CHAPITRE 90
FACE A LA MORT
Nous sommes au pied du Monte Cintu. Comme je vous le disais, soit on continue le sentier du GR et on entame directement la descente du Wall, soit on peut grimper direction Monte Cintu, le pic culminant de la Corse, avant de revenir où nous sommes actuellement et procéder à la descente. Deux solutions possibles donc.
Avant de prendre la décision, nous essayons de faire une vidéo de nous en mode selfie avec Léo, mais avec le vent, et après avoir mis une doudoune, mes yeux pleuraient de larmes. Le vent fragilisait mes yeux. Quasi impossible de prendre une vidéo, on se marrait avec Léo, la capuche de ma doudoune était gonflée d'air, comme un déguisement de combat de sumo
Bref le choix de la décision est arrivé. Le groupe d'Olivier ne prendra aucun risque, personne ne s'y aventurera, surtout qu'une des filles fait face à une crise de panique et se met à pleurer.
Pourquoi ? Parce qu'elle a eu la vision directe qu'impose la descente du Wall
Si vous vous rappelez, j'avais expliqué dans mes précédents chapitres qu'elle avait extrêmement peur des névés (passage enneigé). Et la descente du Wall commence comme ça, avec une forte pente et des rafales à plus de 130 km/h
Beaucoup de gens prennent la décision autour de nous de ne pas s'aventurer non plus au Monte Cintu, les conditions sont tout de même rudes. Et puis surtout, ça prend beaucoup de temps (2h à 3h aller-retour, ce n'est pas négligeable dans une journée comme celle-ci). La journée la plus difficile qui plus est. Tout le monde, sauf un
Cet homme, c'est évidemment Léo. Sa décision est prise depuis longtemps : il a son rendez-vous avec le sommet de la Corse, le Dieu du GR20 dont le trône figure en haut. C'est le petit bout de route qui lui manque sur ce GR20, il n'attendait que ça depuis le départ et ce jour est enfin arrivé pour lui
Quant à moi, ma décision est également prise : je n'irai pas au Monte Cintu. Ma blessure, où j'étais à deux doigts d'arrêter il y a deux jours, n'est pas complètement guéri, je dois donc me préserver. Et aussi, pour moi, c'était de l'inconscience d'aller encore plus haut en altitude compte tenu des conditions météos. Une véritable folie, je pensais que je m'envolerai si j'allais plus haut. Y a un qu'un fou pour faire ça, c'est Léo.
Pour la première fois, nos chemins vont se séparer avec Léo sur ce GR20. Je vais avancer tout seul dans la descente et Léo bifurquera vers le Monte Cintu avant de revenir sur la descente plus tard.
-Bon Célestin, tu avances et je te rejoins.
-Qu'est ce que tu préfères ? Qu'on se retrouve au refuge ? Ou que je t'attende quelque part sur le chemin vers 12h pour qu'on pique-nique ?
-Je sais pas... A la limite c'est pas grave, fais comme tu le sens, je te retrouverai où je te retrouverai.
-Sois prudent Célestin, tu y vas tout doucement, la descente est dangereuse.
-Oui, toi aussi soit prudent, fais bien attention là-haut parce que ça souffle fort.
-Alors à tout à l'heure et bonne chance.
Vu le froid de canard et le vent qui commence au bout d'un moment à te taper sur le système, je me précipite vers la descente pour commencer les -1200 m du Wall.
Je l'apprendrai plus tard, mais juste après mon départ, Léo a été voir Olivier le guide pour qu'il garde un oeil sur moi au cas où de loin. Cimer chef putain. Sauf qu'à cause de la fille qui a fait la crise de panique, ils ont pris énormément de temps à entamer la descente donc je les ai vite perdu de vu, je les voyais de loin.
La descente commençait par des passages enneigés, donc j'y allais comme Léo me l'a appris : un pas après l'autre avec les bâtons vers l'avant. Ce qui fait flipper c'est les énormes crevasses qu'on croise parfois sur ces névés, tu vois des trous noirs qui font parfois plusieurs dizaines de mètres, et quand tu poses le pied pas loin d'un trou noir sur ces passages, bah je peux te dire que tu fais pas le fier.
Ca doit d'ailleurs être pour ça que tout le monde passe par les pas des autres déjà tracé dans la neige. C'est la première difficulté de cette descente.
Le vent était encore très présent mais beaucoup plus bas, ça commençait légèrement à se calmer. Je repense encore à ceux que je croisais dans le sens inverse et qui me demandait si le vent allait enfin se calmer en haut
Ils ne sont vraiment pas prêt ceux là
Un autre passage très très pentu arrive. Pendant que je descendais avec beaucoup de prudence, un groupe était entrain de monter. Soudain, et encore une fois, je glisse sur une pierre roulante, je dévale la pente en courant, involontairement bien sûr, et dieu merci, le dernier du groupe que je croise se trouvait là, au virage, au bon moment et j'atterris dans ses bras, juste avant le grand vide.
J'étais à deux doigts d'y rester à ce moment là, il était moins une.
-Oui oui, merci beaucoup héhé, satané pierre
Un peu plus bas, un autre danger s'annonce (musique ambiance : https://youtu.be/l9lrqjjrHnA?t=164 )
Je descends tranquillement, quand soudain, j'entends une voix qui vient d'en haut derrière moi
-ATTTENNNNNNNNTTIOOOOOOOOOOOOOOONNNNNNNNN !
Je me retourne.
-Qu'est ce qui se passe enc...
Une fille est tombée dans le sens de la montée. Dans sa chute, et la pente étant tellement raide, elle a déclenché une avalanche de pierres (dont surtout une très grosse) qui vient droit sur nous.
Je vois la pierre arrivé à hauteur d'une autre fille entre celle qui a chuté et moi, elle a le réflexe de se coucher au sol pour éviter la pierre, alors que moi j'étais tétanisé comme ça à regarder la pierre descendre droit sur moi :
Heureusement, la pierre commence à dévier sur le côté et retombe sur le sol avant de passer par dessus moi sur le côté à environ 4-5 m de moi
On a éviter le pire. Tout le monde est effrayé dans la montagne, jusqu'à ce que j'entende une voix en haut : "tout va bien ???? Personne n'est blessé ????" "Non heureusement !" "Désolée !!" disait la fille. ça met l'ambiance, on sent que le danger est partout, partout... PARTOUT. Omniprésent.
Vers le premiers tiers de la descente, je me retrouve derrière deux italiens. On était devant de nouveaux passages enneigés. Il voulait me faire passer le premier les saligauds mais j'ai refusé. A ce stade, avec les trous noirs, chaque pas représente l'épreuve mortelle de Squid Game avec les vitres cassées. https://youtu.be/lwZJHHQ8ib4?t=373
A suivre
CHAPITRE 91
LA DEUXIEME PARTIE DE LA DESCENTE
La descente du Wall se décompose en trois parties. Nous avons fait la première, qui était la plus dangereuse. Dans le chapitre précédent, vous avez pu voir que j'ai frôlé la mort à plusieurs reprises.
Au bout de cette première partie, la descente prend un virage à 90° vers la gauche, et de nouveau, c'est une très très longue descente qui s'annonce. Je vois les gens tout en bas qui attaquent la montée, ils paraissent miniscule.
Cette deuxième partie de la descente est moins difficile que la première mais très difficile aussi puisque les pierres roulent énormément, le risque de chute est fort.
Mais surtout, ce qui m'a le plus marqué, c'est la grandeur de la montagne et de ce qui m'entoure par rapport à moi. C'est comme si j'étais sur un sol où aucun humain n'était autorisé à venir. Et puis j'ai eu la chance d'être seul à ce moment là, je ne croisais plus trop de monde derrière et devant moi.
L'impression d'être une fourmis, minuscule devant la grandeur du lieu. La grandeur, c'est voir des cascades partout de centaines de mètres à des centaines de mètres, des falaises de fous, des hauteurs de dingues, des dangers de dingues, des bruits de fous. Une étape pas comme les autres.
Vu la difficulté de l'étape du jour, ma douleur à la cheville commençait à revenir un petit. Vivement l'arrivée quand même.
C'est sans aucun doute l'étape la plus difficile de ce GR, je m'en souviendrai. Elle m'a marqué. C'est presque un petit miracle d'en ressortir indemne.
Vers le dernier tiers de cette deuxième partie, je cherche un coin pour manger, je me dis que je vais faire une longue pause de 2/3h en attendant Léo, mais il m'aura fallu le temps de manger en 20 minutes pour le voir apparaître de ma cachette, à 20 m du chemin. Je l'appelle fort.
Il trottinait, comme un poisson dans l'eau et me rejoint.
-Bah qu'est ce que tu fous là ? Déjà ???
-J'ai fait l'aller retour en quasi 1h30 et pourtant j'ai galéré à trouver l'entrée du Monte Cintu, j'ai du rebrousser chemin plusieurs fois pour trouver. Les balises sont mal indiquées. Mais j'y ai été.
-Attends mais comment t'as fait pour aller aussi vite ???
-J'ai recroisé le groupe d'Olivier dans la descente au passage, ils ont cru que j'y avais pas été et que j'avais rebroussé chemin... Mais je leur ai montré la photo comme quoi j'y avais bien été. J'ai bien fait parce qu'ils ne m'auraient pas cru.
-Ayaaa et qu'est ce qu'ils ont dit ?
-Olivier n'en revenait pas. Il était choqué. Ils m'ont regardé comme si j'étais un extra-terrestre ahi... Là il m'a dit pas de doute, tu peux large faire guide de montagne
-Eh bah tu vas me raconter tout ça, t'as mangé ?
-Je viens tout juste de finir, installe-toi on partira après.
-Cool que tu sois là, je me suis dis que t'allais filer au refuge
-Non je me suis fait une petite pause et j'ai voulu t'attendre là, parce que moi aussi j'ai des tas de choses à te dire sur cette journée ataoy !
-Par contre tu t'es foutu au pied d'une falaise, t'as pas peur de te prendre une pierre sur la tête toi ?
-Mais il n'y a que des pierres partout, on est à l'abri nul part ici
A suivre
CHAPITRE 92
LE DIEU DU GR20
Pour ce chapitre, on va s'intéresser à l'histoire de Léo pour aller à la rencontre du Dieu du GR20, à savoir le toit de la Corse, le Monte Cintu, sommet culminant de l'Île de Beauté, à plus de 2700 m.
Ce que je me souviens, c'est qu'il a galéré un peu. Il s'est perdu plusieurs fois sur le chemin, surtout à l'aller.
Il a suivi les balises jaunes, mais à un moment donné, il a perdu la trace. Les chemins étaient selon lui tellement dangereux qu'il s'est dit : "merde, j'ai du me tromper à mon avis
"
Pour que lui dise ça, c'est que ça devait effectivement très dangereux.
-Et le vent ? C'était pire que à l'endroit où on s'est séparé ou non ?
-Bordel. J'ai bien fait de pas venir.
[...]
-Puis j'ai fini par retrouver la trace. Avec l'endroit où je me suis planté, j'ai du finir par escalader. C'était quasiment de l'alpinisme.
-Et enfin, j'arrive vers le sommet. Plus que quelques mètres... Regarde cette photo Célestin, l'endroit le plus haut de Corse !
-Et tout en haut, j'ai la chance de voir un couple, on est que tous les trois sur le sommet avec ce vent de dingue, le Dieu du GR20 nous fait la bise ! Le couple a pu me prendre en photo. Et regarde celle-ci, devant la croix !
-Regarde Célestin, ça ne te donne pas le vertige ? Je dominais toute la vue de Corse. Pendant ce temps tu devais être là, au niveau de ce point rouge sur la photo.
La descente du Wall expliquée : (on ne se rend pas compte des pentes sur la photo). Les traits pointillés sont quand on passe derrière le rocher, où on voit pas le chemin.
Le premier tiers, c'est la zone de mort où il manque la partie la plus pentue et où j'ai frolé la mort. On ne voit que la partie où les Italiens m'ont servi de cobaye sur les passages enneigés.
-Pour la descente, je te raconte pas l'enfer, je me suis cassé la gueule au moins 3 fois, mais c'est parce que j'ai couru, je voulais absolument te rattraper
-Du coup, je me demande si c'est pas toi le Dieu du GR20 finalement
-Non mais regarde un peu dans quoi je me suis engoufré :
Avec Léo, on a ensuite fini l'étape du jour, qui n'en finissait pas, encore une fois. Le dernier tiers était moins dangereux mais également très difficile. Les jambes sont enfourmillées. Au démarrage du dernier tiers, je croise un petit vieux qui marche tout doucement au début du deuxième tiers de la montée du Wall pour lui. ça fait peine à voir, parce que vu son allure, il est pas arrivé nom de Dieu. Et en plus il nous demande si c'est encore loin le sommet.
Il s'arrête, regarde vers le haut, et souffle en faisant une pause.
Mais quant à nous, on continue, on traverse finalement la forêt avant le refuge. On croise un mini lac avant l'arrivée, fini le vent, retour des fortes chaleurs en bas et du soleil. Léo va se baigner dans l'eau glacée, comme d'habe je sais pas comment il fait, moi je me suis mis en caleçon, j'ai juste mis les jambes telle la tapette que je suis.
On regrette notre choix : voici qui arrive quelques minutes après nous :
Les deux veilles bic. Elles sont pas mortes elles avec l'étape du jour ??
-Ah tiens salut ! Vous avez trouvé un spot pour se baigner ? OMG super, on vous rejoint.
Mon égo vient d'en prendre un coup, elle saute d'un coup alors que moi je souffre pour rentrer un orteil.
-Bon et bah on va y aller un, à plus !
On reprend vite notre route avec Léo. On est proche. Proche de CONCLURE l'étape LA PLUS DIFFICILE DU GR20. Mais bon SANG DE BON SANG ! QUELLE ETAPE ! QUELLE JOURNEE ! OH PUTAIN APRES AVOIR VECU CA ON PEUT MOURIR TRANQUILLE. ENFIN LE PLUS TARD POSSIBLE J'ESPERE... MAIS ON PEUT.
On croise un groupe de jeunes de notre âge dans le sens opposé qui partent se baigner justement vers où on s'est rafraichit. (Ils ne vont pas être déçu du voyage avec les deux vieilles biques...
)
-Allez courage les gars, vous y êtes presque, ils ne vous restent même pas 5 minutes de marche.
-Génial ! Merci beaucoup, parce que là on commence à avoir vraiment mal aux jambes.
Ma blessure tient le coup, mais avec la difficulté du jour, ça se ravive un peu. Espérons que ça tienne encore le plus longtemps possible. Même si on a fait un pas important aujourd'hui, il reste encore 3 étapes pour finir. TROIS JOURS et on arrive au but.
Puis le panneau de fin d'étape.
A quelques mètres du panneau, au pied d'un arbre, on croise un randonneur à bout de force qui n'a même pas le courage de marcher 100 mètres jusqu'au refuge, il doit faire une pause. Il est allongé au sol, étalé comme une crêpe.
L'étape est validée.
A suivre.
CHAPITRE 93
LE REPOS BIEN MERITÉ
Refuge d'Asco ! Enfin arrivé ! Nous venons d'achever l'étape la plus difficile du GR20 Nord avec Léo. Nous allons pouvoir prendre une sacré récompense pour fêter ça. Ce n'est pas vraiment un refuge comme les autres, on arrive au bord d'une route, c'est un hôtel desservi, mais nous on sera dans un dortoir dans les sous-sol. On a juste accès au bar.
On commence par descendre nos affaires en récupérant notre sac d'assistance dans la chambre du dortoir. On est tout au fond à gauche. Une chambre de 4, nos deux autres compagnons inconnus ne sont pas encore arrivés dirait-on, on est donc les premiers avec Léo.
-Bon, allons prendre une douche.
Pour une fois, la douche est froide. Cela faisait longtemps. Pas agréable du tout la douche glacée.
On va ensuite boire un coup sur la terrasse du bar. Pierre arrive et s'installe à côté de nous.
-Ah ! Tu as encore devancé ton groupe ?
-Ouai, là ils étaient trop long aujourd'hui, j'en avais marre. J'ai demandé à Olivier si je pouvais arriver en avance ici, parce qu'ils font des superbes glaces, il m'a dit que je pouvais vu que la fin est facile.
-Ouai, elle est dure celle la hein ?
-La plus difficile du parcours.
Le groupe d'Olivier arrivera plus tard. On prendre un bon apéro avec tout le monde. En parallèle, je retourne au bar parce qu'ils font de superbes casquettes GR20, je décide d'aller m'en acheter une, elle est rouge.
Même John me félicitait de cette casquette.
Mais en faisant la queue, je remarque que le Groupe 1, dont on a pas vu depuis longtemps, depuis la fin du Sud il me semble, arrive derrière moi au bar. Ces gens-là :
(si vous vous en souvenez pas c'est pas grave). Ils se mettent dans la queue derrière moi.
-Ehhhh ! Mais ça fait un bail ! Comment ça va ??? Content d'arriver j'imagine ?? Vu l'étape de malade ! Dure mais on en a pris pleins les yeux n'est ce pas ?
-Bah on sait pas. On a pas pu faire l'étape du jour à cause d'un traitre de notre groupe qui a refusé de faire l'étape. Il a entraîné tout le groupe dans le bus pour rejoindre Asco. On est dégoûté.
-Sérieux ?? Ah merde, je suis désolé...
-Dégoutés et très très en colère. Venir faire le GR20 et louper l'étape la plus mythique c'est un cauchemar.
-Ambiance au plus bas maintenant par la faute du gars. Il a aucune honte.
Vous voyez ? C'est le problème de faire le GR20 en groupe. On signe un papier avant l'aventure qui stipule que la décision de groupe c'est aussi vivre ce genre de moment. Si une personne refuse, tout le monde suit. C'est l'étape où on pouvait prendre un bus, donc ils ont du faire ça. Dur pour eux mais c'est comme ça.
Bref en revenant vers les chambres, on constate que nos deux compagnons sont en réalité John
et Alain :
Pierre au loin demande où Alain dort. On se demande pourquoi.
-OH SEIGNEUR DIEU MERCI ON EST PAS DANS LA CHAMBRE D'ALAIN !
-Vous... Vous êtes avec Alain ? Dans la chambre ???
-Je suis désolé pour vous. Ce sera une nuit blanche pour vous. C'est le plus gros ronfleur de l'histoire. Vraiment, je vous présente toutes mes condoléances les gars.
Alain, qui était là, a tout entendu, il comprenait pas pourquoi Pierre disait ça.
L'Australienne et les deux autres meufs du groupe d'Olivier sont dans la chambre voisine :
Putain, j'aimerais dormir avec elle. Et pas avec el famoso plus gros ronfleur de l'histoire...
-SALUT A TOUS !!!!!! LA DEDANS
Oh putain le retour des Belges ! Ils sont dans la chambre en face de nous ! N'oubliez pas qu'ils m'ont sauvé avec leur crème antiinflammatoire là... On était dans le dortoir avec eux précédemment la nuit où l'abandon était extrêmement proche !
Et ils sont extrêmement content de me voir !!!! ça fait plaiz ! Je discute un moment avec eux... Ils me remettent même un peu de crème pour me soigner encore. Vu que c'est pas complètement dégonfler mon truc. Il reste trois étapes avant la fin, il faut tenir. Mais grosse déception quand j'apprends qu'ils ont pris le bus eux aussi aujourd'hui. Ils ont choisi la facilité ces traitres. Alors qu'ils m'ont poussé à bout pour que je continue, en me disant que je pourrais le regretter... Et eux... ils prennent un bus parce qu'ils ont eu peur de l'étape du jour.
A suivre
CHAPITRE 93
LE REPOS BIEN MERITÉ
Refuge d'Asco ! Enfin arrivé ! Nous venons d'achever l'étape la plus difficile du GR20 Nord avec Léo. Nous allons pouvoir prendre une sacré récompense pour fêter ça. Ce n'est pas vraiment un refuge comme les autres, on arrive au bord d'une route, c'est un hôtel desservi, mais nous on sera dans un dortoir dans les sous-sol. On a juste accès au bar.
On commence par descendre nos affaires en récupérant notre sac d'assistance dans la chambre du dortoir. On est tout au fond à gauche. Une chambre de 4, nos deux autres compagnons inconnus ne sont pas encore arrivés dirait-on, on est donc les premiers avec Léo.
-Bon, allons prendre une douche.
Pour une fois, la douche est froide. Cela faisait longtemps. Pas agréable du tout la douche glacée.
On va ensuite boire un coup sur la terrasse du bar. Pierre arrive et s'installe à côté de nous.
-Ah ! Tu as encore devancé ton groupe ?
-Ouai, là ils étaient trop long aujourd'hui, j'en avais marre. J'ai demandé à Olivier si je pouvais arriver en avance ici, parce qu'ils font des superbes glaces, il m'a dit que je pouvais vu que la fin est facile.
-Ouai, elle est dure celle la hein ?
-La plus difficile du parcours.
Le groupe d'Olivier arrivera plus tard. On prendre un bon apéro avec tout le monde. En parallèle, je retourne au bar parce qu'ils font de superbes casquettes GR20, je décide d'aller m'en acheter une, elle est rouge.
Même John me félicitait de cette casquette.
Mais en faisant la queue, je remarque que le Groupe 1, dont on a pas vu depuis longtemps, depuis la fin du Sud il me semble, arrive derrière moi au bar. Ces gens-là :
(si vous vous en souvenez pas c'est pas grave). Ils se mettent dans la queue derrière moi.
-Ehhhh ! Mais ça fait un bail ! Comment ça va ??? Content d'arriver j'imagine ?? Vu l'étape de malade ! Dure mais on en a pris pleins les yeux n'est ce pas ?
-Bah on sait pas. On a pas pu faire l'étape du jour à cause d'un traitre de notre groupe qui a refusé de faire l'étape. Il a entraîné tout le groupe dans le bus pour rejoindre Asco. On est dégoûté.
-Sérieux ?? Ah merde, je suis désolé...
-Dégoutés et très très en colère. Venir faire le GR20 et louper l'étape la plus mythique c'est un cauchemar.
-Ambiance au plus bas maintenant par la faute du gars. Il a aucune honte.
Vous voyez ? C'est le problème de faire le GR20 en groupe. On signe un papier avant l'aventure qui stipule que la décision de groupe c'est aussi vivre ce genre de moment. Si une personne refuse, tout le monde suit. C'est l'étape où on pouvait prendre un bus, donc ils ont du faire ça. Dur pour eux mais c'est comme ça.
Bref en revenant vers les chambres, on constate que nos deux compagnons sont en réalité John
et Alain :
Pierre au loin demande où Alain dort. On se demande pourquoi.
-OH SEIGNEUR DIEU MERCI ON EST PAS DANS LA CHAMBRE D'ALAIN !
-Vous... Vous êtes avec Alain ? Dans la chambre ???
-Je suis désolé pour vous. Ce sera une nuit blanche pour vous. C'est le plus gros ronfleur de l'histoire. Vraiment, je vous présente toutes mes condoléances les gars.
Alain, qui était là, a tout entendu, il comprenait pas pourquoi Pierre disait ça.
L'Australienne et les deux autres meufs du groupe d'Olivier sont dans la chambre voisine :
Putain, j'aimerais dormir avec elle. Et pas avec el famoso plus gros ronfleur de l'histoire...
-SALUT A TOUS !!!!!! LA DEDANS
Oh putain le retour des Belges ! Ils sont dans la chambre en face de nous ! N'oubliez pas qu'ils m'ont sauvé avec leur crème antiinflammatoire là... On était dans le dortoir avec eux précédemment la nuit où l'abandon était extrêmement proche !
Et ils sont extrêmement content de me voir !!!! ça fait plaiz ! Je discute un moment avec eux... Ils me remettent même un peu de crème pour me soigner encore. Vu que c'est pas complètement dégonfler mon truc. Il reste trois étapes avant la fin, il faut tenir. Mais grosse déception quand j'apprends qu'ils ont pris le bus eux aussi aujourd'hui. Ils ont choisi la facilité ces traitres. Alors qu'ils m'ont poussé à bout pour que je continue, en me disant que je pourrais le regretter... Et eux... ils prennent un bus parce qu'ils ont eu peur de l'étape du jour.
A suivre
Juste avant d'aller dîner, je décide d'aller au comptoir pour demander à la serveuse de me servir une petite bière pour l'apéro.
Je vois que John me suit pour faire de même.
Léo et Alain, eux, sont restés dans la chambre pour faire un peu de tri dans leurs affaires et le sac d'assistance. Ils ont bien raison, car le sac d'assistance, on ne le retrouvera pas avant la fin du GR20. Demain on repart pour trois jours, les trois derniers de l'aventure.
Quelle fierté... Quelle fierté d'avoir fini cette étape du jour !
-Allez tiens à la tienne mon ptit John
-...ssible d'être aussi DEBILE MENTAL !!!
-Mais je mais je MAIS JE QUOI ???? C'EST COMPLIQUE DE PRENDRE UNE COMMANDE AUSSI SIMPLE ??? FAUT QUE JE T'EXPLIQUE COMMENT ON ECRIT AVEC UN STYLO SUR UN BOUT DE PAPIER PEUT-ÊTRE ???
-AH LES INTERIMAIRES JVOUS JURE !
-.. jour Madame, je souhaiterais une bière s'il vous plaît.
-OUI ! Euh oui, pardon, désolée, je suis un peu tendue là avec ces espèce de couillons !
-Ah oui je vois ça oui... je vais essayer de ne pas vous mettre en colère davantage.
-Je crois que vous avez raison mon vieux...
-OUI FAUT PAS M'EMMERDER JE VOUS PREVIENS VOUS VOYEZ CE QUE CA DONNE SINON.
La serveuse semble tendue dirait-on. Faut dire que les serveurs entre le bar et la cuisine sont incompétents.
A tel point que je vais vous raconter vite fait comment notre dîner s'est déroulé. Vous allez être surpris.
On voulait se mettre avec le groupe d'Olivier pour manger avec eux, mais on avait pas le droit apparemment. J'ai mangé en tête à tête avec Léo sur une table en duo. Dommage, le groupe était un peu dégoûté aussi parce qu'ils voulaient manger avec nous. Mais bon, on va suivre les règles de la MAISON.
Par contre manger en duo avec Léo avait un avantage : on a évité de se coltiner les deux vieilles biques qui voulaient manger avec nous après en nous voyant tous les deux. On leur a dit que c'était pas possible et qu'il fallait suivre les règles de la MAISON.
Mais le plus drôle est à venir.
On est servi en premier avec Léo, l'entrée. Une soupe. Jusque là tout va bien.
Imaginez le contexte : tout le monde a faim après cette étape de dingue aujourd'hui.
Accrochez-vous parce que ça va devenir compliqué.
Les gens commencent à s'énerver que certains ont déjà fini les soupes en entrée alors que d'autres attendent depuis une plomb leur entrée.
Choc : avec Léo on a notre plat de résistance : des pates avec je sais plus quoi dedans, c'était un truc bizarre dont je ne me souviens pas.
D'autres n'ont toujours pas leur entrée.
On finit notre plat de résistance. Les deux vieilles biques et le groupe n'ont toujours pas leur entrée.
Soudain miracle : le groupe d'Olivier est enfin servi ! Mais directement le plat de résistance sans les entrées
-Ah bah pas d'entrée pour nous on dirait
Le serveur se barre et répond pas. Pour le dîner, ils sont deux serveurs, on entend de temps en temps la serveuse au bar gueuler un bon coup, mais alors c'est là que le drame arrive : avec Léo, on ne peut plus se contrôler de rire.
Parce que les serveurs sont totalement DEBILES ! Y en a un il faisait des aller-retour INUTILEMENT, mais 4 à 5 fois avec les mêmes assiettes dans les mains, sans savoir quoi en faire. L'autre essayait de faire tourner des plateaux vides sur son doigt comme un ballon de basket
Ces incompétents bordel, on comprend pourquoi la serveuse gueulait tout à l'heure
Les deux vieilles biques ne sont toujours pas servie avec leur entrée qu'on nous apporte déjà le gâteau au chocolat en dessert
Le groupe qui finit les pates, on leur amène le fromage puis l'entrée ensuite (soupe)
-Mais... Ils viennent vraiment de nous donner une soupe après le fromage là ?
-Au moins ils ont eu du fromage.
Et le serveur avec son jean blanc qui traverse les allées en faisant tournée son plateau et en le faisant tomber ahi
On se marre tellement qu'Olivier nous aperçoit et nous rejoint accroupi devant notre table avec deux bières.
-Tenez les gars je vous devais deux bières
-Alors ce service ? Qu'est ce que t'en dis ?
-Putain hahahahahahahaha c'est un délire
Plus tard, quand on quitte la table pour regagner la chambre, on passe devant la table des deux vieilles biques et elles n'ont toujours eu aucun plat
-Avec un peu de chance, on va avoir les desserts avant la soupe !
Pour la nuit, je vais passer vite mais c'était une horreur des plus totales. Alain tient sa réputation du plus gros ronfleur de l'histoire. A en faire trembler les murs. Je me dis que je n'ai jamais de chance, je tombe toujours sur les ronfleurs, ça me soule. et ça ne s'arrêtait jamais. JAMAIS.
Et c'est pas tout : derrière nos lits au centre, y avait une putain de porte de secours qui s'ouvrait et se fermait toute la nuit laissant passer des courants d'air. A un moment, je me suis levé et j'ai fait exprès de claquer bien fort la porte pour réveiller Alain le ronfleur et que les ronflements se calment quelques minutes. Léo me félicitait pour cette action.
Ne trouvant pas le sommeil à cause d'Alain, et m'emmerdant pour le coup, je décide d'aller pisser, tout en prenant soin de renifler les shoes de l'Australienne dans le couloir afin de trouver une occupation
En revenant dans la chambre au retour, j'entends la chambre d'en face avec les Belges qui ne dorment pas non plus à cause d'Alain _.gif)
-Bordel mais c'est qui qui ronfle comme ça ? Sérieux je n'ai jamais vu ça de ma vie !
A suivre
CHAPITRE 95
OBJECTIF CARROZZU
Encore trois étapes. 3 jours et l'objectif sera accompli. Ma blessure va t-elle tenir ? En attendant, et malgré la nuit catastrophique, ma cheville semble aller ce matin, surement grâce à la crème antiinflammatoire des Belges, qu'on a retrouvé en face de notre dortoir. Encore merci à eux.
Alain, le plus gros ronfleur de l'histoire, tout le monde le regardait comme ça au réveil :
Pour aujourd'hui, Léo me dit qu'il s'agit d'une étape assez technique sur la première partie. La fin ça passe, dit-il.
Dès le départ, il faut remonter une forêt au-dessus de la route, et ça attaque raide, on fait des zigzag dans la colline. Un gros coup de pompe sur cette première montée, on sent que nos muscles se fatiguent plus vite que d'habitude, l'enchaînement des étapes commencent à faire effet.
On a pris plus de 3 quart d'heure a monté la première colline, sacré montée en peu de distance. Essoufflés comme des sauvages dès le départ de l'étape.
En sortie de forêt, on est comme dans une sorte de crique, un versant encerclé, il faut monter la montagne, que de la pierre et des gros rocs.
On vient de rattraper de vieilles connaissances :
On est que tous les 5 au départ de cette nouvelle montée, encerclé dans cette espèce de crique.
-Tiens salut ! Tu as résisté Célestin ! C'est bien, la cheville tient toujours ?
-Toujours oui. Et vous ça va ?
Ne comprenant pas leur réponse sèche, Léo m'explique en entamant l'ascension que les deux se sont chamaillés sur l'étape d'hier (la plus dure du GR20). Apparemment le gamin (
) est plus rapide que les deux et ils ne s'attendent pas, ils sont pas au même rythme. Ils ne regardent jamais les balises et foncent têtes baissés dans des endroits où il ne faut pas aller. Ils font donc des détours, parfois plus d'une heure, avant de revenir sur leur pas. Et ça au GR, ça peut être fatal. En conclusion, c'est l'énervement total entre les trois, à tel point que l'un a dit à Léo hier qu'ils ne se parlent quasiment plus pendant la randonnée. Elle va être belle la fin pour eux dites donc
C'est que l'un a expliqué à Léo hier soir à Asco.
Mais comme vous le savez, moi, quand y a des histoires comme ça sur le GR20 ça me fait marrer, ça me rebooste parce qu'on est pas seul à être en colère de temps en temps, ça fait partie du jeu, y a des coups durs et des coups de bonus
Pendant l'ascension, on sent avec Léo qu'ils veulent pas nous lâcher, le gamin (Marcus) nous dépasse à une allure phénoménale et continue de grimper. On est assez surpris avec Léo.
Les deux autres, Victor et Pascal restent derrière nous à nous coller et essaient finalement de nous dépasser. C'est le cas. On repasse derrière.
Quasi 30 mètres nous séparent maintenant. Sauf qu'à un moment, y a une balise qui part à droite en plein milieu de la montée, alors que les autres ont continué tout droit, à grimper toujours plus haut, until the moon
!
Léo me regarde avec cette tête et en me montrant du doigt la balise
Je commence déjà à rigoler, putain les co*s !
On prend à droite et on essai de les repérer de loin, c'est le cas.
-OHEEEEEEEEEE LES GARRRRS !!!!!!!!!!!!! FAITES GAFFE FALLAIT PRENDRE A DROITE HEINNN !!!!!!!!!!!!!!!!! VOUS VOUS ÊTES TROMPE !!!!!!!!!!!!!!!!!!
-FALLAIT PRENDRE A DROIIIIIIIITE VOUS AVEZ LOUPE LA BALISEUHHH !!!!!!!
-OH P*TAIN ! PASCAL !! IL EST OU MARCUS JE LE VOIS FAUT LUI DIRE DE REDESCENDRE LA !
-VOUS ALLEZ TROP VITE PU*AIN ! VOUS AVEZ LOUPE LA BALISE !
-OH P*TAINNNNNNNNNNNNNN !!! MAIS C'EST MARCUS AUSSI LA IL NOUS ATTEND PAS ! OHEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE MARCUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUS ATTEEEEEEEEEEND NOUSSSSSSSSS AUSSSSSSSSSSSSSI MERRRRRRRRRRD*UUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUHHHHHHHHHHHHHHH !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Le fait que ce soit une crique, ça a fait un écho de malade dans la montagne tellement il a hurlé ses tripes. Explosion de rage ultime, j'ai cru qu'il allait appuyer sur Start et quitter la partie. Sauf que là on est au GR20 au milieu de nul part et que t'as pas le choix d'avancer
-Et l'équipe de Célestin et Léo qui reprennent la tête...
On ne les reverra pas avant un bon moment. Pour la suite de l'étape, nous longeons pendant un long moment des crêtes. Il n'y a pas beaucoup d'espaces pour marcher, et le terrain assez difficile. Un aperçu de ce dans quoi nous devons marcher :
Bien sûr avec Léo on commence à avoir une bonne lecture de terrain donc on passe sans trop de difficulté. C'est juste qu'à force de marcher un peu en biais sur ce profil, bah la douleur à la cheville se réveille vite. C'est dur mais je m'accroche. Au moins maintenant, je sais qu'après chaque nuit, la douleur repart, et revient suivant le type de terrain le lendemain. Mais elle repartira la nuit de nouveau. Donc je commence à me dire que... ça sent bon cette histoire !
A l'ombre sur la quasi toute première partie dans la crête, on a marché avec nos doudounes puisqu'il y avait beaucoup de vent, le froid était présent.
On arrive au Bocca Muvrela - 1980 m
On commence enfin à descendre un peu ! On retrouve un peu de monde ici qui font une pause. Et que dire de la pause ! Pour la première fois de l'histoire de l'aventure, on commence à avoir une vue sur la baie de Calvi. Ca sent la fin qui s'approche. ça fait drôle et bizarre.
On continue à marcher encore et encore, la chaleur commence à arriver et à cogner.
On est plus qu'à quelques minutes du refuge. Mais avant l'arrivée au refuge, et qu'il est encore tôt (11h environ), on arrive à un point mythique du GR20, un chapitre très très spécial qui va marquer un point marquant et incontournable de notre aventure avec Léo.
A suivre.
JvArchive compagnon