Très intéressant, je ne m'intèresse pas du tout à ce domaine mais tu racontes bien 
En tout cas tu me conforte dans mon choix de ne pas continuer en thèse 

La suite c'est après injonction du JA ?
Tu ne penses pas qu'on a autant de jurisprudences contradictoires car il n'y a pas de religion d'Etat pour dire que le poisson est autorisé le samedi mais pas le reste car on est un pays catho sans interdire la pratique des autres religions ?
Tu peux parler un peu de la politique dans le milieu universitaire ? Il faut être un gaucho pour enseigner à la Sorbonne ?
Tu manges les paninis du CROUS ?
Le 28 mai 2021 à 20:55:39 :
La suite c'est après injonction du JA ?Tu ne penses pas qu'on a autant de jurisprudences contradictoires car il n'y a pas de religion d'Etat pour dire que le poisson est autorisé le samedi mais pas le reste car on est un pays catho sans interdire la pratique des autres religions ?
Ca changerait rien. En soit, tu peux avoir une religion d'Etat et instaurer une tolérance non négligeable envers d'autres religions. Suffit de voir l'Angleterre.
D'autant que ça peut causer des embouses pour les usagers du service public qui ont une liberté faible voire nulle. Alors je marche sur des coquilles en évoquant le sujet ici, mais ça reste tendu de dire à un détenu restaurateur "Ce soir c'est purée saucisse 100% pur porc et si t'es pas content on t'embouse".
Y'a une obligation minimale de ne pas nuire au culte dès lors qu'on peut l'éviter. Et l'argument du "Ouais mais c'est plus simple, le service fonctionne bien comme ça", il tiendra pas.
Même Malte, qui tient fermement à son catholicisme, fait preuve d'une tolérance non négligeable envers les pratiquants non catholiques. Ca change rien au fait que le catéchisme soit une matière obligatoire à l'école. Mais on va quand même prévoir des trucs pour les autres. C'est surtout les gros laïcards qui l'ont dans l'os finalement, dans la mesure où leur refus de croire n'impose aucune ou extrêmement peu d'obligations spirituelles.
Dit autrement, un enfant catholique devrait pouvoir ne pas manger de viande le vendredi. Ca n'a aucun impact pour le laïcard de manger du poisson.
Yo. Je vous avais promis la fin du chapitre sur la laïcité ce weekend, mais des raisons personnelles m'ont obligé à repousser ça à un jour ultérieur. Désolé.
Désolé aussi au khey qui m'a donné l'article qu'il a écrit en MP. Je t'oublie pas, j'ai juste pas la tête à ça
Le 28 mai 2021 à 20:58:56 :
Tu peux parler un peu de la politique dans le milieu universitaire ? Il faut être un gaucho pour enseigner à la Sorbonne ?Tu manges les paninis du CROUS ?

Non, je mange pas les paninis du CROUS et je m'en porte bien 
Concernant la politique dans le milieu universitaire, on va citer les grands auteurs:
En vrai, du moins en droit, ça reste un minimum diversifié. Tu vas tout trouver, des rouges à des bons gros patriotes. Le côté ceci dit ouvert et parfois un peu bourgeois fait que ça reste quand même un milieu assez libéral. Puis forcément, quand on est juriste, l'aspect libertés/droits fondamentaux est ultra important ce qui nous exclut sensiblement des mouvements radicaux. Mais pas au point qu'il y ait des coups de pression ou autre. Ca reste assez minoritaire, même si faut quand même faire assez attention.
Et d'ailleurs, on est assez fâchés avec la quasi-totalité des politiciens. T'as peu de chances de voir un juriste "partisan". Tu le verras plus flinguer la quasi-totalité des politiciens, et celui pour qui il votera sera davantage celui qui sera "toléré", c'est à dire qui prendra un ou deux tacles mais réglementaires.
Le 07 juin 2021 à 10:45:53 :
La sweet c'est quand tu veux et fais pas semblant de bosser à la BU.
Des anecdotes sur les directeurs de thèse et les docteurANTES ?
Vous les connaissez déjà très bien ces anecdotes
Et excusez-moi d'avoir des potos hospitalisés.
Par contre, en me relisant, j'ai constaté une coquille ou deux, pas méchantes mais qui nécessiteront correction. Ce sera fait avant de poster le dernier pavé
Yosh
Encore désolé du retard, comme je l'ai indiqué, j'ai eu un combo soucis persos + grosse charge de travail, du coup la dernière partie prend du retard
Je vais grandement alimenter le topic pendant mon mois de repos, qui débutera à partir de mi-juillet. Dans le même temps, je pense créer un autre topic sur des affaires juridiques et politiques célèbres
CHAPITRE I: LES PUBLICATIONS ET LES REVUES SCIENTIFIQUES
Pt 1: https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1134948114
Pt 2: https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1134952938
Pt 3.1: https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1135225642
Pt 3.2: https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1135225818
Pt 4: https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1135225818
CHAPITRE 2: LA LAICITE, LES RELIGIONS ET L'ETAT
Pt 1.1: https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1135796682
Pt 1.2: https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1135796954
Pt 2: https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1136184658
Pt 3.1: https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1137332114
Pt 3.2: https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1137332650
Pt 4: https://www.jeuxvideo.com/forums/message/1138109058
Comme vous le voyez, on a beau définir la laïcité au mieux, on tombe forcément sur une couille
Des incompréhensions, des récupérations, des imprécisions mêmes. Et parfois, c'est carrément le service public qui ne s'en sort pas
On va ici évoquer, pour continuer, le cas de la religion au sein des prisons et des écoles
Mais avant, je fais un petit détour pour vous expliquer ce que sont les aumoneries
Alors, oui, l'aumone, c'est ce que les ecclésiastiques distribuent aux pauvres, mais pas seulement
Les aumoniers s'assurent également de la délivrance du culte dans des "chapelles" particulières, en dehors des églises, des mosquées, des synagogues, etc.
Pour synthétiser à l'extrême, les aumoniers sont à l'origine les prêtres personnels des puissants
Et depuis, ce sont des ecclésiastiques (ils peuvent même être des laïcs, autrement dit des croyants qui ne sont pas membres de l'Ordre du clergé ou équivalent selon les religions) qui assurent l'office religieux dans des lieux spéciaux, notamment pour des personnes qui ne peuvent se rendre dans les cérémonies religieuses
Encore aujourd'hui, on trouve des aumôniers un peu partout au sein de l'administration: au sein de l'armée, dans les prisons, dans les hospices, les hopitaux ou certaines écoles (publics je précise)
A l'instar des cantines, en plus poussé, il s'agit de permettre aux usagers du service public et éventuellement aux agents de pratiquer leur culte au sein du service public où ils sont généralement bloqués
Mais plus important, les aumoneries constituent peut être la plus grande entorse à la laïcité depuis la promulgation de la loi 1905
Car cette même loi prévoit que l'Etat doit poursuivre le financement de ces aumoneries
En revanche, ce financement au-delà de ne pas toujours être effectif, n'impliquait pas nécessairement un travail de formation approfondie de la part de l'Etat à l’origine
Progressivement, par le biais notamment de diverses circulaires et à divers contacts entre les cultes et l'administration pénitentiaire supervisé par les ministères de l'intérieur et de la justice, les aumoniers sont davantage formés. Ce qui permet de concilier culte et service public carcéral
Le rôle de l'aumonier est historique et, pour reprendre les mots d'un directeur de prison, "l'’Église catholique a grandi avec la pénitentiaire. Elle fait partie des murs en quelque sorte"
Outre la délivrance du culte au sein de la prison, bien qu'amoindrie forcément compte tenu du lieu, l'aumonier s'assure d'apporter un soutien aux détenus croyants. Il les reconnecte avec la foi. Il peut également, si les détenus le souhaitent ou si l'administration pénitentiaire l'estime nécessaire en raison de la détresse du détenu, s'entretenir avec ces derniers individuellement
D'ailleurs, ce soutien religieux peut profiter également à des non-pratiquants voire des athées qui peuvent trouver la foi au sein de la prison, faute souvent d'avoir un soutien familial ou de l'administration, dont les prestations psychologiques et sociales sont quand même très limités (mais ça fera l'objet d'un chapitre à part, car y'a pas mal d'idées reçus sur la prison qu'il convient de fracasser)
Deux cas me paraissent importants à souligner à ce niveau: celui de Jacques Fesch et celui de sacre bleuette Nozière (dont j'évoquerai le cas en profondeur si je créais un topic sur les affaires judiciaires célèbres)
Jacques Fesch était issu d'une famille bourgeoise (il aurait apparemment un lien de parenté avec un général belge ayant servi aux côtés de Napoléon) mais n'a jamais rien fait de sa vie. Rejeté partiellement par sa famille (notamment car c'était un branleur, mais aussi car marié un temps à une femme juive, ce qui n'était, on va dire, "pas très apprécié"
), il décide de braquer une banque pour avoir l'argent afin de réaliser une traversée de l'Atlantique en solitaire. Ca tourne mal et, dans sa fuite, il tire sur un agent de police qui meurt sur le coup
En prison, il va progressivement se retrouver dans la foi catholique. Par le biais de son avocat tout d'abord, puis sa génitrice qui était très pieuse puis en communiquant régulièrement par voie postale avec des ecclésiastiques. Il aura une révélation mystique et deviendra profondément pieux
Ce qui ne l'empêchera pas d'être condamné à mort et guillotiné en 1957
Son cas est connu puisque sa reconnexion à la foi catholique fut telle que les catholiques français font tout pour qu'il soit béatifié, pour vous dire à quel point sa foi n'avait vraiment rien de chiqué
sacre bleuette Nozière, c'est un poil plus complexe et je n'ai pas envie de spoiler tout mon futur topic. Je vais donc aller à l'essentiel. C'était une adolescente 9/10 des années 20-30, une période où la jeunesse est un peu perdue, notamment en raison du passage des années folles qui sera marquée par un renouveau des luttes progressistes de l'époque, notamment le droit de vote des femmes, à une période plus austère marquée par une montée grandissante des milieux d'extrême droite qui font leur retour sur la scène politique, notamment par le biais d'un courant ayant éclot en Italie puis qui a fini par percer en Allemagne: le fascisme
sacre bleuette était une pure Lana de son époque, en recherche d'émancipation d'une famille modeste installé à Paris un peu étouffante
Etouffante, c'est le cas de le dire, puisqu'il est à peu près certain que son galopin de père avait la facheuse tendance de confondre sa femme et sa fille pour parler de manière effleurée
Elle ne va pas beaucoup à l'école et a de nombreuses aventures avec des jeunes hommes. Ce qui, à l'aube des années 30, n'était pas si accepté
Souhaitant s'échapper et prendre les routes avec son "amant de coeur", elle décide d'intoxiquer ses parents en les assommant de somnifères pour piquer l'argent de la famille.
Manque de bol si je puis dire, si son sacre bleueur de père est mort dans le processus, sa génitrice survivra. Les policiers s'en mèlent et mettent pas beaucoup de temps à chopper la Nozière
Je précise qu'au moment du parricide, elle avait tout juste 18 ans
Elle sera toutefois, après un procès retentissant, où son crétin d'avocat aura la trouille d'évoquer dans le détail les actes du paternel, condamnée à mort
Mais en fait NON
Car il était de coutume, à l'époque et dans tous les régimes républicains de la 3e à la 5e République, à l'exception de Vichy, de gracier toutes les femmes condamnées à la guillotine pour des crimes de droit commun
A l'époque, cette grâce signifiait uaimement que la peine de mort était commuée en prison à perpétuité. Face à un univers carcéral très difficile, elle se tournera vers l'Eglise catholique. Devant très pieuse, communiquant aux soeurs présentes au centre de détention de Harguenau, ces dernières lui offriront en retour un soutien considérable.
Ce qui plaidera nettement en sa faveur puisqu'elle bénéficiera d'une réduction de peine grâce au soutien de l'Eglise du chef de l'Etat de l'époque... un certain Phillipe P., maréchal de France dont je garde "l'anonymat" pour sauver le topic
Elle va pouvoir ainsi bénéficier d'une formation d'aide-comptable et elle rencontrera le greffier-comptable de la prison, un saint homme, qui la soutiendra à son tour. D'autant que ce comptable a un fils qui vient de se séparer de sa femme et qui tombera sous le charme de la sacre bleuette (qui, je le précise, a seulement 30 ans) qui ne sera pas non plus insensible à son charme
A la Libération, le "Grand Charles" comme l'appelait mon professeur de droit public, accorde une nouvelle grâce à sacre bleuette Nozière en supprimant son interdiction de séjourner sur le territoire en 1945, année où Nozière, comme la France, est définitivement libérée
Elle vivra le reste de sa vie avec le fils du comptable (qui hélas mourra dans un accident), aura cinq enfants avec lui, ouvrira un restaurant (son époux étant cuistot) et accueillera également sa génitrice sous son toit, avec qui elle s'est réconciliée durant le procès et sa détention. Elle mourra d'un cancer des os, toujours en étant baignée dans sa foi
S'il est difficile au passage de parler de réhabilitation de Fesch vu que... Ben il a été guillotiné, force est d'admettre que pour sacre bleuette Nozière (dont je suis virulent avec le père car en réalité, le sacre bleu de ce dernier sur sa propre gamine n'a jamais et ne pourra jamais être prouvé avec certitude, et dont l'aspect crapuleux a de toute façon trop joué pour "excuser" son geste d'une quelconque façon), il y a de quoi croire à la rédemption sincère. De là à croire en la rédemption ? Dur à dire
Mais je m'égare, je voulais au moins démontrer le rôle religieux des aumoniers au sein de la prison, ou en dehors lors de communications épistolaires qui comporte quelques succès, quoi qu'on en dise
D'ailleurs puisqu'on a parlé de guillotine, sachez que lorsque la peine de mort existait encore, l'aumonier jouait un rôle assez important lors de l'exécution. Outre la possibilité pour le condamné de s'entretenir une dernière fois avec lui, il demeure également présent jusqu'à la fin.
Ainsi, il peut soutenir un condamné terrorisé par la guillotine au point de s'affaler. Et avant qu'il passe sous la planche, il l'embrasse et l'encourage à rester digne jusqu'au bout. Ca n'a l'air de rien, mais j'éprouve un peu de respect pour les aumoniers de l'époque qui, s'ils n'avaient heureusement pas à faire ça tous les jours (il y avait à peu près une exécution à la guillotine par an sous la Cinquième République), devaient quand même assurer un rôle dont je doute qu'on puisse être réellement préparé
Il paraît aussi que l'aumonier catholique présent avait aussi pour rôle de brandir un crucifix devant le condamné afin qu'il ne puisse voir la guillotine que le plus tard possible, mais on ignore si cette histoire relève de la légende urbaine ou non
L'hypothèse me paraît douteuse, mais crédible, tant les bourreaux et l'administration pénitentiaire comme centrale faisaient tout pour abréger l'exécution et la rendre aussi courte et humaine que possible. Notamment en avertissant les futurs exécutés qu'une heure avant l'exécution (en les réveillant tôt dans la matinée), en abrogeant l'obligation de lui faire porter la camisole, en lui laissant justement une dernière confession avec l'aumonier, un dernier écrit pour sa famille ainsi que la possibilité de fumer une cigarette ou de boire un cordial.
En fait, l'exécution en elle-même était assez courte, c'était plus long pour le bourreau qui devait tout installer en pleine nuit le plus discrètement possible avec ses assistants. Avant de se les peler en attendant le futur exécuté
Et concernant la guillotine même, on sait que durant les grandes heures de Robespierre où le métier de bourreau fut le premier à expérimenter le travail à la chaîne
Le bourreau Sanson avait pris pour habitude de placer la fameuse charrette de telle façon que les condamnés à mort soit dos tourné à la guillotine, afin qu'ils voient le "rasoir national" le plus tard possible et esquiver du regard les exécutions des copains
Mais je m'éloigne pas mal du sujet, désolé
Ce que je voulais indiquer avec toutes ces histoires, c'est que quoi qu'on en dise, l'apport de la religion au sein de la prison peut avoir d'importantes vertus.
Sauf que forcément, ça, c'est sur le papier. Dans les faits, c'est disons-le, un petit peu plus compliqué
Suite dès demain, c'est déjà rédigé mais je vous épargne des pavés monstrueux. Déso du retard, ça a été compliqué ces dernières semaines.
Je conclurai sur les religions. Jusqu'à ma période de repos, je ferai pas de gros chapitres, plus des petits trucs pour évoquer des anecdotes.
Merci aux quelques kheys qui lisent, et à bientôt
Comme vous le voyez, on a beau définir la laïcité au mieux, on tombe forcément sur une couille
Des incompréhensions, des récupérations, des imprécisions mêmes. Et parfois, c'est carrément le service public qui ne s'en sort pas
On va ici évoquer, pour continuer, le cas de la religion au sein des prisons et des écoles
Mais avant, je fais un petit détour pour vous expliquer ce que sont les aumoneries
Alors, oui, l'aumone, c'est ce que les ecclésiastiques distribuent aux pauvres, mais pas seulement
Les aumoniers s'assurent également de la délivrance du culte dans des "chapelles" particulières, en dehors des églises, des mosquées, des synagogues, etc.
Pour synthétiser à l'extrême, les aumoniers sont à l'origine les prêtres personnels des puissants
Et depuis, ce sont des ecclésiastiques (ils peuvent même être des laïcs, autrement dit des croyants qui ne sont pas membres de l'Ordre du clergé ou équivalent selon les religions) qui assurent l'office religieux dans des lieux spéciaux, notamment pour des personnes qui ne peuvent se rendre dans les cérémonies religieuses
Encore aujourd'hui, on trouve des aumôniers un peu partout au sein de l'administration: au sein de l'armée, dans les prisons, dans les hospices, les hopitaux ou certaines écoles (publics je précise)
A l'instar des cantines, en plus poussé, il s'agit de permettre aux usagers du service public et éventuellement aux agents de pratiquer leur culte au sein du service public où ils sont généralement bloqués
Mais plus important, les aumoneries constituent peut être la plus grande entorse à la laïcité depuis la promulgation de la loi 1905
Car cette même loi prévoit que l'Etat doit poursuivre le financement de ces aumoneries
En revanche, ce financement au-delà de ne pas toujours être effectif, n'impliquait pas nécessairement un travail de formation approfondie de la part de l'Etat à l’origine
Progressivement, par le biais notamment de diverses circulaires et à divers contacts entre les cultes et l'administration pénitentiaire supervisé par les ministères de l'intérieur et de la justice, les aumoniers sont davantage formés. Ce qui permet de concilier culte et service public carcéral
Le rôle de l'aumonier est historique et, pour reprendre les mots d'un directeur de prison, "l'’Église catholique a grandi avec la pénitentiaire. Elle fait partie des murs en quelque sorte"
Outre la délivrance du culte au sein de la prison, bien qu'amoindrie forcément compte tenu du lieu, l'aumonier s'assure d'apporter un soutien aux détenus croyants. Il les reconnecte avec la foi. Il peut également, si les détenus le souhaitent ou si l'administration pénitentiaire l'estime nécessaire en raison de la détresse du détenu, s'entretenir avec ces derniers individuellement
D'ailleurs, ce soutien religieux peut profiter également à des non-pratiquants voire des athées qui peuvent trouver la foi au sein de la prison, faute souvent d'avoir un soutien familial ou de l'administration, dont les prestations psychologiques et sociales sont quand même très limités (mais ça fera l'objet d'un chapitre à part, car y'a pas mal d'idées reçus sur la prison qu'il convient de fracasser)
Deux cas me paraissent importants à souligner à ce niveau: celui de Jacques Fesch et celui de sacre bleuette Nozière (dont j'évoquerai le cas en profondeur si je créais un topic sur les affaires judiciaires célèbres)
Jacques Fesch était issu d'une famille bourgeoise (il aurait apparemment un lien de parenté avec un général belge ayant servi aux côtés de Napoléon) mais n'a jamais rien fait de sa vie. Rejeté partiellement par sa famille car c'était un gigantesque branleur, il décide de braquer une banque pour avoir l'argent afin de réaliser une traversée de l'Atlantique en solitaire.
Ca tourne mal et, dans sa fuite, il tire sur un agent de police qui meurt sur le coup
En prison, il va progressivement se retrouver dans la foi catholique. Par le biais de son avocat tout d'abord, puis sa génitrice qui était très pieuse puis en communiquant régulièrement par voie postale avec des ecclésiastiques. Il aura une révélation mystique et deviendra profondément pieux
Ce qui ne l'empêchera pas d'être condamné à mort et guillotiné en 1957
Son cas est connu puisque sa reconnexion à la foi catholique fut telle que les catholiques français font tout pour qu'il soit béatifié, pour vous dire à quel point sa foi n'avait vraiment rien de chiqué
sacre bleuette Nozière, c'est un poil plus complexe et je n'ai pas envie de spoiler tout mon futur topic. Je vais donc aller à l'essentiel. C'était une adolescente 9/10 des années 20-30, une période où la jeunesse est un peu perdue, notamment en raison du passage des années folles qui sera marquée par un renouveau des luttes progressistes de l'époque, notamment le droit de vote des femmes, à une période plus austère marquée par une montée grandissante des milieux d'extrême droite qui font leur retour sur la scène politique, notamment par le biais d'un courant ayant éclot en Italie puis qui a fini par percer en Allemagne: le fascisme
sacre bleuette était une pure Lana de son époque, en recherche d'émancipation d'une famille modeste installé à Paris un peu étouffante
Etouffante, c'est le cas de le dire, puisqu'il est à peu près certain que son galopin de père avait la facheuse tendance de confondre sa femme et sa fille pour parler de manière effleurée
Elle ne va pas beaucoup à l'école et a de nombreuses aventures avec des jeunes hommes. Ce qui, à l'aube des années 30, n'était pas si accepté
Souhaitant s'échapper et prendre les routes avec son "amant de coeur", elle décide d'intoxiquer ses parents en les assommant de somnifères pour piquer l'argent de la famille.
Manque de bol si je puis dire, si son salopard de père est mort dans le processus, sa génitrice survivra. Les policiers s'en mèlent et mettent pas beaucoup de temps à chopper la Nozière
Je précise qu'au moment du parricide, elle avait tout juste 18 ans
Elle sera toutefois, après un procès retentissant, où son crétin d'avocat aura la trouille d'évoquer dans le détail les actes du paternel, condamnée à mort
Mais en fait NON
Car il était de coutume, à l'époque et dans tous les régimes républicains de la 3e à la 5e République, à l'exception de Vichy, de gracier toutes les femmes condamnées à la guillotine pour des crimes de droit commun
A l'époque, cette grâce signifiait uaimement que la peine de mort était commuée en prison à perpétuité. Face à un univers carcéral très difficile, elle se tournera vers l'Eglise catholique. Devant très pieuse, communiquant aux soeurs présentes au centre de détention de Harguenau, ces dernières lui offriront en retour un soutien considérable.
Ce qui plaidera nettement en sa faveur puisqu'elle bénéficiera d'une réduction de peine grâce au soutien de l'Eglise du chef de l'Etat de l'époque... un certain Phillipe P., maréchal de France dont je garde "l'anonymat" pour sauver le topic
Elle va pouvoir ainsi bénéficier d'une formation d'aide-comptable et elle rencontrera le greffier-comptable de la prison, un saint homme, qui la soutiendra à son tour. D'autant que ce comptable a un fils qui vient de se séparer de sa femme et qui tombera sous le charme de la sacre bleuette (qui, je le précise, a seulement 30 ans) qui ne sera pas non plus insensible à son charme
A la Libération, le "Grand Charles" comme l'appelait mon professeur de droit public, accorde une nouvelle grâce à sacre bleuette Nozière en supprimant son interdiction de séjourner sur le territoire en 1945, année où Nozière, comme la France, est définitivement libérée
Elle vivra le reste de sa vie avec le fils du comptable (qui hélas mourra dans un accident), aura cinq enfants avec lui, ouvrira un restaurant (son époux étant cuistot) et accueillera également sa génitrice sous son toit, avec qui elle s'est réconciliée durant le procès et sa détention. Elle mourra d'un cancer des os, toujours en étant baignée dans sa foi
S'il est difficile au passage de parler de réhabilitation de Fesch vu que... Ben il a été guillotiné, force est d'admettre que pour sacre bleuette Nozière (dont je suis virulent avec le père car en réalité, le sacre bleu de ce dernier sur sa propre gamine n'a jamais et ne pourra jamais être prouvé avec certitude, et dont l'aspect crapuleux a de toute façon trop joué pour "excuser" son geste d'une quelconque façon), il y a de quoi croire à la rédemption sincère. De là à croire en la rédemption ? Dur à dire
Mais je m'égare, je voulais au moins démontrer le rôle religieux des aumoniers au sein de la prison, ou en dehors lors de communications épistolaires qui comporte quelques succès, quoi qu'on en dise
D'ailleurs puisqu'on a parlé de guillotine, sachez que lorsque la peine de mort existait encore, l'aumonier jouait un rôle assez important lors de l'exécution. Outre la possibilité pour le condamné de s'entretenir une dernière fois avec lui, il demeure également présent jusqu'à la fin.
Ainsi, il peut soutenir un condamné terrorisé par la guillotine au point de s'affaler. Et avant qu'il passe sous la planche, il l'embrasse et l'encourage à rester digne jusqu'au bout. Ca n'a l'air de rien, mais j'éprouve un peu de respect pour les aumoniers de l'époque qui, s'ils n'avaient heureusement pas à faire ça tous les jours (il y avait à peu près une exécution à la guillotine par an sous la Cinquième République), devaient quand même assurer un rôle dont je doute qu'on puisse être réellement préparé
Il paraît aussi que l'aumonier catholique présent avait aussi pour rôle de brandir un crucifix devant le condamné afin qu'il ne puisse voir la guillotine que le plus tard possible, mais on ignore si cette histoire relève de la légende urbaine ou non
L'hypothèse me paraît douteuse, mais crédible, tant les bourreaux et l'administration pénitentiaire comme centrale faisaient tout pour abréger l'exécution et la rendre aussi courte et humaine que possible. Notamment en avertissant les futurs exécutés qu'une heure avant l'exécution (en les réveillant tôt dans la matinée), en abrogeant l'obligation de lui faire porter la camisole, en lui laissant justement une dernière confession avec l'aumonier, un dernier écrit pour sa famille ainsi que la possibilité de fumer une cigarette ou de boire un cordial.
En fait, l'exécution en elle-même était assez courte, c'était plus long pour le bourreau qui devait tout installer en pleine nuit le plus discrètement possible avec ses assistants. Avant de se les peler en attendant le futur exécuté
Et concernant la guillotine même, on sait que durant les grandes heures de Robespierre où le métier de bourreau fut le premier à expérimenter le travail à la chaîne
Le bourreau Sanson avait pris pour habitude de placer la fameuse charrette de telle façon que les condamnés à mort soit dos tourné à la guillotine, afin qu'ils voient le "rasoir national" le plus tard possible et esquiver du regard les exécutions des copains
Mais je m'éloigne pas mal du sujet, désolé
Ce que je voulais indiquer avec toutes ces histoires, c'est que quoi qu'on en dise, l'apport de la religion au sein de la prison peut avoir d'importantes vertus.
Sauf que forcément, ça, c'est sur le papier. Dans les faits, c'est disons-le, un petit peu plus compliqué
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