"SWEET"?
Comment ça "Sweet"???
EVIDEMMENT QU'ON VEUT LA SOUITE !!!!
CHAPITRE 72
LA JOURNEE DIFFICILEMENT FACILE
Faut que j'aille pisser à tout prix. Mince, c'est vrai que y a pas de chiotte ici. Tant pis, je vais aller monter le sommet de la vallée et pisser à l'abri.
Oh, on dirait bien que tout le monde est parti, y a plus grande monde dans le campement ici... On doit ĂȘtre Ă peine une dizaine...
Allez, faut que je monte la petite colline la, ça va me permettre de voir si j'ai toujours mal au tendon au-dessus de cette fichue cheville.
Résultat : douleur insupportable, exactement comme hier.
Je redescend la colline en boĂźtant comme un animal avec une patte molle.
Plus sérieusement, on est d'accord pour dire que je suis foutu non ?
On va dans un premier temps essayer de ne pas y penser, on va aller se prendre un bon petit dĂ©j et peut-ĂȘtre que par miracle, ça ira mieux...
-Salut Célestin, ça va mieux le tendon ?
-Bof, je viens d'aller pisser en haut là , j'ai toujours mal, exactement comme hier, ça m'inquiÚte un peu mais on verra je vais essayer de y aller doucement.
-Oui on va y aller tranquillement vu que c'est assez simple aujourd'hui, y a rien de technique, c'est que du plat quasiment.
-Oui, ça devrait le faire. Le tendon devrait ĂȘtre moins sollicitĂ©, ça va peut-ĂȘtre le reposer un peu.
-Bon allons prendre ce petit-déjeuner.
Pour ce petit-déjeuner, nous continuons à bien nous alimenter, c'est tellement important si vous saviez. On ne s'en rend pas compte sur le coup, mais quand on découvre qu'on est assez énergique sur la poussée en haut de la montagne deux heures plus tard, ce n'est pas le fruit du hasard.
Quelque chose nous interpelle nonobstant sur la terrasse derriĂšre les tables.
-Regarde Célestin derriÚre toi, il se passe quoi ?
Un jeune homme est assis sur une chaise, en larmes, entourée de deux filles et un autre gars. Visiblement, il s'agit de ses partenaires d'un groupe en liberté.
-Oui courage, tu peux ĂȘtre fier de ton parcours, tu sais... c'est dĂ©jĂ Ă©norme d'ĂȘtre arrivĂ© jusqu'ici.
-Exactement, c'est comme ça ça peut arriver à tout le monde une cheville qui roule.
-M... Merci les gars, mais je suis dégoûté tain...
-T'inquiÚte pas mon chéri, va te reposer à l'hÎtel, on se retrouve la semaine prochaine à Ajaccio.
- On va t'appeler les secours, sûrement l'hélico pour te sortir d'ici, je vois pas d'autres moyens.
En vérité, ça fendait le coeur de voir le type envahi de tristesse. Je peux comprendre sa douleur, c'est un fragment de ce que j'ai ressenti l'année derniÚre avec mon dos et l'abandon.
- La terrible loi cruelle du GR20, encore un abandon...
-Je prĂ©fĂšre ne rien dire parce que ça pourrait ĂȘtre moi tout Ă l'heure ça...
- Mais non, je suis sûr que ça va aller...
-Ah ouai ? Parce que franchement là , j'ai presque du mal à y croire vu la douleur... Y a plus qu'à espérer. On va y aller doucement, vraiment doucement.
-Oui t'inquiÚte. Bon, on décolle ?
Départ devant l'hÎte et la bombe de serveuse pour les remercier, mais départ en boßtant... Ils ont du se dire qu'eux, ils n'iraient pas loin.
L'étape a l'air simple, mais ça commence par la traversée d'une petite riviÚre sur des petits rochers.
Rien de tel pour se tordre une cheville ou forcer sur un tendon...
Mais je passe quand mĂȘme avec difficultĂ©. Pendant longtemps, nous traversons de grandes Ă©tendues d'herbes, qui rappellent un peu les pozzis dans le Sud. Le terrain est encore inondĂ©, on a les pieds trempĂ©s.
Mis Ă part ma blessure qui me fait freiner Ă mort, c'est effectivement trĂšs facile. Dommage que je souffre autant.
On perd énormément de temps, on va trois fois moins vite que d'habitude. Dßtes-vous que je boitais vraiment, comme s'il me manquait une béquille.
LĂ©o commençait Ă ĂȘtre inquiet pour moi, parce qu'il pensait que je surcotais la blessure, mais quand il me laisse passer devant et observe ma marche, il voit que je traine de la pate et que je ne marche pas normalement.
Nous arrivons à gros rocher avec le GR20 annoté.
C'est exactement au niveau de ce mĂȘme rocher qu'un panneau "vente de fromages" est prĂ©sent. Un gars a mĂȘme laissĂ© ses bĂątons dessus, surement des bĂątons cassĂ©s par la terrible, dure et cruelle loi du GR20 comme dirait l'autre
Si un jour vous tombez sur ce rocher, vous vous rappellerez de moi et de ma souffrance au tendon comme si le Christ rédempteur portant sa croix était passé par là ...
Le sourire disparaĂźt complĂštement de mon visage, je boĂźte de plus en plus. La douleur fait aussi de plus en plus mal, c'est comme si on me plantait davantage d'aiguilles dans mon tendon, d'autant plus que la douleur devenait de plus en plus aigue. Le mental prend un gros coup.
Léo essaye de me remonter le moral en me disant que nous arrivons devant le lac de Ninu.
Mais il essaye de me pousser un peu je pense parce qu'il ne m'attend pas le sal***
Il me met une distance sur le plat alors que d'habitude c'est moi qui le fait sur ce type de terrain contrairement Ă la montagne. Je n'arrive pas Ă le suivre, car je boĂźte, tout simplement. Il voit que sa technique ne fonctionne pas.
Pire encore, le ciel se couvre, on a encore 3-4 heures Ă faire, et un Ă©norme nuage sombre arrive droit sur nous, sombre tel semble ĂȘtre notre destinĂ©e dans les prochaines heures.
Pas de doute, je crois que nous sommes tous foutus
SWEET ?
Sweet
L'OP je vais consacrer ma journée demain à organiser mon gr20. Si t'as des conseils, sur le matos, les étapes, les bonnes et mauvaises adresses etc, c'est maintenant 
blessureâŠLe 20 aoĂ»t 2023 Ă 19:47:10 :
SweetL'OP je vais consacrer ma journée demain à organiser mon gr20. Si t'as des conseils, sur le matos, les étapes, les bonnes et mauvaises adresses etc, c'est maintenant
Jâessai de te faire un rĂ©cap sur les refuges ce midi par la sur tout ce que jâai fait jusquâĂ prĂ©sent sauf la sweet pour Ă©viter le spoil 
Bon je m'étais à moitié dit que j'allais passer par agence car flemme de tout organiser et réserver un par un.
Sauf qu'Ă chaque fois c'est inscription Ă partir de 2 personnes minimum, ou faut rejoindre un groupe 
Plus qu'Ă tout planifier du coup 
CHAPITRE 73
LE COMBAT MENTAL.
Nous arrivons sur le plateau du Lac Ninu, Ă 1743 m d'altitude. MĂȘme si je boĂźte et que la douleur se fait de plus en plus sentir pour moi.
Vous voyez d'ailleurs trĂšs bien que le ciel se couvre en arriĂšre plan... Le vent souffle de plus en plus fort, on va se taper une tempĂȘte digne de l'ouragan Dean.
Nous contournons le lac puis une montée arrive. Bizarrement, j'ai pas trop mal dans les montées. Je remarque que finalement, c'est le plat et les descentes qui me font atrocement souffrir. Dans les montées, ça va à peu prÚs. Léo n'en revient d'ailleurs pas que je le suivais à la trace à cet endroit là . Je lui explique donc la situation, que je souffre moins en montée.
Dommage, y a quasi aucune montée dans l'étape du jour pour une fois...
On est sous le nuage, toujours pas de pluie mais on se sent menacé comme si le ciel allait nous bouffer comme une portion de haricots blancs
Nous avançons ensuite le long d'une crĂȘte, pas vraiment une crĂȘte mais proche, on est plutĂŽt sur un flanc de montagne.
On s'arrĂȘte mĂȘme pour faire une pause graine.
On ne parle pas trop, on est un peu inquiet au sujet de la blessure.
On reprend ensuite la route, et c'est silence radio entre Léo et moi. Chacun essaye de se concentrer et quand je souffre, Léo n'ose pas trop me déranger, il a compris ma technique de l'année derniÚre, c'est-à -dire me mettre dans ma bulle pour réfléchir à pleins de choses pour ne pas penser à la douleur. Un véritable combat mental.
J'avance sans me préoccuper du temps qu'il reste, de la distance qu'il reste, j'avance pas à pas, c'est tout.
Sauf que dans la premiĂšre Ă©tape du Nord, je vous avais dit que c'Ă©tait une erreur. La vraie stratĂ©gie finalement, c'est de parler sans s'arrĂȘter, de parler Ă quelqu'un pour changer de sujet, penser Ă autre chose.
Mais j'apprend que je ne suis pas le seul blessĂ©. LĂ©o, il a le syndrome du pied grec, c'est-Ă -dire que son doigt de pied Ă cĂŽtĂ© du gros orteil est le plus grand. Depuis le Sud, les frottements ont engendrĂ© une blessure sur son orteil du pied droit, un frottement trĂšs sensible comme si il avait un petit bouton. Je le vois souffrir en grimaçant et pour que lui laisse exprimer une douleur, c'est qu'il ne fait pas semblant : il doit vraiment avoir mal. Je l'entends mĂȘme crier parfois.
Le pied grec, un vrai problÚme pour ceux qui font le GR20, je vous aurais prévenu.
Bon sang mais finalement, c'est peut-ĂȘtre lui qui va abandonner cet annĂ©e...
On ne va décidément pas arriver à la finir ce putain de GR...
Heureusement, le beau temps finit par revenir, mais le vent est toujours lĂ . C'est vraiment pas simple. D'habitude, on double tout le monde, mais aujourd'hui, ce sont les autres qui nous doublent, tout le monde mĂȘme. MĂȘme les faibles... L'impression tout simplement d'ĂȘtre devenu un
Les gens me voient boiter et ils n'ont aucune once de vergogne à me dépasser.
Grrrmlrgrrrr si seulement y avait pas cette diablerie de blessure, croyez-moi que je vous laisserai sur le carreau bande de sacripants...
C'est alors que mĂȘme une fille avec sa mĂšre, nous dĂ©passe. L'humiliation ultime, les jeunes sportifs se font doubler par une vieille et sa jeune fille assez jolie.
Elles me regardent en plus. Elles me voient boiter.
Heureusement elles voient que je suis blessé et qu'elles ne me doublent pas uniquement pour une raison physique et sportive.
Léo commence à en avoir marre de ce petit rythme, je le vois accélérer et prendre des plus longues distances pour m'attendre ensuite, c'est vraiment chiant d'attendre quelqu'un je le comprends. Mais il tient à m'attendre. Et moi à chaque fois je le rejoins en traßnant cette foutue patte.
On s'arrĂȘte de nouveau pour faire une pause sous un arbre, regardez un peu ce foutue vent :
Plus le temps passe, plus l'inquiétude devient SERIEUSE.
Toujours aucun mot sortie de nos bouches depuis des heures.
ça en devient limite palpablement malaisant.
C'est Léo qui dira le premier mot :
-Tu as l'air d'en avoir marre.
-Non, ce n'est pas ça, c'est juste que je souffre, j'en ai marre de cette douleur.
-Si la blessure ne s'amĂ©liore pas, ça va ĂȘtre compliquĂ©. A moins de y aller doucement comme aujourd'hui, voire plus lentement encore. Mais dans ce cas lĂ , je veux pas dĂ©ranger ton parcours, il faudra qu'on se sĂ©pare.
-Oh non, moi je crois pas, je crois que c'est fini.
- Les années se suivent et se ressemblent on dirait.
Soudain, de vieilles connaissances nous rattrapent.
Vous vous souvenez d'eux ? Ils sont en liberté comme nous et ont démarré au Nord, on les as rencontré à Pietra Piana.
-Hey ! Tout va bien ? Alors ces premiers jours sur le Nord ? Comment ça s'est passé ?
- Vraiment dur quand mĂȘme, en fait y a que de la caillasse ici...
-Ah bah oui, ici c'est le GR20
-Mais plus facile aujourd'hui quand mĂȘme.
-Ah oui nettement ça n'a rien à voir.
- Bah ouai maiiis.... On est un peu inquiet pour mon ami lĂ quand mĂȘme...
-Ah bon ?? Qu'est ce qu'il y a ???
-Il y a quelques jours, j'ai glissé sur un rocher et mon tendon a tapé dessus, la blessure est apparue deux jours plus tard, en fin de journée hier. Maintenant je boßte et je souffre le martyr, c'est insupportable.
-Ah mince ! Mais ça va aller ?
-Eh bien honnĂȘtement, je ne pense pas. Je suis trĂšs trĂšs inquiet pour lui. Je pense que son aventure va s'arrĂȘter ce soir.
-C'est vrai qu'il vaut peut-ĂȘtre mieux ĂȘtre prudent et ne pas s'engager plus loin...
-Oui surtout qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire avant de finir l'aventure, et vu les étapes qui s'annoncent, c'est pas de la rigolade encore ce qu'il reste à faire... Je me rappelle un peu de ce qui nous attend et franchement, dans son état, il n'y arrivera pas.
Entendre ça par son camarade, ça fait mal.
Il n'y croit plus, je suis le seul à avoir encore un minimum d'espoir, je ne veux pas que la situation de l'année derniÚre se reproduise.
Tout dépend de cette foutue blessure. Pendant que je marchais, je me disais que c'était mort, et à d'autres moments, je me disais que ce n'était qu'une blessure, que j'avais juste à avancer et que finalement ça irait ! Encore une fois, le moral balance d'un cÎté comme de l'autre, un véritable ascenseur, comme l'année derniÚre.
-Vous voulez qu'on appelle de l'aide ? On est plus trĂšs loin du refuge lĂ .
-Non merci, c'est gentil, je devrais réussir à aller jusqu'au refuge.
-Ok. Bon et bien les gars, nous on va continuer à avancer. Courage à vous et puis Célestin écoute soigne toi bien, prend soin de toi surtout.
On continue d'avancer aussi et avant d'arriver, Léo reprend le dialogue :
-En arrivant Ă l'hĂŽtel de Vergio, on va s'arrĂȘter lĂ . On appellera ta famille pour leur dire que c'est terminĂ©. Y a des taxis en plus lĂ -bas c'est une bonne porte de sortie pour Ă©vacuer.
Musique d'ambiance
https://www.youtube.com/watch?v=tNABiEheHsY&ab_channel=Leafn%27Dream
A SUIVRE.

Le 22 août 2023 à 09:54:57 :
Putain l'op J'AI TOUT LU depuis hier. Merci pour ton temps franchement. Je ne ferai pas le beau en disant "moi, je fais ça ou ça". Le mieux que j'ai fait, c'est 800 mÚtres de d+ dans les Pyrénées orientales donc vraie montagne aussi. Malheureusement, ma maladie (scoliose avancée) ne me permet pas de supporter de tels trajets. Alors j'espÚre que tu continueras à nous régaler...
Moi aussi j'ai une scoliose mais légÚre 
c'est peut ĂȘtre pour ça que j'avais mal au dos aussi du coup 
CHAPITRE 74
CASTEL DE VERGIO
On avance encore. Mais difficilement comme vous vous en doutez. Avant d'arriver Ă Vergio, nous nous arrĂȘtons devant une piscine naturelle pour refroidir nos pieds vers la cascade, et aussi pour mettre ma blessure sous l'eau. De l'eau glacĂ©e, rien de telle pour faire office d'anti-inflammatoire. Je resterai 15 minutes la jambe sous l'eau.
Je remarque que nous ne sommes pas les seuls à vouloir mettre les pieds dans l'eau, les deux filles (la mÚre et la fille) qui nous ont dépassé tout à l'heure sont là aussi.
On dit bonjour mais on constate qu'elles ne parlent pas Français, elles devaient parler en russe ou un truc du genre, impossible de communiquer.
La jeune fille s'asseoit et retire ses chaussures, elle se retrouve en chaussette et je peux voir la plante de ses pieds Ă travers sa chaussette.
ATAOY DES BEAUX FEETS CA FAISAIT LONGTEMPS
Elle retire ses chaussettes et pars à l'eau puis Léo lui sort un mime lui disant de plonger en mettant ses deux bras en avant.
La fille lui sourit et lui mime en retour que l'eau est glaciale.
Bref, 15 minutes plus tard, j'ai toujours aussi mal.
On repart et la fin est trĂšs difficile, on remonte dans une forĂȘt, je me dis que ce sont mes derniers pas, je ne vois pas comment je vais m'en sortir pour la suite de l'aventure.
Il fait trĂšs chaud, je me sens vraiment mal, je suis triste de ce qui se passe, j'ai vraiment envie de continuer mais la blessure me rattrape.
A cet instant, je broie du noir et je me dis que le GR20 n'est tout simplement pas fait pour moi.
Le Dieu du GR20 ne souhaite tout simplement pas que je réussisse.
Mais cette fois, si j'abandonne, je ne reviendrai pas. Plus jamais. Si ça passe pas le deuxiĂšme fois, ça ne passera pas la troisiĂšme. Il y aura encore le Dieu du GR20 qui m'empĂȘchera de rĂ©ussir. Il y aura quelque chose en travers de la route.
D'ailleurs, sachez que ma blessure, en plus d'avoir un peu mal au dos encore, mais moins que l'année derniÚre, mon sac à dos est sur le point de lùcher : la bretelle est déchirée, seule la couche interne tient : il y a trois lignes de couture, la premiÚre et la deuxiÚme est déchirée, seule la derniÚre tient bon.
Vous voyez bien que tout est fait pour que je n'y arrive pas. C'est fait EXPRES, par le Dieu du GR20.
Je ne sais pas, j'ai du faire des choses dans ma vie ou dans ma vie antĂ©rieure qui me punit ici sur ce parcours de toutes mes fautes ? Mon destin est-il d'affronter ce genre d'Ă©preuve ? De comprendre que je dois ĂȘtre puni ? Est-ce mon chemin de croix ? En rĂ©alisant que je suis trop faible pour le GR20, vais-je ĂȘtre rachetĂ© par le Dieu du GR20 ou le Dieu tout cours ?
Tant de questions sans rĂ©ponses mais si logique en mĂȘme temps... Des questions qu'on ne se pose jamais dans la vie de tous les jours... Vous savez, le GR20, c'est aussi un passage initiatique, un sentier trĂšs philosophique, un chemin intemporel, en dehors du temps par rapport Ă notre quotidien, une route mĂ©taphorique de la difficultĂ© de la vie : des temps forts et des temps bas, des Ă©preuves et des moments de joies, le GR20 c'est la dĂ©finition de la vie, c'est l'impermanence, c'est inconstant sans arrĂȘt. On marche, on souffre, on reprend le moral, on se demande ce qu'on fait lĂ , on se pose beaucoup de questions sur soi-mĂȘme et sur ce que nous voulons amĂ©liorer et on recommence le lendemain.
On se sent tout petit constamment vis-Ă -vis des montagnes on aurait presque tendant Ă croire aux religions ici vu que toutes les Ă©preuves que l'on traverse ont l'air d'ĂȘtre posĂ©es lĂ , comme intentionnellement. On a l'impression que quelqu'un est au-dessus de nos tĂȘtes et nous suit de prĂšs pour voir comment on va agir ou rĂ©agir. C'est assez impressionnant.
Je me dis aussi que toutes mes connaissances vont encore apprendre que j'ai échoué. Qu'est ce que ça fera de moi ?
Peu importe ce que les autres disent. Je vais surement à nouveau échoué, mais pour moi, cette fois, j'ai réussi mon GR20. Sans la blessure, j'ai surpassé les étapes par rapport à l'année derniÚre. Souvenez-vous de la montée des Anglais, de la montée aprÚs Onda... J'ai dépassé les autres par rapport à l'année derniÚre. C'est une année réussi et il ne fait nul doute que sans cette blessure, j'aurais réussi à finir.
-Oh non Célestin, ne jamais dire cela : reste humble et n'oublie jamais que rien n'est acquis d'avance ici. Jamais.
Et il a raison puisque c'est la colĂšre qui me fait dire ces choses lĂ .
Et puis il y a aussi la tentation d'arrĂȘter : retourner dans son petit confort, dans un chiotte propre, dans une douche propre, dans un vrai lit douillet... ArrĂȘter de marcher et souffrir... J'ai appris ça de Anne-Lise Rousset, la recordman fĂ©minine du GR20. Ne jamais cĂ©der Ă cela, c'est une tentation du mal.
Bon déjà il faudrait songer à finir l'étape du jour.
On avance et en sortie et on croise un petit groupe de jeune qui nous disent que nous y sommes, qu'il y a que deux minutes de marche. En sortie de forĂȘt c'est en effet le cas, nous voyons la route, nous revoyons des voitures, des vans, des touristes, un petit retour Ă la civilisation.
Un gars est explosĂ© par terre au sol en sortie de la forĂȘt, il fait sa sieste.
De notre cĂŽtĂ©, on traverse la route et on se dirige vers l'accueil de ce grand hĂŽtel, qui semble ĂȘtre assez chic.
-Ne t'emballe pas trop CĂ©lestin, on n'est pas Ă l'hĂŽtel, on est dans le gĂźte de l'hĂŽtel, ça va ĂȘtre un dortoir pas trĂšs propre.
-C'Ă©tait trop beau pour ĂȘtre vrai !
A l'accueil, on est reçu par un gay qui va nous indiquer les chambres.
-Bonjour Messieurs, que puis-je faire pour vo... AIIIIIIIIIIE
-Oui oui je me suis juste cognĂ© la tĂȘte sur mon bureau
Il s'était baissé pour ramasser son stylo au sol.
On se dirige ensuite vers notre dortoir, il y a 5-6 lits superposĂ©s, un chiotte et une douche. C'est en effet pas trĂšs propre... Mais quand mĂȘme un peu mieux que ce qu'on voit habituellement sur le GR. On prend chacun notre douche, on est pour l'instant seul dans le dortoir.
J'ai super mal c'est un truc de ouf.
Le fait de ne plus marcher refroidit la blessure et la douleur continue Ă progresser.
On part vers la terrasse de l'hĂŽtel, avec des vraies chaises confortables pour aller se prendre une bonne biĂšre. Faut quand mĂȘme fĂȘter la fin d'une Ă©tape supplĂ©mentaire !
LĂ©o m'annonce que pendant que prenais ma douche, il a tĂ©lĂ©phonĂ© Ă sa famille pour leur dire que l'aventure s'arrĂȘtait pour moi.
J'en profite donc pour passer un coup de fil Ă ma famille, je tombe sur ma mĂšre.
-Célestin ?? Salut mon chéri comment ça va ??
[...]
-Je suis désolé mon chérie, tu peux rentrer à la maison quand tu veux, mais tu vas faire quoi ? Retourner à l'hÎtel ?
-Ouai, si ça va pas mieux demain, je vais aller à Calvi, l'avantage c'est que je peux sortir facilement ici en plus à Vergio
-Ok, si tu as besoin de quoique ce soit, tu m'appelles.
-Bon c'est fait, ils sont au courant.
-Ok, c'est dĂ©jà ça. Je suis vraiment dĂ©solĂ© pour toi CĂ©lestin. Mais par contre cette fois, si tu abandonnes, je ne repartirai pas avec toi. J'aimerais continuer mon dĂ©fi, je n'ai pas envie que tout mes efforts depuis Bavella s'arrĂȘte si prĂšs du but... Enfin ils restent encore un peu de chemin mais tu vois.
-Bien sĂ»r que oui je comprends, si jamais je ne repars pas demain, continue, je te soutiendrai de loin ! Je peux rester tranquille Ă l'hĂŽtel en t'attendant Ă Calvi et on fĂȘtera ta victoire.
-Oui bien évidemment. Qu'est ce qu'on fait ? On retourne au dortoir en attendant ? Faut que tu te reposes.
En arrivant devant le dortoir, nous découvrons nos camarades de chambres :
SWEET ?
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