concierge, ou d'intervention magique de Rusl.
Non, elles frôlent le sol, leurs cages thoraciques crissent sur le sol, Auroch est comme piégé entre deux rails pendant le passage d'un train et puis...
Rien.
Il est encore en vie, en pas plus mauvais état qu'avant, la voix d'Alastor l'interpelle à nouveau, comme le bourdonnement d'une mouche dont on ne parvient jamais à se débarrasser vraiment.
- Ramène toi avant qu'elle ne rappliquent !
Auroch rampe, tout penaud. Et son sacrifice héroïque, il va avoir l'air de quoi à gesticuler comme un asticot après toutes ces belles paroles ? Tant pis, il ne survivra peut-être pas à la honte mais à ces saletés, si. Le contact de la statue lui apporte réconfort et chaleur, il se blottit comme un chat contre le ventre poilu et nourricier de sa mère.
Peu à peu les rayons de Pluton se font plus vifs et sonnent le glas de la nuit. L'astre teint le monde à sa façon, grise et morne.
Les créatures errent toujours dans les ruines, virevoltant parfois au dessus des deux enfants endormis contre la Séris de marbre.
Auroch se réveille le premier, son palais semble tapissé de carton, chacun de ses muscles est engourdi. Et ce n'est pas le pire, non, ce qui l'afflige le plus ce sont ses pieds, tous raides. Qui a remplacé chacune de leurs articulations par des blocs de paille séchée ?
Il baille et craquelle un peu plus la commissure de ses lèvres.
- Alastor, debout ! Les tas d'os ont fini par se lasser.
Son frère remue, probablement qu'il ne dort même pas vraiment. Compréhensible vue la qualité toute relative du couchage.
Alastor s’étire, constate avec effroi qu'il n'a même plus un seul de ses orteils sur la statue, et repose une main prudente, pour faire bonne mesure.
- Hein... Tu en es sûr ? Elles sont de nature fourbe, ça se sent. Ce pourrait-être une ruse pour nous inciter à nous détacher de la statue.
- Pas mal ça, bien vu. Restons ici en attendant que la faim ou la soif nous termine. Et n'oublions pas l'absence de toilette, c'est un bonus non-négligeable.
Une moue pensive passe sur le visage d'Alastor.
- Ouais. Mais admettons, hypothétiquement, que ces carcasses nous laissent partir gentiment. On fait quoi ?
- Classique Alastor, ça panique dès qu'il y a plus Monsieur Machin pour lui donner la liste des devoirs, ou Madame Truc pour lui dire que la cantine ferme à telle heure.
- Très drôle, si tu as encore de l'énergie pour me railler peut-être est-ce que tu pourrais m'exposer le plan sur lequel tu as dû travailler. Celui qui te met tant en confiance.
- Ben... Une fois qu'on se carapate on va... On va explorer les environs.
Alors, les enfants se libèrent des ruines. Leur fuite incertaine les emmène jusqu'aux forêts avoisinantes, mais s'improviser chasseur cueilleur n'est pas une mince affaire.
Dans ces terres rocailleuses, presque arides, envahies par les buissons épineux et les pins, ce ne sont pas les rares flaques saumâtres ou le gibier - si évasif qu'il paraît invisible - qui les nourriront. Bien qu'affaiblis ils posent des collets, préparent des appâts, et creusent des trous pour se cacher des créatures à la tombée de la nuit.
Pourtant les jours défilent et leurs corps accumulent de vertigineuses dettes en nutriments et en calories. Ça gargouille dans le ventre à leur en faire mal, à leur en priver de sommeil. Leurs journées sont rythmée par les maux de tête, ils arpentent les bois avec apathie comme des cadavres en devenir.
Les blessures brunissent, verdissent, gonflent, et la fièvre monte.
Peut-être que c'est eux, que Pluton est venu chercher ?
Le 06 juillet 2025 à 09:26:17 :
Le 05 juillet 2025 à 23:43:18 :
Est-ce qu'on peut avoir une carte des alentours ?![]()
Ton cerveau fiévreux a du mal à en dresser une.
Qu'est-ce que tu cherches plutôt ?
Est-ce qu'il y a des rivières ou un lac aux alentours ? Ca pourrait être une source d'eau potable et nous permettre de pêcher du poisson (si tant est que les poissons existent en Edoria)
Aussi, il faudrait prendre de la hauteur. Cela pourra peut-être faciliter la recherche d'un refuge
Est-ce qu'il y a des rivières ou un lac aux alentours ? Ca pourrait être une source d'eau potable et nous permettre de pêcher du poisson (si tant est que les poissons existent en Edoria)
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La plupart des sources d'eau (y compris les rivières) sont saumâtres et impropre à la consommation, tu ne t'es jamais posé de questions sur l'eau comme il y avait toujours des robinets dans l'enclave moderne.
Tu réussis bien à trouver des flaques d'eau potable mais elles ne sont pas toutes propres et tes blessures continuent de s'infecter et vous ne réussissez à tromper la faim qu'avec quelques racines mais durant la saison de pluton vous aurez peu de chance de trouver des fruits ou d'autres denrées.
Cependant tu parviens à attraper quelques poissons qui vivent bel et bien dans les rivières.
Tu prends de la hauteur et tu vois :
- La voie ferrée (qui n'était pas si loin)
- Une sorte de bunker dans la forêt.
- Witchita dans le lointain.
- Un feu qui brûle à un autre endroit dans la forêt.
Ah ouais on est dans un sale état 
Ce qui m'inquiète ce sont les blessures, il nous faut quelque chose et/ou quelqu'un pour nous soigner. Ca laisse donc selon moi deux options viables : le bunker que l'on suppose avoir des ressources de survie ou le feu car qui dit feu dit activité humaine.
Lequel serait le plus proche parmi les deux ? En allant vers les points d'intérêt lequel aurait le plus d'eau potable et poissons ? Celui qui coche le plus d'options pour nous devrait être notre destination.
Lequel serait le plus proche parmi les deux ?
On va dire que c'est à la même distance pour ne pas vous faciliter la tâche
(sauf Witchita qui est plus loin et dans laquelle vous trouveriez forcément de l'aide mais aussi des soucis)
Ca laisse donc selon moi deux options viables : le bunker que l'on suppose avoir des ressources de survie ou le feu car qui dit feu dit activité humaine.
à vous de juger 

Lien vers votre fiche de personnage :
Vous aurez bientôt de la maîtrise à dépenser, pas d'inquiétude. Et j'avais promis de la personnalisation, ça risque de faire trop pour certains mais j'essaierai d'expliquer tout ça simplement 
Vous pourrez retrouver la fiche d'Auroch, celle d'Alastor, et votre inventaire, dorénavant je l'adjoindrai toujours au sommaire.

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