Votre regard se perd dans l’immensité du ciel nocturne au-dessus de vous. Allongé dans l’herbe, vous observez les astres depuis cette position, pour ce qui pourrait être la dernière fois. Jupiter, immense, vous retourne la pareille, vous toisant de son inexorable oeil rouge. A ses côtés, Io, que vous savez bien plus proche, mais paraissant tout aussi distante, flotte paresseusement sur la toile céleste.
Vos yeux sont rivés vers le ciel et l’horizon. Pas un mot n’est échangé avec Jesus - les seuls bruits que vous entendez sont le vent froid parcourant l’herbe et les branches des arbres, votre respiration, votre cœur qui bat. Vous frissonnez et vous emmitouflez dans votre manteau. Vous absorbez goulument ce spectacle, qui vous a accompagné pendant les quinze dernières années, certain que vous ne le reverrez jamais si vous fermiez les yeux et vous assoupissiez...
Vous restez en silence ainsi pendant de nombreuses minutes, avant que celui-ci ne soit brisé par votre camarade.
- Célestin… On n’a pas le choix. L’Envahisseur ne s’arrêtera pas à la Terre. Encore aujourd’hui, les infos disent qu’ils avancent vers Mars. L’humanité a besoin de nous.
- On est plusieurs dizaines de milliards. Pourquoi nous? On est déjà condamnés à mourir tôt, à quoi bon accélérer notre sentence?
- Parce que des gens qui eux, ont toute la vie devant eux, vont disparaître aussi si personne ne fait rien. On a la chance de pouvoir faire la différence, alors je refuse de la laisser passer sans rien faire. On n’a jamais été maîtres de notre destin. Dès qu’on s’est retrouvés ici, on a tiré un trait sur notre liberté. On est rentrés dans cette institution en sachant qu’on en sortirait les pieds en avant…
- Et t’as jamais accepté ça…
- Et j’ai jamais accepté ça. Et je sais que toi non plus, tu n’es pas vraiment résigné.
- C’est bien présomptueux de ta part.
- J’ai vu comment tu regardes l’extérieur, Célestin. Les camions sur l’autoroute, les satellites et vaisseaux dans le ciel, les astres lointains. Toi aussi, t’as pas envie de crever ici, dans un hôpital, entouré par la mort et les regrets.
Vous restez silencieux. Votre regard, posé sur Jesus, se tourne à nouveau vers la voûte céleste. Un point lumineux rouge et clignotant passe au-dessus de vous - sans doute dirigé vers le spatioport local.
- Demain, les gars de l’ASE vont venir nous chercher. Je veux pas que tu te défiles. Viens avec moi.
Il se relève, et tend la main vers vous.
- Je te promets pas qu’on reviendra ici vivants, mais… Quoi qu’il arrive, on restera ensemble.
Vous auriez pu le laisser y aller seul, se sacrifier pour la bonne cause, et vivre le reste de vos jours en paix, en attendant que l’Envahisseur n’attaque, si vous ne mouriez pas avant. Mais quel intérêt aurait une telle vie? Sans Jésus, les journées, cadencées au rythme des douleurs, repas, injections, n’auraient sans doute plus aucun intérêt. Certes, vous auriez eu amplement assez de temps pour vous divertir à travers un quelconque bouquin ou jeu, sans doute… Mais on ne fait pas une vie à partir de cela.
Vous saisissez la main qu’il vous tend, et il vous redresse sur vos deux jambes. Une familière douleur vous lance soudainement à travers vos deux jambes, extorquant une grimace de votre visage. Jésus vous retourne un sourire gêné, hochant la tête en signe de compréhension.
De retour dans votre chambre, vous avalez un antidouleur et vous allongez sur votre lit. Les murs stériles sont recouverts de posters que vous avez accumulés lors des quinze dernières années. Un poster d’un quelconque film d’action que vous aviez récupéré après sa projection aux résidents de l’institut; une affiche d’une idole dont vous n’aviez jamais écouté la musique, mais dont les formes titillantes et le sourire radieux ont égayé bien des moments de solitude. Celle-ci vous avait été donnée par une autre patiente, plus vieille de quelques années, dont vous étiez amoureux. Malheureusement, la maladie l’eut emporté avant que vous ayez pu lui déclarer votre flamme, et il ne reste plus d’elle que quelques photos, le souvenir d’un baiser volé et cette affiche. Vous ressentez un pincement au cœur en y repensant - il est probable que cette sensation ne s’en aille jamais.
Au-delà de ça, vos effets personnels se limitent à une semaine de vêtements simples et de tenues d’hôpital; quelques babioles collectées ici et là, une console de jeux, et une peluche d’un ours, présente avec vous depuis le premier jour. Votre vie entière pourrait être empaquetée dans une seule valise. Quinze ans de vie, d’expériences, enfermé entre les quatres murs de l’institut. Des visages nouveaux, arrivant et disparaissant sans fin, au point où vous aviez abandonné l’idée de former des nouveaux liens. De votre groupe d’amis initial, seuls restaient vous et Jésus. Et s’il partait, vous seriez définitivement seul.
Le lendemain matin, quelques patients et membres du personnel font leurs adieux à Jésus. Rien de très surprenant; il est bien plus social que vous et son absence se fera sans doute ressentir. Les agents de l’ASE - l’Alliance Solaire Externe - devaient venir d’ici un petit quart d’heure. Tel un politicien partant à la retraite, il serre des mains, enlace des gens, sèche des larmes avec un sourire. Il se retourne vers vous, l’air de vous attendre, sans dire un mot. Le regard des autres se dirige vers vous également. Vous n’osez pas l’affronter, et repartez la gorge nouée, sans dire mot, loin du lobby.
Assis au bord de votre lit, vous entendez le tic-tac des secondes qui défilent. Vous regardez fixement vos pieds. Cinq minutes. Dix minutes. Quinze minutes. S’ils sont ponctuels, ils sont déjà là. Vous serrez le poing.
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- Vous êtes sûr d’avoir toutes vos affaires, Monsieur Quintero?
- …
- Monsieur Quintero?
- Oui, pardon. On peut y aller.
- Laissez-moi vous aider.
Lançant un dernier regard vers l’institut, Jésus tend ses deux lourdes valises vers l’homme robuste qui était venu le chercher. Celui-ci les place sans difficulté dans le coffre de son véhicule, et lui ouvre la portière arrière. Faisant un dernier signe du bras vers les occupants de son ancien foyer, il monte dans la voiture, un modèle militaire, haut sur roues, et claque la porte, l’expression terne. Son escorte ouvre également la porte, et s'installe derrière le volant. Il s’apprête à mettre le pied sur la pédale, quand il est soudainement interrompu par un cri.
- ATTENDEZ! JE VIENS AUSSI! JESUS! JE PEUX PAS TE LAISSER Y ALLER SEUL! ATTENDS MOI!
Vous courrez aussi vite que vous pouvez. Vos maigres biens rangés dans une simple valise, vous ne vous arrêtez pas malgré la douleur brûlante parcourant vos membres. A bout de souffle, vous atteignez finalement la voiture parquée à quelques dizaines de mètres de l’entrée de l’institut.
- Célestin! Je savais que t’allais pas abandonner!
Lâchant la valise sur le sol, au pied du véhicule, vous êtes enlacé par Jésus.
- Jesus… Désolé… J’hésitais-
- J’men fous. L’important, c’est que tu viennes aussi. On va protéger l’humanité, ensemble.
- Ouais… Je vais faire de mon mieux.
L’agent de l’ASE, regardant la scène depuis son rétroviseur, vous fait un signe du bras depuis la fenêtre baissée. Pendant que vous courriez, il a trouvé le temps d’allumer un cigarillo, qu’il tient du bout des doigts.
- Désolé de vous avoir fait attendre.
Vous rangez votre valise dans le coffre à côté de celles de Jésus, et vous installez à l’arrière.
- Ton pote avait l’air dégoûté avant que tu viennes. J’mestime heureux de voir que le projet Arma a de beaux jours devant lui, avec deux gars motivés comme vous.
Il exhale un nuage de fumée tandis que le véhicule démarre.
- Vos poumons sont pas fragiles, si? Ca vous dérange pas que je fume? Je suis debout depuis une sacrée paire d’heures, la nicotine ça m’aide à me concentrer.
Il vous répond en tirant de nouveau sur son cigarillo.
- C’est gentil, j’en ai besoin pour me détendre. Y a pas idée de la pression que la hiérarchie m’a foutu pour vous ramener intacts… Enfin, bon, je vous parle de pression, mais j’imagine que ça doit pas forcément être plus facile pour vous…
Le silence s’installe alors que vous quittez l’impasse au bout de laquelle se trouve l’institut, et vous vous engagez sur la route en accélérant. Votre lieu de résidence se fait de plus en plus petit dans le rétroviseur central, jusqu’à disparaître.
Le spatioport est à quelques heures d’ici. Le soleil ne se lèvera sans doute pas avant que vous n’arriviez. Les lumières lointaines d’une ville et d’autres voitures défilent sous vos yeux. Que faire pendant ce trajet?
1) Vous allez parler avec Jésus pendant le reste du trajet. Vous savez qu’il renvoie une image forte, mais sans doute que cette décision l’a pesé autant que vous.
2) Vous allez discuter avec le conducteur. Mine de rien, il ne vous est pas antipathique, malgré l’odeur écoeurante du tabac dans l’habitacle.https://image.noelshack.com/fichiers/2025/48/7/1764462328-sigma1.png
3) Vous souhaitez rester silencieux. Cela vous permettra à vous et Jésus de vous reposer, et ça vous laissera du temps pour repenser à ce que vous avez quitté.




Je vote 1 je pense que nous avons plus a y gagner avec Jésus qu'avec l'employé.
J'apprécie le choix audacieux de prendre un Célestin malade et quasiment dépressif. C'est, je trouve, particulièrement rare dans les fic de JVC. Je crois que seul Trollge avait osé très psychologique.
Curieux de voir la suite.
Bienvenue à tous, je suis très très content de voir autant de beau monde sur mon topax
Le 30 novembre 2025 à 10:06:32 :
Je vote 1 je pense que nous avons plus a y gagner avec Jésus qu'avec l'employé.![]()
J'apprécie le choix audacieux de prendre un Célestin malade et quasiment dépressif. C'est, je trouve, particulièrement rare dans les fic de JVC. Je crois que seul Trollge avait osé très psychologique.
Curieux de voir la suite.![]()
C'est un parti pris effectivement, avec les conséquences que ça pourrait avoir sur le personnage par la suite. Après, au fur et à mesure des choix et de l'histoire, il sera amené à évoluer aussi, en bien comme en mal
Fin des votes à 17h30 par ailleurs
Et un petit défi pour vous faire patienter - saurez vous retrouver où se situe l'action de ce premier chapitre?

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