Comme je l'ai indiqué, la conciliation entre culte et système carcéral doit être parfaite. Et on y est assez loin. La prison a considérablement muté en 30 ans mais le souci reste le même. Outre une certaine incompréhension du public et parfois des agents qui n'aident pas aux réformes, la prison demeure un gigantesque shithole
Ne vous laissez vraiment pas duper par les fous qui viennent vous dire que la prison est devenue un camp de vacances. Certes, ça n'a plus grand chose à voir avec les cachots du Moyen- ge et ça progresse doucement. Mais tout simplement: comment voulez-vous faire une petite prière calmement quand, dans certains centres, il n'est même pas possible de substance jauner ou même de chier sans être vu de personne ?
Je déconne pas, ce n'est pas aussi rare. A cause de la surpopulation carcérale, on a déjà eu des cas où pas moins de QUATRE détenus occupaient la même cellule parfois prévue que pour une personne. Sachant qu'une cellule individuelle, c'est 9m²
Et bien sur, les prisons n'ont strictement rien à envier aux logements du CROUS: cafards, rats, hygiène inexistante, parfois aucun chauffage, non-respect des normes de sécurité en matière d'incendie, on s'en branle du tabagisme passif, humidité dépassant tous les records... Bref, CROUSED puissance 1000
Ce n'est pas par hasard si en prison, les pathologies type tuberculose explosent en comparaison avec la population normale. Et je parle pas bien sur du SIDA choppé malencontreusement dans les douches
Sans oublier bien sur les pathologies mentales qui se développent
Et qui mènent parfois au suicide
Et naturellement, ces mesures aussi louables soient-elles, me paraissent peine perdue. Ca offre certes un soutien psychologique conséquent, ça peut prévenir des suicides, offrir une chance de réhabilitation. Toujours est-il que, bien souvent, dans l'immédiat, il paraît difficile d'exercer le culte au sein de la prison, faute de promiscuité
Par ailleurs, il y a toujours le risque qu'au nom d'un risque de prosélytisme, parfois réel, parfois exagéré, soit instauré un flicage un peu extrême du culte
La prison en offre parfois un exemple avec des dérapages. A l'école, c'est parfois le même souci. Vous êtes parfaitement au courant de toutes les questions relatives au voile par exemple
On rappelle, ce texte prouve d'après Usul que la France est un pays islamophobe
Mais du coup, si on suit sa logique, l'Indonésie et la Turquie sont-ils également des Etats islamophobes vu que là bas aussi, le port du voile est interdit aux élèves ?
A moins que cela ne prouve que Usul raconte décidément vraiment n'importe quoi
Mais encore une fois, l'Insoumis n'est pas réputé pour son intelligence notoire
Y'a plusieurs raisons qui poussent à ce texte en réalité. Vêtement contraire à la dignité de la femme, expression outrancière de la religion, marqueur excessif de différenciation, la jeunesse des demoiselles... Toujours-est il que la loi de 2004, si elle s'inscrit dans un contexte de tension grandissante avec l'islam, a le mérite de faire aucun cadeau. Voile, kippa, turban (qui vise notamment les sikhs), tout y passe
Jusqu'au bandana, ce que je trouve personnellement un peu douteux
Certaines restaurateures se sont crues assez malignes ainsi pour compenser le port du voile avec un bandana. Les proviseurs n'ont pas été dupes et ont naturellement dégagé ces malotrues
Mais du coup, soit on estime qu'un bandana c'est religieux et personne n'en porte à l'école ou on estime que les restaurateures seules ont pas le droit de porter le bandana... Le premier cas est con, le deuxième est discriminant.
Pour ma part, je vous avoue être partagé. Autant interdire le port du voile en sport ou pour certaines matières notamment dans les cursus professionnels me paraît évident, autant l'interdiction absolue... je doute. Mais c'est personnel et c'est aussi une limite du droit. Il ne détient pas forcément la vérité universelle, parfois, le droit est comme ça car il fallait choisir parce que voilà
Les deux positions se défendent et mon rôle s'arrête à uaimement expliquer le cheminement d'un texte de loi: le pourquoi, le comment, le but.
Je vous exprime mes doutes, il ne valent rien, et vous pouvez penser que cette loi et juste ou non. Seule condition: la comprendre, ce que par exemple un Usul dans sa vidéo sur l'islam n'a clairement pas essayé de faire. Au mieux car conforté dans ces biais et donc par faiblesse, au pire par pure malhonnêteté. En oubliant au passage que l'argument "Oui mais on porte ce qu'on veut hein" est absolument pas un argument de gauche. Bien au contraire, puisqu'il suinte l'esprit individuel et libéral et sonne beaucoup plus macroniste qu'il ne peut le penser
Quant à vous, sachez que cette question du voile va bien au-delà de la laïcité et donc méfiance concernant la diatribe zemmourienne sur le sujet, car croyez-moi, il est assez loin de parfaitement maîtriser le sujet
Et je concluerai là dessus. La laïcité demeure un sujet complexe comme vous l'avez constaté. Fondement de notre nation républicaine, il demeure discutable de la considérer comme fondamental dans une démocratie saine. En son sein porte toutes les contradictions liées au culte, indépendamment de sa couleur. En son nom, souvent à tort, on essaie d'administrer malgré tout le culte en campant instantanément sur ses positions, quitte à parfois exploser les passerelles permettant de réunir les camps.
Encore récemment, le législateur pour des raisons aussi loufoques que stupides s'est cru malin à proposer d'inscrire dans la loi l'interdiction de réaliser des prières au sein des universités. L'exemple typique d'un texte de loi un peu concon qui pue le clientélisme à des kilomètres (ça a été proposé deux mois avant les élections,
). On voit pas l'intérêt pour le service, pour les usagers, pour les croyants. Ca sert juste à draguer les droitards qui foncent tête baissée sans même se demander si c'est pas une connerie
Et je conclurai sur ça: parfois, je me demande si on a vraiment avancé depuis 1905.
Le 26 juillet 2021 à 15:15:01 :
Du coup, t'es maitre de confé ça se passe comment ?
Non, je réalise une thèse qui n'est pas financé et donc, toute proportion gardée, je suis chomeur et théoriquement éligible au RSA
Mais je débuterai les TD l'année prochaine
Le 26 juillet 2021 à 15:23:48 :
Le 26 juillet 2021 à 15:15:01 :
Du coup, t'es maitre de confé ça se passe comment ?Non, je réalise une thèse qui n'est pas financé et donc, toute proportion gardée, je suis chomeur et théoriquement éligible au RSA
Mais je débuterai les TD l'année prochaine
premier contractuel à 400 euros
Le 26 juillet 2021 à 15:27:38 :
Le 26 juillet 2021 à 15:23:48 :
Le 26 juillet 2021 à 15:15:01 :
Du coup, t'es maitre de confé ça se passe comment ?Non, je réalise une thèse qui n'est pas financé et donc, toute proportion gardée, je suis chomeur et théoriquement éligible au RSA
Mais je débuterai les TD l'année prochaine
premier contractuel à 400 euros
Le 26 juillet 2021 à 15:29:44 :
Le 26 juillet 2021 à 15:27:38 :
Le 26 juillet 2021 à 15:23:48 :
Le 26 juillet 2021 à 15:15:01 :
Du coup, t'es maitre de confé ça se passe comment ?Non, je réalise une thèse qui n'est pas financé et donc, toute proportion gardée, je suis chomeur et théoriquement éligible au RSA
Mais je débuterai les TD l'année prochaine
premier contractuel à 400 euros
pourquoi faire une thèse si ce n'est pour viser une fonction académique ?
Le 26 juillet 2021 à 15:54:44 :
Le 26 juillet 2021 à 15:29:44 :
Le 26 juillet 2021 à 15:27:38 :
Le 26 juillet 2021 à 15:23:48 :
Le 26 juillet 2021 à 15:15:01 :
Du coup, t'es maitre de confé ça se passe comment ?Non, je réalise une thèse qui n'est pas financé et donc, toute proportion gardée, je suis chomeur et théoriquement éligible au RSA
Mais je débuterai les TD l'année prochaine
premier contractuel à 400 euros
pourquoi faire une thèse si ce n'est pour viser une fonction académique ?
Il peut y avoir plusieurs raisons en réalité. Pour moi, c'est surtout le défi et ça permet d'évoquer un sujet en profondeur. Si c'est un sujet de niche, ça peut attirer des entreprises ou des administrations qui ont besoin de grands connaisseurs assez rares compte tenu du domaine.
Sans dire que je vise pas la fonction académique, j'ai d'autres projets en tête. Genre devenir le prochain CGLPL ou atterrir dans un ministère.
Ca sert juste à draguer les droitards qui foncent tête baissée sans même se demander si c'est pas une connerie
Dire que c'est à l'origine un instrument de lutte contre la droite justement. Tu n'as pas trop évoqué l'historique de la notion mais il faut rappeler que c'est avant tout un instrument de lutte contre l'Église catholique, de la loi de 1905 à l'affaire des fiches...
Mais bon c'est plus facile de dénoncer l'islam que sa cause unique (l'immigration), donc certains escrocs droitards imaginent pouvoir récupérer ça.
Le 08 mai 2021 à 15:40:59 :
Je suis plombier. Je gagne 2500, voire 3000e nette les bons mois
Vous me faite bien rire avec vos études et vos cravates
Les esclaves qui se moquent des autres esclaves
"Je gagne 10 grains de riz de plus que toi"
"Pour l'instant, c'est vrai que je nettoie les chiottes de mes maîtres avec ma brosse à dent, mais dans dix ans, j'aurai une évolution de carrière qui me donnera accès à la brosse à chiottes", et j'en passe
Alors que leurs maîtres engrangent des fortunes dans un tout autre ordre de grandeur dont ils ne rêvent même pas
Le 27 juillet 2021 à 23:51:20 :
Ca sert juste à draguer les droitards qui foncent tête baissée sans même se demander si c'est pas une connerie
Dire que c'est à l'origine un instrument de lutte contre la droite justement. Tu n'as pas trop évoqué l'historique de la notion mais il faut rappeler que c'est avant tout un instrument de lutte contre l'Église catholique, de la loi de 1905 à l'affaire des fiches...
![]()
Mais bon c'est plus facile de dénoncer l'islam que sa cause uaime (l'immigration), donc certains escrocs droitards imaginent pouvoir récupérer ça.
Y'a deux raisons à ça
Déjà, parce que ça aurait alourdi le topic déjà quand même très lourd. Ca nécessite en plus des connaissances historiques un peu plus pointus que celles que j'ai actuellement. Je connais relativement bien les rapports de force entre républicains laïcs et catholiques à l'époque et l'enchaînement de débacles des mouvements de droite dure, des derniers royalistes et bonapartistes au boulangisme en passant par l'émergence des premiers mouvements nationalistes. Je pense qu'il valait mieux qu'un khey apporte les précisions sur le topic.
Et aussi, sur mon topic des chroaimes juridiques, je vais évoquer l'affaire des Fiches, faute de pouvoir évoquer l'affaire Dreyfus, trop glissante.
Après, comme je l'ai indiqué, la loi de 1905 a quand même bénéficié aux catholiques et aux croyants en général. Parce que si à l'origine c'était bien une loi anticléricale, dans les faits, on voit bien qu'il y avait encore un rapport de force équivalent entre cléricaux et laïcs. Raison pour laquelle l'article premier de la loi ne vise pas la séparation des Eglises et de l'Etat (qui est consacré à l'article 2) mais la liberté de croyance et la libre pratique du culte. Ce qui a permis aux catholiques de conserver non seulement une bonne place dans la sphère publique, mais en plus, de voir cette place conservée par le droit. Ce qui aboutit, comme je l'ai dit, à des grands arrêts du Conseil d'Etat comme l'arrêt Abbé Olivier.
Chose promise, chose due, je vais réaliser quelques interludes. J'évoquerai la crise sanitaire tout d'abord, sans doute vous évoquer des anecdotes récentes liées à ma thèse. Aucune idée du prochain sujet, mes angoisses sont revenues très fortes récemment et j'ai pas le coeur à ça
Interlude n°1: Droit public et Covid-19
Alors vous ne le savez peut être pas, mais depuis un an et demi, une pandémie mondiale se déroule en ce moment même
Une véritable AUBAINE pour nous les juristes en réalité, car ça nous donne énormément de grain à moudre et on peut enfin justifier nos financements publics sans qu'on vienne nous faire chier
Bon, en réalité, on rigole extrêmement jaune car la situation juridique est assez catastrophique. A vrai dire, c'est peut être via une analyse juridique approfondie qu'on peut se rendre compte réellement de l'incompétence crasse de nos élites
Non-respect des concepts les plus élémentaires, erreurs grossières, autant vous dire qu'on a pu s'éclater dans tous les sens du terme
Mais reprenons depuis le début
Tout d'abord, je parle d'aubaine, mais en réalité pas vraiment. La recherche juridique a également pris du retard pour bien des raisons
Déjà, ben le confinement nous a obligé à rester chez nous. Ce qui signifie que beaucoup de documents nous étaient inaccessibles ou arrivaient avec beaucoup de retard
Cela signifie aussi le report de beaucoup d'études de terrain qui ont du être repoussés. Dans mon cas, j'ai du reporter mes demandes de déplacement pour m'entretenir avec des directeurs de prison ou d'hopitaux. Je voulais éviter les échanges distanciels, pensant préférable de les rencontrer en personne et d'avoir, avec un peu de bol, des exemples concrets sur leur gestion
Surtout, cela nous a contraint bien souvent à nous concentrer sur la covid et ses conséquences. Bouleversement de la gestion des services publics, restrictions de nos libertés, réorganisation de l'Etat pour faire face à la crise et, plus important, fonctionnement de la justice que ce soit pour traiter directement des contentieux "covidiens" ou analyser son fonctionnement sur des affaires courantes durant la crise sanitaire.
C'est d'ailleurs l'un des principaux soucis. Car vous vous en doutez bien, les professionnels et théoriciens du droit ont été rapidement dépassés par la situation. La gestion de la crise sanitaire en milieu universitaire étant particulièrement cataclysmique (en très grande partie due à l'énorme incompétence de Vidal, mais j'y reviendrai), les laboratoires n'ont pas fonctionné correctement à leurs tours et la qualité de l'enseignement a été considérablement dégradé
On ne compte plus les enseignants en dépression nerveuse à qui on a demandé de maintenir un rythme soutenu, des délégations de tâche bien merdiques mais, surtout, à mettre directement de leur poche pour maintenir l'activité universitaire même en distanciel
Car le mot d'ordre des présidents de fac ou de la ministre de l'enseignement supérieur était le suivant "Débousez vous mais bossez"
Ce qui a impliqué pour certains enseignants d'investir dans du matériel un minimum qualitatif pour réaliser leurs enseignements et leurs colloques à distance. Nouveau micro, caméra bien neuve également, le tout payé de leur propre poche alors même qu'ils continuent de gérer le service public
Ca a aussi été assez catastrophique pour trouver de bonnes plateformes pour assurer les enseignements. Ce qui, je ne vous cache pas, est une connerie sans nom
Beaucoup de facs ont fonctionné ainsi avec BigBlueButton/BBB, qui est je trouve une plateforme particulièrement merdique.
Mais j'imagine que comme c'est fronçais, on a mis l'accent dessus plutôt que sur des concurrents américains comme Zoom
J'ai eu ainsi l'occasion de gérer partiellement un petit séminaire à des M2. J'étais là pour donner mon avis sur l'étudiant qui devait commenter le même arrêt que moi. A la fin du séminaire, j'ai directement fait part au professeur organisant ce séminaire que cette plateforme était profondément nulle à chier.
C'est un calvaire pour fournir des notes écrites lisibles car la fenêtre de tchat est minuscule.
Ce qui est une hérésie quand on enseigne vu que, régulièrement, on doit faire part de remarques écrites pour expliquer nos propos ou, simplement, transmettre des données. Sauf que ça donne directement des pavés puisque la fenêtre de tchat occupe, en largeur, même pas 1/10 de l'écran.
Et, surtout, les serveurs de BBB gèrent mal les connexions et ça aboutit à des lags réguliers ou des caméras toutes floues
De l'avis des enseignants eux mêmes qui ont fait l'expérience, en petit comité, Discord se révèle être un outil bien meilleur pour assurer des cours en distanciel
Donc on a pas le matos, on nous conseille du matos de bouse et, chose que je dois rajouter, on a pas cessé de déléguer notamment aux enseignants des taches administratives supplémentaires alors qu'ils étaient déjà à bout mentalement. Y'a eu des pots cassés
Et bien entendu, on ne compte plus les étudiants en profonde dépression, complètement déconnectée de toute vie sociale engrangée par l'université même
Je me permets en premier lieu d'évoquer la situation universitaire car elle évoque bien l'adaptation tendue du service public vers une dimension immatérielle. D'après moi assez prometteuse dans bien des hypothèses, sa transformation soudaine ne s'est clairement pas bien passée et y'a eu des tonnes de dommages collatéraux.
Deux raisons à cela: une ministre totalement incompétente et hors-sol qui va te promettre de nouvelles places en université pour faire face aux non-inscrits alors que les facs sont déjà au-delà de leur capacité d'accueil
Mais aussi des institutions étatiques totalement impréparées à la dimension immatérielle et à la technologie qui ne pouvaient totalement transformer leur organisation sans que cela engrange des défaillances monumentales
La justice, les établissements hospitaliers et notamment les EHPAD, les prisons, les bibliothèques et j'en passe, toutes ont connu des défaillances assez sérieuses ou, plus simplement, des grosses lacunes liées directement ou indirectement à la situation sanitaire.
Ceci fait, mais je le ferai sans doute demain ou après-demain, je vais pouvoir attaquer l'angle juridique dans le détail.
Me voici de retour, pour vous jouer un mauvais tour
Il y a eu pas mal d'évolutions me concernant et j'ai un peu de temps pour vous rédiger un petit quelque chose en lien avec l'évolution de ma situation professionnelle. Ca vous dit que je parle de mes premiers cours à la fac ? Allez, c'est parti
CHAPITRE 3: Mes premiers cours à l'université
Cela fait maintenant deux ans environ que j'enseigne exclusivement à la faculté. C'est de coutume d'embaucher des thésards afin qu'ils assurent les travaux dirigés. C'est en gros, un premier pas dans l'enseignement et une manière d'éviter qu'ils meurent de faim quand leurs thèses ne sont pas financés
J'avoue rédiger ce topic un peu sans plan. Je vais un peu vous parler de tout je pense: argent, cours et dépression nerveuse. Car oui, je suis depuis traité pour dépression
Mais puisque j'ai commencé à parler argent, parlons un peu argent et embauche. J'ai réalisé deux-trois démarches qui consistaient juste, en réalité, à dire à mes enseignants MCF ou professeurs que "Euh, j'existe, euh, je peux assurer des TD si vous avez besoin de moi, euh, m'oubliez pas"
Peu avant l'été 2021, une enseignante en droit administratif des biens me contacte. Son chargé de TD abandonne les TD pour se consacrer exclusivement à sa profession. Elle me demande si je suis partant et je réponds direct par l'affirmative. Ça y est, je suis officiellement vacataire au sein de ma faculté.
Mais ne crions pas victoire d'office car je dois directement signaler plusieurs choses.
Les contrats de vacataire sont devenues plus que monnaie courante au sein de la faculté, au point d'être presque plus nombreux que les titulaires. On peut, en simplifiant, cibler trois situations:
- Le thésard qui, au milieu de sa thèse, donne ses premiers cours. Il continuera à être vacataire généralement jusqu'à la fin de sa thèse et souvent après s'il souhaite devenir titulaire.
- Les titulaires d'autres facultés. Alors souvent, ils n'assurent pas de TD mais plutôt des cours spécifiques aux étudiants de Master 2 qui prennent plus la forme de séminaires. En gros, ils comblent les trous lorsque la faculté ne dispose pas de spécialiste de la matière parmi les titulaires.
- Enfin, les professionnels qui viennent donner des TD. Ce sont des professionnels qui viennent partager leurs lumières. Souvent, ils assurent également des TD ou des cours de Master 2 dans les mêmes conditions que les titulaires. Ce sont aussi des séminaires beaucoup plus orienté sur la pratique. En vrac vous allez trouver des magistrats, des avocats, des agents publics, etc.
Dans les trois cas, sachez que ça peut poser énormément de problèmes et que le service public universitaire n'est pas vraiment gagnant de cette situation, hormis financièrement. Le doctorant est limite dans cette situation un esclave soumis à son responsable pédagogique. Il manque énormément d'expérience et n'a pas toujours, voire rarement, les compétences pédagogiques et juridiques pour maîtriser la matière à la perfection. Souvent d'ailleurs, leur premier TD se passe plutôt mal mais faut commencer par ça.
Les professionnels eux sont très branché pratique mais ont très souvent une pédagogie pourrie. Le cours est complètement destructuré et ne ressemble pas à grand chose. Seuls les titulaires vacataires assurent des cours généralement de qualité car ils ont déjà de l'expérience. Mais la qualité de vacataire étant plus que naze, ils évitent à tout prix cette situation. Dès qu'ils ont l'occasion de l'abandonner, ils l'abandonnent purement et simplement. Idem pour les professionnels même aguerris: ils finissent souvent par laisser tomber car le jeu n'en vaut pas la chandelle.
Pourquoi cela ? Ben parce que c'est particulièrement mal payé pardi, vous travaillez pour l'Etat je vous rappelle
On va parler salaire, vous allez comprendre. En gros, un vacataire est payé environ 40€ de l'heure. Dit comme ça, on peut se dire que c'est effectivement bien payé
SAUF QUE, on paie que votre service, autrement dit le cours que vous donnez. La préparation des cours, les corrections et j'en passe, ça ne vous est absolument pas facturé
Du coup, ben quand vous vous rendez compte qu'il faut à peu près 20 à 25 heures pour préparer UN cours et que vous rajoutez les corrections après, très vite vous vous rendez compte que vous êtes moins bien payé qu'un livreur Uber Eat alors qu'on exige de vous d'être la crème des bacs +5.
Alors je force le trait. Déjà dans les grandes facultés, vous allez donner le même TD à plusieurs groupes différents. Donc oui, quand on prépare un cours qu'on donne trois fois, c'est déjà davantage rentabilisé. Car oui, vous êtes payé au service, donc même si c'est le même cours, si vous le donnez trois fois durant le semestre, vous êtes payé trois fois.
En plus, même si on signe un contrat uniquement sur l'année, si votre travail satisfait, on vous laissera signer l'année suivante et ainsi de suite. Votre cours aura juste besoin d'être mis à jour mais c'est déjà beaucoup moins crevant que de le préparer entièrement. En le donnant à plusieurs groupes, cela devient un minimum rentable.
Seulement, ben ça reste assez insuffisant. D'autant qu'un vacataire ne peut pas donner un nombre de cours illimité. 96 heures par semestre maximum. En gros, en partant du principe qu'un groupe de TD prend 15 heures au semestre, il enseigne à 6 groupes de TD et demi maximum (je vous épargne les divergences des décomptes des heures concernant les TD et les cours magistraux histoire de pas alourdir). En gros, ça fait 600€ brut par groupe et un maximum de 4000€ environ par semestre à prendre maximum. Soit à peine plus du SMIC si on divise par trois ou quatre mois.
D'ailleurs c'est du brut hein, sur les 600€ brut, 100€ partiront gentiment dans les cotisations
De plus, comme on est payé au service, on reçoit notre paie non pas à la fin du mois mais après avoir donné la totalité du cours. Autrement dit, après la fin du semestre. Souvent d'ailleurs plusieurs mois après.
C'est d'ailleurs cette situation qui fait vriller les vacataires. Cette année par exemple, je n'ai pu donner qu'un seul TD. Je l'ai donné au premier semestre et mon dernier cours a été donné début décembre. J'ai reçu ma paie... à la fin du mois de mai
La contestation est d'ailleurs assez grande. Pas mal de vacataires ont menacé de ne pas rendre les copies de partiel pour se plaindre de cette situation déplorable.
Et je les comprends même si je n'approuve pas la méthode. Oui, je n'aime pas pénaliser les étudiants de cette façon, même si des échos de ces derniers, ils semblent comprendre et ne pas cracher sur les vacataires... Je pense aussi qu'ils veulent à tout prix que les copies soient jamais rendus histoire d'avoir plus de chance de passer
Si vous ajoutez à cela que l'administration est ce qu'elle est, alors c'est le festival: RH aux fraises, titulaires parfois méprisants envers vous et j'en passe. En vrai à ce niveau là j'ai été plutôt chanceux, même si la signature du contrat fut une belle galère
CHAPITRE I: LES PUBLICATIONS ET LES REVUES SCIENTIFIQUES
Pt 1: https://www.jeuxvideo.com/forums/message/1134948114
Pt 2: https://www.jeuxvideo.com/forums/message/1134952938
Pt 3.1: https://www.jeuxvideo.com/forums/message/1135225642
Pt 3.2: https://www.jeuxvideo.com/forums/message/1135225818
Pt 4: https://www.jeuxvideo.com/forums/message/1135225818
CHAPITRE 2: LA LAICITE, LES RELIGIONS ET L'ETAT
Pt 1.1: https://www.jeuxvideo.com/forums/message/1135796682
Pt 1.2: https://www.jeuxvideo.com/forums/message/1135796954
Pt 2: https://www.jeuxvideo.com/forums/message/1136184658
Pt 3.1: https://www.jeuxvideo.com/forums/message/1137332114
Pt 3.2: https://www.jeuxvideo.com/forums/message/1137332650
Pt 4: https://www.jeuxvideo.com/forums/message/1138109058
Laissons les considérations salariales de côté pour parler un peu enseignement à la faculté. Sachez juste qu'après deux ans à être un esclave vacataire, j'ai enfin pu signer un contrat ATER dont je vous parlerai une prochaine fois. Partez juste du principe que désormais, je suis payé au mois en fournissant peu ou prou le même travail (oui, ça n'a aucun sens mais bon hé, c'est l'administration
)
Avant tout, que diriez-vous de parler un peu effectif ? Rien que pour se marrer un coup. Et c'est simple, voici commence le tout premier cours que j'ai donné à des étudiants de Licence 3.
"Bonjour, je suis M. Urayne, enchanté.
- Ben euh ouais, c'est une matière optionnelle et les étudiants aiment pas le droit public et encore moins la prof alors...
- Et moi je viens juste pour voir, j'ai pas encore choisi donc possiblement je reviendrai pas
Elle est effectivement jamais revenue et du coup j'avais un groupe de 4 étudiants
Le cours a toujours eu cette réputation de pas être très attirant. Les effectifs sont souvent restreints, mais là, ça a été un véritable record et ça en devenait ridicule. Autant vous dire que je n'indique jamais l'effectif de ma classe dans mon CV
Mais c'est une matière jugée très importante, alors on a réformé la plaquette pour rendre le cours obligatoire en fonction des cursus choisis par les étudiants. Sauf que ça a été fait de manière trop bourrine... Résultat, l'année suivante:
"Bonjour je suis M. Urayne, enchanté
- Euh...de... Mais vous êtes 45 ?
- Ouais, et certains ne sont pas là car leur inscription n'est pas encore définitive
- Euh surtout Monsieur, on n'arrive pas à tous rentrer, la salle est beaucoup trop petite
- Hein ? Mais c'est vrai bordel
- Faites comme moi, cassez-vous de là
Oui, je n'ai littéralement pas pu donner mon cours à cause de la salle affectée beaucoup trop petite
On a gueulé pour diviser le groupe en deux, mais catégoriquement refusé par l'administration centrale de l'université
Je vous rassure, j'ai quand même rattrapé le cours plus tard en exigeant une salle plus grande mais c'est pour vous dire qu'on a pas forcément les conditions optimales pour enseigner
J'ai aussi donné cours à des deuxième année où les effectifs étaient plus normaux. Ce n'est pas systématique quand même mais ces situations tendent à se multiplier. Je vous invite vraiment, pour les plus anciens d'entre vous ou les plus jeunes, à vous renseigner sur ce problème. Mais clairement à presque 50, on ne donne plus vraiment un TD, davantage un séminaire.
C'était si risible que j'ai du complètement changer ma pédagogie en abandonnant les traditionnels points de participation parce que ça n'avait aucun sens dans cette situation... Les étudiants m'ont naturellement craché dessus pour ça
Pour ne rien arranger, en prenant rapidement la température, j'ai vite compris que les deux tiers n'aimaient absolument pas la matière et qu'ils avaient clairement pas choisi d'être là. Beaucoup détestaient ma matière ouvertement et admettaient ne pas vraiment comprendre le cours et son intérêt pour leur avenir. Et j'ai beau être plutôt pédagogue, là j'avais parfois vraiment l'impression de parler de droit avec ma mère qui a quitté l'école à 14 ans
J'essayais du coup d'ajouter un peu d'humour dans mon enseignement, mais bon, c'est pas forcément évident. J'ai certes une très large liberté académique, mais j'ai pas encore le statut suffisant pour faire des blagues sur tous les sujets. Et quand on est un esclave, éviter de se faire cancel d'entrée est quand même pratique
Parlons un peu pédagogie d'ailleurs. Mine de rien, j'étais encore étudiant il y a à peine cinq ans aujourd'hui et donc c'était encore plus frais lorsque j'ai débuté. J'ai donc conscience des difficultés des étudiants. De mon point de vue, la meilleure méthode consiste à allier l'humanité et la fermeté. J'allie donc la carotte et le bâton.
Mais faut vous dire que pour moi, la carotte a été travaillée pour être un plat gastronomique
En revanche le bâton, c'est plutôt la batte de Negan
Je reste ainsi particulièrement disponible pour mes étudiants après le cours et par mail. Je n'hésite pas à leur réexpliquer les choses au besoin. Je n'hésite pas non plus à leur filer des fiches de méthodologie et à leur prodiguer des conseils ou des éclaircissements sur le cours. Ca m'arrive aussi de parler méthode de travail, de leur avenir professionnel ou universitaire ou même hygiène de vie.
Je maintiens toutefois une certaine distance et je n'échange jamais mes coordonnées personnelles. Dans l'idéal, quand un étudiant me fait part d'une difficulté personnelle, je l'invite à ne pas trop s'ouvrir à moi. C'est un peu un cocon, ça m'évite de trop m'investir émotionnellement ou encore de les prendre en pitié en faussant mon jugement.
Lors de mon premier cours, le sous-effectif m'a permis de mieux connaître mes étudiants et de découvrir que l'une d'elle était très fragile. Ca a impacté mon jugement et je me suis rendu compte, des semaines après avoir fini mon service, que j'avais surement surnoté un devoir (pas mauvais ne vous méprenez pas mais j'avais mis une très belle note pas si mérité que ça, influencé par sa fragilité et parce que ses notes jusque là étaient plutôt basse, donc en voyant une copie plus que solide après plusieurs copies médiocres, j'avoue avoir été de bonne humeur en filant genre un ou deux points de plus).
Ces conseils ont en fait pour but de les faire progresser. Mais en contrepartie, je note particulièrement sévèrement. Alors surtout les devoirs maison où on a le temps, les ressources qu'on souhaite, le cours devant soi et j'en passe. J'estime qu'on ne doit avoir aucune pitié et je laisse place à mon sadisme le plus total
Après, si les notes sont souvent basses dans le cadre de ces devoirs, il faut relativiser. La note de TD est une moyenne comprenant un ou plusieurs devoirs maison (où je fais souvent une moyenne), une interrogation largement prenable et un galop d'essai. En vrai, un étudiant sérieux qui aime ma matière a souvent la moyenne avec moi. Et s'il a du mal, il aura pas une note ouf mais là aussi je suis rassurant auprès de mes étudiants. Je leur explique qu'on a nos forces et nos faiblesses et que la note ne présage de rien. Ils ont souvent 8 ou 9 de moyenne générale dans cette situation. Rien d'éliminatoire donc.
Mon but en les notant sévèrement est de provoquer un électrochoc en pointant leurs grosses lacunes qui seront impardonnables en Master et dans leur avenir professionnel. Ce n’est pas gratuit. D’où le coefficient souvent particulièrement bas des devoirs maison, je fais en sorte que ça ait le moins d’incidence possible. Si j’ai l’occasion de donner plusieurs DM, je retiens alors la meilleure note. Ca me permet de donner des notes affreuses mais en leur disant de retenter autant de fois qu’il le faudra pour avoir une note acceptable. Au final, ben les moyennes sont vraiment pas dégueu !
Est-ce que certains se sont plaints de mon barème trop sévère ? Oui, et j'ai reclaqué leurs notes auxquels j'avais accès dans leur tronche dans d'autres matières pour leur faire comprendre que je n'étais pas le problème
Mais dans l'ensemble, j'ai eu de bons retours de mon enseignement auprès des élèves. Partant de là, j'estime que je dois pas forcément faire un mauvais travail. Après, peut être que je prends ce qui m'arrange pour me rassurer, allez savoir
La prochaine fois, je parlerai pédagogie en détail. Pourquoi j'ai choisi cette méthode de notation, ce qu'on attend d'un devoir écrit en droit et les problèmes de base que je constate dans les copies d'étudiants.
comment ça se fait qu'il y ait pas mal de jeunes avocats chargés de TD ?
Certains étaient dans des cabinets pas dégeux donc ça devait pas être un souçis de rémunération.
aspiration à enseigner ou une quelconque obligation ?
JvArchive compagnon