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Le 11 avril 2024 à 01:20:58 soupireternel a écrit :
Le 11 avril 2024 à 01:16:22 :
Le 11 avril 2024 à 01:14:37 soupireternel a écrit :
Le 11 avril 2024 à 01:12:39 :Si vous aimez Molière, lisezLes caractères de La Bruyère, c’est une toute autre forme, mais le but est le même : mettre à jour toutes les dérives psychologiques des gens de cette époque.
on m'a offert l'édition destinée aux lycéens en me disant que ça pourrait me plaire puisque j'aime Pascal et Montaigne
J’espère que c’est l’édition complète, l’ouvrage de base n’est pas si long.
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C’est super drôle et surtout quasi scientifique car toutes les tares psychologiques de l’époque se retrouvent traits pour traits dans la nôtre, c’est drôle de voir ça tous ces siècles après.
Par contre rien à voir avec Pascal ou Montaigne, c’est au mieux de la sociologie ou de la psychologie sociale.
est-ce une lecture qui reste pertinente ?car cela date quand même du XVII
Ca reste pertinent pour rire sur le dos des cuistres, ouais.
On n’y apprend pas tant de choses que ça quand on est un minimum intuitif et qu’on a déjà bien observé la société mais ce qui est agréable c’est la clarté du propos et le sarcasme, c’est juste drôle.
Au pire tu lis 30 pages et tu vois si t’as envie de continuer.
Dom Juan.
A cause de l'interdiction initiale de Tartuffe, Molière a du se tourner vers autre chose. Il avait déjà mit le Misanthrope en chantier mais ne voulait pas brusquer les choses. Il pense à écrire donc une nouvelle comédie. Il voulait un sujet prêt ne demandant pas trop d'efforts d'imagination. Il le trouve avec le thème de Dom Juan. Tirso de Molina l'a mis en scène au début du XVIIème siècle dans el Burlador de Sevilla y Convidado de piedra ( Le Trompeyr de Séville et le Convié de pierre ), cette histoire de l'athée foudroyé nous était venu de France par l'intermédiaire des Italiens. 2 adaptations, l'une de Giliberto, perdue, l'autre de Cicognini, conservée, avaient popularisé le thème. Les français avaient suivi : 2 comédiens-auteurs l'avaient repris. Dorimond qui était chef de la troupe de Mademoiselle à Lyon en 1658, puis à Paris en 1661, et Villiers, à l'Hôtel de Bourgogne en 1660. Le public appréciait ces pièces mettant un scène une statue animée et se terminant par le foudroiement du libertin. Molière profite donc de l'engouement pour faire son propre Dom Juan. A noter que le théâtre du Marais devait 4 ans plus tard, en 1669 donc, jouer une comédie de Rosimond sur le même sujet. Molière écrit sa pièce en prose, se souciant peu des règles sur l'unité de temps, d'action et de lieu. Dom Juan apparaît comme une série de scènes mal liées entre elles dans une construction sans rigueur mais qui sont centrées sur le héros et contribuent chacune à éclairer le personnage. Débarrassant sa pièce des lazzi dont les Italiens l'avaient gâtée, des scènes de violence se trouvant dans les tragi-comédies de ses 2 devanciers français, il en fit une étude de caractère, une peinture vivante du libertin athée. Molière peint Dom Juan comme un grand seigneur à la recherche de la liberté sur les chemins du mal, en dehors de la voie de Dieu.
Molière complète le personnage en le transformant en hypocrite dans le dernier acte. Ce dernier avatar de Dom Juan s'accorde mal au héros des premiers actes, le montrant sensible au point d'honneur, franc jusqu'au blasphème et au cynisme. Ce Dom Juan, athée agressif et papelard hypocrite reprenait le thème de la religion et s'insérait dans la querelle de Tartuffe. Certains ont dit que Molière a emprunté certains traits au prince de Conti, frère du Grande Condé, pour peindre son Dom Juan en hypocrite. Conti était protecteur de la troupe de Molière quand celle ci était en Languedoc, dont il était gouverneur. Une conversation l'avait amené à renier ses comédiens et en avait fait un de ses membres influents de la Compagnie du Saint Sacrement, acharnée à perdre Molière. Il écrit un traité publié seulement après sa mort où il dénonce Dom Juan comme " école d'impiété ", reprochant à Molière de n'avoir opposé que le pauvre Sganarelle aux blasphèmes du héros, lui qui était familier avec la superstition qu'avec la vraie piété, et ridicule dans sa défense de la religion outragée. Malgré le dénouement moral imposée par la tradition, Dom Juan est sûr de triompher et ni la statue du Commandeur ni Sganarelle ne contre- balance assez, selon le spectateur, ses actions immorales et ses déclarations aussi impies que subversives. Le scandale a lieu après le 15 février 1665, jour où la première représentation est effectué. Durant la deuxième représentation, Molière a du faire des coupures notamment dans la scène du Pauvre où Dom Juan opposait de façon insolente " l'amour de l'humanité " à l'amour de Dieu. La pièce n'eut que 15 représentations et disparaît de l'affiche ensuite. On a parlé à tort d'une autre interdiction royale même si ça aurait été étonnant alors que Louis XIV prenait la troupe de Molière officiellement sou sa protection, dont il faisait " la Troupe du Roi " et qu'il gratifiait de 6 000 livres de pension.
Peut être que Molière s'est dit qu'il valait mieux ne pas donner de prétextes à ses ennemis pour l'attaquer étant donné que la future résurrection de Tartuffe à ce moment là risquait d'être compromis. Toujours est-il qu'il ne reprend jamais son Dom Duan et qu'il ne le publie pas de telle sorte qu'une fois mort, c'est sa veuve qui demande à Thomas Corneille d'en faire une adaptation en vers, qui fut jouée en 1677. Cette version édulcorée, émasculée, se maintient 2 siècles durant. En 1847 la Comédie-Française reprend le texte original de Molière. La pièce est publiée sans doute après quelques adoucissements dans l'édition posthume des " Oeuvres complètes de Molière " qui parait en 1682. Mais des corrections et coupures furent encore exigés, ce qui fait que l'édition fut " cartonnée ". Mais on dispose de l'exemplaire original malgré tout sur lequel travailla le lieutenant général de police, La Reynie. Ensuite, des contrefaçons faites probablement sur une copié dérobée, paraissent à Amsterdam en 1683 et à Bruxelles en 1694, contenant des passages ne se lisant pas dans le Dom Juan de 1682, même non cartonné. Le texte qu'elles donnent est le plus proche de celui de Molière. Après que la pièce est retirée du Palais Royal, un sieur de Rochemont appartenant probablement aux jansénistes, publia un " Observations sur une comédie de Molière intitulée le Festin de Pierre. C'était un libelle reprenant contre Molière les accusations classiques d'athéisme et d'impiété, identifiant l'auteur et son héros. Ce pamphlet a eu 5 éditions différentes, toutes de 1665. Les 2 répliques à Rochemont furent :" Réponse aux observations ", sans trop d'intérêt, et " Lettre sur les observations ", plus pertinente. Peut être était elle écrit par Donneau de Visé après sa conversion au parti de Molière et qui allait écrire la " Lettre sur la Comédie de l'Imposteur ".
Peut être a-t-il pris conseil auprès de Molière pour cette défense. Dom Juan, malgré l'irrégularité des formes, est considéré comme un chef d'oeuvre et à raison. La vieille légende du Burlador, Molière l'a nourri avec ses propres réflexions sur la religion. Il a fait de Dom Juan un être complexe mais qu'on ne peut voir ou entendre sans penser au problème de la destinée humaine. Il a mêlé ) sa comédie quelques scènes relevant de la technique de la farce, mais il lui a donné une ampleur et grandeur dépassant les prédécesseurs italiens comme français dont il a pu s'inspirer. Certains ont vu dans cette oeuvre la preuve de la piété de Molière et d'autres y ont vu une indifférence religieuse relative. Des comédiens comme Jouvet ou Jean Vilar ont été attirés par le personnage qui a susciter un grand intérêt auprès du public de par son mépris hautain et son orgueil. Bien sûr la diversité des interprétations ne fait que montrer encore une fois, à quel point le personnage est fascinant et complexe.
L'amour médecin.
La pièce est écrite le 15 septembre 1665 à Versailles puis remis le 22 septembre au Palais-Royal mais sans les intermèdes et la musique de " l'incomparable Mr. Lulli ", sans doute par économie. Les moqueries contre les médecins qui ne savaient pas grand chose était déjà dans la tradition comique française avec les fabliaux, ou encore italienne, avec la commedia dell'arte dont le Docteur est un des personnages classiques. Molière n'avait qu'à puiser à droite à gauche. Les farces italiennes lui inspirent plusieurs traits, à savoir le fait que le sujet soit simple et probablement emprunté à une nouvelle de Charles Sorel, Olynthie et le dénouement est peut être inspiré de celui du "pédant joué " de Cyrano de Bergerac. Les premières railleries contre les médecins étaient lancées dans le Dom Juan de Molière mais cette fois les choses allaient être encore plus drôles car les médecins de la cour étaient visés. Des Fonandrès, c'est De Fougerais, célèbre médecin de Paris. Bahis, c'est Esprit, médecin de Monsieur. Tomès c'est d'Aquin, médecin du roi. Filerin c'est Ydelin, médecin de Madame. Ces personnages étaient parfaitement reconnaissables pour les contemporains, l'un par son bredouillement, l'autre par sa solennelle lenteur. Les acteurs étaient peut être même porteurs de masques faits à l'image des victimes. La caricature n'était pas méchante pour autant. Plus tard, Molière s'en prend à la médecine elle même et non plus seulement aux médecins. Il donne un sens philosophique à ses attaques, celui d'une défense des modernes contre les anciens. Une telle comédie faite par ordre du roi suppose une complicité de Louis XIV qui a peut être bien même proposé ce sujet à Molière. D'autant plus qu'il avait des démêlés avec d'Aquin médecin qui était son propriétaire rue Saint-Thomas du Louvre. Sous la menace d'une expulsion, il lui avait imposé une augmentation de loyer dont Mlle Molière s'était vengée en mettant à la porte du Palais-Royal la femme de d'Aquin.
Selon Guy Patin, tout Paris allait voir représenter les médecins de la cour. L'Amour médecin était souvent nommé à l'époque les Médecins. Pour les spectateurs de l'époque, il y avait cette saveur d'actualité qui fit qu'une oeuvre même relativement mineure connue le succès.
Le Misanthrope.
Pour certains c'est le plus gros chef d'oeuvre de Molière. Beauté de l'expression formelle, acuité du regard jeté sur la nature humaine et puissance de n'analyse psychologique sont amenés à des niveaux encore jamais vus. Depuis 1664 la pièce est pensée. Le travail en profondeur se base sur la vérification car aucune source livresque ou inspiration de la part des devanciers, hormis un passage traduit de Lucrèce et quelques rares vers de Dom Garcie de Navarre. Pourtant à une période où la cabale des dépôts épuisaient Molière ce n'était pas facile. En plus de cela, Molière divorce avec Armande Béjart. Certains ont pensé que ces épreuves personnelles ont été transmises dans le Misanthrope, que l'auteur a traduit ses réactions dans les boutades et colères d'Alceste. A cause de la privation des bénéfices de Tartuffe il devait écrire une pièce à succès. Le 4 juin 1666 la pièce est jouée au Palais-Royal dans le quel Molière joue le rôle d'Alceste et sa femme, le rôle de Célimène. La pièce a 34 représentations en sa nouveauté ce qui est honorable pour l'époque. Mais les recettes baissent ensuite et le Médecin malgré lui prend la place de du Misanthrope. Le comique était âpre et sérieux, ne provoquait pas rires ou applaudissements, se contentant de faire " rire dans l'âme ". Molière était déçu de l'incompréhension du public. Au début de 1667 la comédie parait en librairie précédée d'une lettre écrite sur la comédie du Misanthrope venant de Donneau de Visé qui avait déjà défendu Tartuffe et Dom Juan. De façon didactique et froide, il souligne les mérites de la pièce. Mlle de Scudéry dans le Grand Cyrus avait fait de lui sous le nom de Mégabate un portrait l'apparentant à Alceste. Certains disent que le duc de Montausier était l'un des premiers à féliciter Molière. Dans sa pièce, on voit que l'auteur a observé la nature humaine, qu'il a nourri de ses réflexions et de ses souffrances.
Alceste est présenté comme profondément humain. Il a continué après Molière à vivre de sa vie propre, offrant à chacune des générations suivantes selon les goûts et ses tendances, un des aspects particuliers de sa nature. L'interprétation diverse des comédiens aidant, on en est arrivé à connaître des images différentes et même opposées de l'homme aux rubans verts. Molière pensait le personnage d'Alceste comme celui d'un personnage comique. Le genre de rôles que Molière jouaient même quand ce n'étaient pas les premiers comme Orgon dans Tartuffe. Primitivement il avait donné à sa comédie le titre de " Misanthrope, ou l'atrabilaire amoureux ", soulignant le ridicule du personnage. Pour lui celui ne se soumettant pas aux respects de bienséances et des conventions, était un élément perturbateur de l'ordre social et un personnage ridicule par ses préjugés et son entêtement. Alceste était presque un ennemi du genre humain. Les raisons poussant Alceste à se dresser contre la société soulèvent néanmoins des problèmes d'ordre moral et social graves. Au point que le personnage apparait dramatique. Il a beau avoir tort sur la forme, sur le fond il semble sincère et fonde sa position sur des arguments sensibles au moraliste. Rousseau voyait un homme du bien en Alceste, ridiculisé par Molière. Mais les romantiques ont été surtout sensibles à la rigueur morale, à la vertu et l'intransigeance par lesquelles Alceste justifie son hostilité à l'égard de la société. Tout comme Musset. Le fait que Molière ait inséré sa propre colère et rancune dans le personnage d'Alceste contribue à le rendre plus douloureux.
A son insu peut être, il a fait du personnage comique le héros le plus original et humain de la comédie classique. Il a englobé cette étude de caractère dans une vraie comédie de moeurs où on retrouve avec Oronte les éternels marquis ridicules, avec Célimène le type même de la coquette, rouée et sans coeur dont le jeu cruel justifie les colères d'Alceste, Arsinoé celui de la prude aux appétits insatisfaits, aussi étrangère à l'amour vrai que la coquette. C'est tout cela qui fait la richesse de cette comédie.
Le Médecin malgré lui.
Une rumeur dit que face aux résultat mitigé du Misanthrope, Molière ait écrit très rapidement cette oeuvre. En fait la nouvelle farce de Molière est jouée le 6 août 1666 soit 2 mois après le Misanthrope, et accompagna sur l'affiche des comédies de Donneau de Visé et de Mlle des Jardins. Il faut attendre septembre à la reprise du Misanthrope, pour qu'il soit accompagne du Médecin malgré lui. Et là les recettes remontèrent. Il voulait probablement montrer au public la preuve qu'il restait le farceur que la parterre avait pour habitude d'applaudir. La moquerie des médecins est un thème qui lui avait bien réussit avec l'Amour Médecin. Le sujet vient d'un vieux comte du Moyen Age intitulé " Le vilain Mire "( Le Paysan médecin ) et l'histoire de la femme muette du Pantagruel de Rabelais. Il modernise le sujet pour y inclure des éléments de l'actualité en s 'y inspirant des querelles de ménages d'un perruquier à la mode, l'Amour et de sa femme. Ces querelles lui avaient été racontées par Boileau. Mais l'Amour Médecin lui fournissait déjà une bonne base et un bon répertoire pour les plaisanteries. D'ailleurs il est probable qu'il n'ait eu qu'à réécrire une de ses premières farces de province qu'il avait reprise à Paris sous divers titres comme " le Fagotier " en 1661, " le Fagoteux ", en 1663, ou " le Médecin par force " en 1664. Le Médecin malgré lui remporte un succès certain et durable car c'est la pièce de Molière, avec Tartuffe, qui est le plus souvent représentée à son époque. Dans la farce de Molière il a la même position que Tartuffe dans ses comédies.
Et il le mérite car même si on reste dans le domaine de l'arbitraire et de la bouffonnerie, on trouve des qualités qui seront encore plus déployées dans les Fourberies de Scapin, à savoir une pièce bien charpentée, une intrigue à rebondissements, offrant un minimum de vraisemblance, à un comique verbal étincelant où la finesse s'allie au plus gros rire, un mouvement vif, l'indication de jeux de scènes multiples dans lesquels le comédien qu'était Molière devait faire merveille. Enfin des personnages dépassant largement le stade de la marionnette. Sganarelle est un nouvel avatar du personnage. Avant il était bourgeois berné ou valet couard. Il est devenu fagotier et médecin, volontiers paillard et buveur ou parfois victime d'une femme rusée. Les paysans du Médecin malgré lui sont les frères de ceux de Dom Juan. L'homme malgré l'invraisemblance de la situation a une existence bien réelle et une présence que le jeu scénique rend plus sensible au spectateur qu'au lecteur. Ce nouveau Sganarelle ne vient plus de la tradition théâtre italienne ou espagnole mais c'est un paysan de France comme Molière en a beaucoup démontré dans ses pérégrinations provinciales, où il a minutieusement observé en même temps que le menu peuple, les représentants de la noblesse campagnarde qui animeront d'ailleurs ses prochaines comédies.
Mélicerte et pastorale comique.
Mélicerte
Louis XIV, le deuil de la Reine Mère effectué, veut offrir une nouvelle série de fêtes à la cour en son château. Cela dura 3 mois entre décembre 1666 et février 1667. Elles sont connues sous le nom de Ballet des Muses. L'argument était d'
Isaac de Benserade, l'amuseur royal attiré : Mnémosyne, mère des Muses, menait ses filles à la cour royale de Louis XIV où tous ls Arts les accueillaient au milieu de ballets, mascarades et de divertissements auxquels toute la cour prenait part, chacune des Muses était honoré tour à tour. La troupe de Molière, l'Hôtel de Bourgogne, les Espagnols et les Italiens y étaient conviés pour animer les fêtes de leurs jeux. Pyrame et Thisbé apparaissent à Melpomène. A Thalie c'est une nouvelle comédie de Molière que Louis XIV offre. Molière écrit une pièce de circonstance sur ordre du roi. 'inspirant de l'histoire galante de Timarète et de Sésostris, conté dans le grand Cyrus de Mlle de Scudéry, il rime en hâte une " comédie pastorale héroique " qu'il joue le 2 décembre 1666. Il n'avait eu le temps de faire que 2 actes, qui en appelaient une troisième, pour transformer par une reconnaissance indispensable, le galant berger Myrtil en prince. Molière n'eut pas le temps, voire le courage de l'écrire et sa comédie reste incomplète et inédite. En 1699, de longues années après sa mort, le fils du comédie Guérin d'Estriché, qui avait épousé la veuve de Molière, voulut achever la comédie, sans pouvoir lui donner une nouvelle vie. Cette pastorale aux grâces un peu molles, soeur de la Princesse d'Elide, écrite pour le jeune baron jouant à 13 ans le rôle de Myrtil, est morte avec les fêtes royales qui lui donnaient naissance. Mais on y trouve sous la plume de Molière, un nouvel hymne à l'amour, enveloppé de musique et thème cher aux précieuses et aux princesses s'inspirant d'elle.
Mélicerte nous révèle la galanterie pastorale répandue parmi la noblesse de cour. Durant les fêtes du Saint Germain où le même thème se répétait jusqu'à l'apothéose du roi qui en marque le couronnement, à partir du 5 janvier 1667, Mélicerte a été remplacée par Pastorale comique dont n'ont été conservés que les airs chantés, où dansaient bergers, magiciens et Egyptiens, c'est à dire Bohémiens.
Amphitryon
En 1667, Molière écrit seulement Pastorale comique et le Sicilien. Il y a eu une rueur comme quoi il était mort, durant une période où il était malade. Le 5 août il fait jouer l'Imposteur version adoucie de Tartuffe qui fut interdit comme la pièce originale. Condamné au régime lacté, retiré dans sa maison de campagne d'Auteuil, il se met à relire Plaute qui lui fournit 2 comédies, Amphitryon et l'Avare. La première est jouée le 13 janvier 1668 et marque le retour de Molière dans un genre nouveau. Il délaisse comédie de moeurs et de caractères pour faire un sujet mythologique. La comédie de Plaute avait connu une première adaptation due à Rotrou sous le titre de Les Sosies qui fut créé au théâtre des Marais en 1636. Elle est transformée sous le titre de la Naissance d'Hercule en 1850. En 1653 au cours du Grand Ballet royal de la Nuit, avait été représentée une pantomime intitulée la Comédie muette d'Amphitryon. Le vieux mythe légendaire que Giraudoux reprit de nos jours n'avait cessé d'être en faveur auprès du public. Molière suit de près ces 2 modèles, Plaute et Rotrou. Durant ses pérégrinations en province peut être a-t-il joué cette comédie de Rotrou et qu'il la connaissait déjà. Pas étonnant qu'il les ait transposés dans ce cas. Il a sut quand même faire une oeuvre originale. Il ramène sur le plan de la comédie galante le vieux mythe de la comédie latine en supprimant la naissance et les exploits d'Hercule, qui entraînait un ton plus grave hors scènes de comédie chez Plaute. Du coup l'action était resserrée dans les limites d'une aventure comique et scabreuse ayant un dénouement tout terrestre, où la majesté des Dieux de l'Olympe s'estompait pour laisser place à un ton humain. Jupiter humanisé, amoureux passionné et tendre, coloré de préciosité, ressemblait à un courtisan de Versailles.
Molière innove en créant le personnage de Cléanthis, inconnu de ses devanciers. En donnant une épouse à Sosie, il rétablit le parallélisme traditionnel du couple de valets et du couple de maîtres. En plus il apportait une autre innovation, faisant du premier couple un double exact du deuxième. La façon cavalière dont Mercure sous les traits empruntés de Sosie, traite la prude Cléanthis s'oppose savoureusement à l'amour galant de Jupiter pour Alcmène. Cette dernière est un des plus délicates créations féminines de Molière. Elle est dans la ligne d'Elmire et d'Agnès car tendre, indulgente et pudique. Mme Madeleine Renaud a traduit avec charme les sentiments de la femme d'Amphitryon devenue sans le savoir, la maîtresse de Jupiter, et tout étonnée de se trouver entraînée dans une aventure mythologique qui la dépasse. Enfin, Molière a innové en écrivant sa nouvelle comédie en vers livres, aux rythmes irréguliers, dont il tiré les meilleurs effets comiques et poétiques. Il est au XVIIème siècle le seul maître du vers libre qu'on puisse opposer ou comparer à La Fontaine. Il a mis autant de grâce et de charme dans les vers irréguliers d'Amphitryon que de force dans les alexandrins de ses autres comédies. Son adresse à manier des rythmes divers donne à cette pièce, non exempte de marivaudage, une place tout à fait à part dans le théâtre. Elle n'a pas cessé d'être jouée depuis. Mais la comédie pose un problème historique car l'aventure de Jupiter et d'Alcmène est-elle une allusion à la liaison de Louis XIV et de Mme de Montespan. " Un partage avec Jupiter / N'a rien du tout qui déshonore
Une ironique consolation pour le marquis de Montespan. Mais des historiens repoussent l'hypothèse sous prétexte que quand Molière écrit sa comédie en 1667, la liaison est secrète officiellement car Mlle de La Vallière est toujours seule maîtresse déclarée à la cour. Mais les rumeurs peuvent courir vite avec les courtisans. Et c'était un secret de Polichinelle. Le duc d'Enghien fait allusion à cette liaison dès novembre 1666, un peu plus tard dans les correspondances diplomatiques des ambassadeurs de Savoie et d'Angleterre. Molière fréquentait la cour et pouvait être renseigné aussi bien que les ambassadeurs sur cette aventure, quoique inconnue au grand public. Sans qu'une preuve formelle puisse être fournie Molière a pu y penser au moment de l'écriture de son oeuvre.
Le Sicilien ou l'Amour peintre
Molière écrit Mélicerte et Pastorale comique durant les mêmes fêtes du Ballet des Muses. En février 1667 il fait représentée une comédie en 1 acte avec des couplets chantés et des danses dont Lulli composa la musique. Il s'agissait pour les Muses héroïnes de ces fêtes de présenter à la cour réunie à Saint Germain des Turcs et des Maures et de fournir de pittoresques costumes exotiques à Louis XIV et à Mlle de La Villière qui parurent dans ce divertissement. Il obtient un succès vif de curiosité, mais transporté au Palais-Royal le 10 juin suivant, il trouve un public plus réservé. Ces pièces de circonstance perdent souvent leur saveur hors du cadre où elles ont été écrites et de l'occasion les ayant fait naître. C'est une oeuvre brève, légère, qu'il place dans une Sicile lointaine. Molière se souvenait de son Etourdi et des amants déguisés en peintre que Du Ryer avait mis en scène dans Argenis et Rotrou dans la Pèlerine amoureuse. Un événement banal comme dans l'Amour médecin et le Médecin malgré lui, qui lui fournit un dénouement sans imprévu et commode. L'intérêt du Sicilien est dans son style d'un caractère nouveau. Après le vers soutenu de la grande comédie, après la langue populaire et parfois crue des farces, Molière tente la manière poétique. Le Sicilien, écrit en prose et faute de temps, contenait des blancs à l'époque. ON trouve dans cette prose au rythme poétique une abondance d'images souvent heureuses : " Le Ciel s'est habillé ce soir en Scaramouche. " Ce parfum de poésie répandu dans cette petite comédie sans prétention conserve encore son charme aujourd'hui et nous révèle un Molière encore inconnu qui va affirmer prochainement ses dons poétiques dans Amphitryon.
L'Avare
En attendant la résurrection du Tartuffe toujours interdit à ce moment là, Molière donne au public du Palais-Royal, l'Avare, une comédie nouvelle. Elle est représentée pour la première fois le 9 septembre 1668. Une grande comédie de caractères et de moeurs dont il espérait une revanche du semi succès seulement du Misanthrope il y a 2 ans. Mais cette comédie était encore en prose, faute de temps peut être encore. C'était nouveau pour une pièce en 5 actes. Certains voyaient cela comme une inconvenance car ces grandes pièces exigent comme la tragédie de l'usage de l'alexandrin. Plus nettement que le Misanthrope, l'Avare échoue en ne tenant qu'un mois avant d'être soutenue par George Dandin. Seulement 47 représentations à Paris jusqu'à la mort de Molière. Mais la postérité remet cette oeuvre parmi les grands classiques. Elle a toujours été jouée à la Comédie-Française et ailleurs aussi. Bon nombre de comédiens voulaient essayer le rôle d'Harpagon comme dans celui d'Alceste. Enormément de sources livresques pour la pièce. Il a emprunté aux lazzi traditionnels de la comédie italienne sans pouvoir préciser les cavenas dont il a pu s'inspirer car pour la plupart de ceux conservés, impossible de dire s'ils sont parus avant ou après Molière. A coup sûr il s'est inspiré de l'Aulularia de Plaute qui lui fournit le thème de la cassette volée par La Flèche et le fameux sans dot. Il y a des réminiscences des Suppositi de l'Aristote, du Docteur Amoureux de Le Vert où se trouve le thème de l'amoureux travesti en intendant et le nom du personnage d'Elise. "La Mere coquette" de Donneau de Visé offrait l'exemple d'une rivalité amoureuse entre le père et le fils. La Dame d'intrigue de Chappuzeau inspirée elle aussi de l'Aulularia, lui donne sous le nom de Ruffine, l'originale de l'entremetteuse Frosine. Il emprunte à "La Belle Plaideuse" de Boisrobert la scène où le père et le fils se retrouvent face à face emprunteur et usurier et peut être le dessin général de la famille d'Harpagon.
Tous ces emprunts sont fondus dans une pièce de Molière et qui porte sa marque. L'Avare nous offre une peinture de moeurs donnant toute sa réalité au personnage central. Comme dans Tartuffe comme plus tard, dans les Femmes savantes, nous sommes au sein d'une famille bourgeoise de Paris au XVIIème siècle, famille riche et paisible, qui n'aurait pas d'histoire si elle n'était troublée par l'égoïsme et par l'avarice sordide d'Harpagon, qui y sème la haine et conséquemment l'intrigue, le vol, la jalousie. Molière prend la défense des 2 couples d'amoureux comme toujours, dont les projets sont menacés par le vice d'Harpagon. Ce dernier n'est donc pas une abstraction. C'est un personnage très vivant placé dans un milieu social bien déterminé dont le caractère est peint à petites touches, dans des situations successives dont il est seul responsable. On arrive à une famille entièrement dressée, servantes et valets compris, contre le maître de maison, par des moyens appropriés mais souvent d'une moralité douteuse. Le spectateur ressent une gêne, un malaise à passer 2 heures au milieu de ce foyer dont l'atmosphère est empoisonné. La malédiction qu'Harpagon lance contre son fils, qui la reçoit avec une insolente désinvolture, explique peut être le jugement de Goethe, à qui l'Avare apparaît tragique. Vus sous cet angle, on n'est effectivement pas loin du drame. Mais Molière grâce à son génie comique a évité cet écueil. A la scène le personnage d'Harpagon reste plus bouffon qu'odieux par ses extravagances. La preuve en est les rires que la pièce a soulevé devant un public de jeunes. L'invention comique l'emporte. Même le monologue d'Harpagon où l'avare apparaît comme sa propre victime et pourrait devenir pitoyable.
Malgré cela les procédés de bouffonnerie l'emporte car on rigole de ses folies et on oublie de se plaindre. Ce serait une erreur donc que de tirer le rôle d'Harpagon vers le drame car Molière le jouait avec toutes les ressources de son art d'acteur comique. Il n'en reste pas moins vrai que comme Alceste qui doit faire rire aussi, Harpagon suscite des réflexions sérieuses voire amères sur la nature humaine.
Les Amants Magnifiques
En février 1670 pour le Carnaval, Louis XIV offre à Saint Germain en Laye une nouvelle fête à sa cour connue sous le nom de " Divertissement royal ". Une fois de plus Molière est de service. Mais par une étrange nouveauté, le roi dicte à l'auteur le sujet de la comédie qu'il en attend : " .. deux pièces rivaux qui, dans le champêtre séjour de la vallée de Tempé, où l'on avait célébré la fête des jeux Pythiens, régalent à l'envi une jeune princesse et sa mère de toutes les galanteries dont ils peuvent aviser. " Le roi a t il voulu par ce choix, imposer le ton, galant et bucolique, du spectacle, éviter le genre bouffon de " Monsieur de Pourceaugnac, bon pour Chambord mais indigne de Saint Germain? Ou alors n'a t il pas voulu que les spectateurs reconnussent quelques princes et princesses de sa cour, que l'amour aurait mis dans une situation semblable et qui auraient ainsi donné un piquant d'actualité supplémentaire à la comédie? On ne sait. Aucune explication n'a été donnée de cet ordre royal assez inattendu. Se souvenant de " Don Sanche d'Aragon " de Corneille, Molière se mit à l'ouvrage; la comédie des " Amants magnifiques " fut écrite en prose, entrecoupée d'intermèdes en vers, changés, de danses et d'entrées de ballet. Il introduisit dans sa pièce un astrologue, assez à sa place, mais qui n'est ici qu'un imposteur et qui lui fournit l'occasion d'une satire contre l'astrologie, science aussi vaine, selon lui, que la médecine.
A part cet intermède nous ramenant à l'actualité contemporaine, - les faiseurs d'horoscopes étaient encore nombreux et écoutés, - la comédie se déroule selon le plan imposé dans le ton de la galanterie de cour, qui avait été celui de la " Princesse d'Elide " : rivalité d'amoureux qui s'expriment délicatement. Les 2 princes rivaux dont leur cour en offrant à la princesse Eriphile des fêtes magnifiques et c'est naturellement un troisième amant qui l'emporte dans son coeur, grâce à son courage et à sa discrétion. Les délicats goûteront les scènes ( acte II, 2; ) acte IV, 4 ) où Eriphile et Sostrate jouent avec des sentiments qu'ils n'osent pas exprimer; ce ne sont que de fines passes d'armes, que Molière mène avec adresse; c'est déjà du marivaudage, mais pour être tout à fait du Marivaux, il leur manque la cruauté. Cependant on aime à voir que Molière, quand il voulait s'essayer dans ce genre, avait de quoi y réussir. Il ne s'attacha d'ailleurs guère d'importance à cette petite oeuvre de circonstance; il ne la reprit pas au Palais-Royal et ne la livra pas à l'impression. Elle fut reprise en 1954 à la Comédie Française, avec un grand luxe de costumes et de décors; le public accueillit favorablement cette résurrection d'une fête louis quatorzième où, malgré la convention du genre, Molière avait su glisser quelques scènes amusantes ou galamment menées. Il est certain qu'une telle expérience eût été impossible avec " la Princesse d'Elide ".
Psyché
Le roi disposait aux Tuileries d'un théâtre magnifique, la Salle des Machines; elle avait été inaugurée le 7 février 1662 avec " l'Ecole amante " de Buti et Cavalli. Le roi y avait vu en 1668 " l'Amphitryon " de Molière. Pour le carnaval de 1671, il décida de rouvrir son propre théâtre. Le décor des Enfers de " l'Ecole amante " était encore disponible. Louis XIV chercha à l'utiliser à nouveau et s'adressa aux meilleurs poètes de théâtre. On dit que Racine proposa un Oprhée et Quinault un " Enlèvement de Proserpine ". Ce fut Molière qui l'emporta en offrant le charmant sujet de Psyché aimée de l'Amour lui même. Ce n'était pas la première fois qu'on faisait allusion à cet épisode galant de la mythologie. Benserade en 1656 avait composé un " Ballet royal de Psyché ", au cours duquel Louis XIV dansa dans plusieurs rôles notamment celui de Pluton. En 1669, la Fontaine avait, sans trop de respect pour les dieux de l'Olympe, conté les " Amours de Psyché et de Cupidon ". Molière se mit au travail et s'apprêta à donner à son " Amphitryon " une nouvelle comédie mythologique à la gloire de l'Amour, mais embellie et enrichie cette fois d'airs chantés, d'entrées de ballet et de machines magnifiques qui transporteraient les spectateurs au Ciel et aux Enfers, parmi les dieux empanachés. Si Louis XIV l'avait laissé mûrir un peu son projet, Molière eût offert à la musique de Lulli son premier véritable livret d'opéra. Mais le roi comme toujours, était pressé d'accomplir ses moindres désirs. Il fallait être prêt pour le 17 janvier 1671, date irrémédiablement fixée. Molière se rendit compte qu'il n'aurait pas le temps d'achever seul sa " tragédie ballet ". Il lui fallait chercher un peu de secours. Comme il s'agissait de plaire ru Roi, il en trouva aisément auprès de Quinault et de Corneille avec qui il s'était réconcilié depuis le temps lointain de la querelle de " l'Ecole des femmes ".
Ainsi " Psyché " peut aujourd'hui figurer dans les oeuvres complètes de Molière, Corneille et Quinault. Molière établit le plan de la pièce et écrivit le prologue, le premier acte et la première scène des 2 actes suivants. Quinault composa les airs chantés - à l'exception des plaintes en italien du premier intermède, dues probablement à Lulli - et Corneille, se souvenant qu'il avait écrit " Andromède "se chargea du reste de la pièce, soit plus de 1 000 vers qu'il rima en 15 jours, ce qui était un beau tour de force pour un poète dramatique âge de 65 ans. Le plus incroyable est que cette triple collaboration, exceptionnelle dans l'histoire du théâtre du XVIIème siècle, ne gâta pas l'unité de ton de la pièce. C'est d'ailleurs celui de la galanterie de cour que Molière avait su déjà prendre dans " la princesse d'Elide " et dans " les Amants magnifiques ", celui là même qu'on retrouve dans tous les opéras postérieurs de Quinault. Seul peut être le vieux Corneille avait su en relever la fadeur par quelques tirades amoureuses de Psyché et de Cupidon, qui rendaient un son plus humain. Selon son neveu Fontenelle, " étant à l'ombre du nom d'auteur, il s'est abandonné à un excès de tendresse dont il n'aurait pas voulu déshonorer son nom ". La représentation dura 5 heures et fut un éblouissement pour les spectateurs, sensibles à la fois au charme poétique du texte, au prestige de la danse et de la musique, à l'éclat des coutumes, à l'ingéniosité et à la magnificence des décors et des machines maniées par le maître italien Vigarani.
Les 2 rôles principaux étaient admirablement bien tenus. Le jeune Baron, qu'un ordre royal avait récemment amené dans la troupe de Molière, enflamma tous les coeurs dans le rôle de l'Amour. Armande Béjart, femme de Molière, trouva son plus grand succès de théâtre dans celui de Psyché. Tous 2 apparurent si bien aux yeux du public comme le couple idéal d'amoureux qu'on prétendit même qu'ils étaient si touchants que parce que leur aventure amoureuse de théâtre était doublée d'une passion réciproque réelle. Mais on n'en trouve témoignage que dans un pamphlet des plus suspects. Un petit fait atteste le triomphe de Mlle Molière : la mode s'en empare et toutes les dames de la cour voulurent être habillées de " robes à la Psyché ". Devant le succès de la cour, Molière décida de reprendre " Psyché " devant le public du Palais Royal. Mais il comprit que la pièce ne valait qu'avec tous ses agréments. Il dut faire de longs et coûteux travaux pour aménager la salle du Palais Royal, construire un troisième rang de loges pour accueillir un public plus nombreux. "Psyché, née du désir d'utiliser un ancien décor du théâtre des Tuileries, fit une magnifique carrière. Jouée au Palais Royal le 24 juillet 1671, elle remporta un immense et durable succès. Elle fut souvent reprise jusqu'à la fin du siècle et fournit toujours à la troupe des recettes au dessus de la moyenne.
Le Malade imaginaire
Les dernières années de la vie de Molière sont tristes. Accablé de " douleurs et de déplaisirs . En 1670 un ennemi bien renseigné, Le Boulanger de Chalussay, le met en scène sous le nom transparent d' " Elomire hypocondre ". Le 17 février 1672, 1 an jour pour jour avant sa propre mort, il perd Madeleine Béjart, l'amie de toute sa vie, première inspiratrice et collaboratrice dévouée. Il tente un rapprochement avec sa femme Armande Béjart dont il est pratiquement séparé. Le 15 septembre 1672 naît un fils qui port les prénoms de son père et de sa mère : Jean Baptiste Armand. L'enfant meurt le 10 octobre. Pour couronner le tout, Molière voit s'éloigner de lui la faveur royale qui l'a longtemps soutenu. Il est victime des intrigues de Lulli. Le Florentin a obtenu du roi un privilège exclusif lui donnant le monopole de la musique au théâtre. Molière, dont le théâtre est menacé, proteste en vain. Il se fâche avec Lulli qui est cependant son obligé car Molière lui a prêté de l'argent. C'est Charpentier qui écrit la musique de " la Comtesse d'Escarbagnas " pour la représentation de cette pièce au Palais Royal en juillet 1672 et celle du " Malade imaginaire ". Cette dernière comédie ballet, Molière l'avait destinée aux fêtes qui pendant le carnaval, devaient célébrer à la cour les dernières victoires de Louis XIV en Hollande. Le premier prologue de la comédie en fait foi. Cependant elle ne parut pas devant le roi mais seulement au Palais Royal le 10 février 1673. Enfin, la santé du poète s'était aggravée; sa " fluxion ", ne le lâchait plus et cette toux persistante dont il s'était lui même moqué dans " l'Avare ", allait bientôt l'emporter, presque en scène.
Atteint probablement de tuberculose, Molière, âge de 51 ans, épuisé par 30 ans de dur métier où l'auteur avait du trouver le temps de se faire acteur et directeur de troupe, allait succomber à la tâche. Telle était la situation de l'homme qui allait rire de lui même une dernière fois, en interprétant le rôle d'Argan. Le plus extraordinaire reste qu'au milieu de tant de maux et de peines, Molière, comme s'il avait regroupé toutes ses fores dans un suprême effort, va retrouver cette merveilleuse puissance comique, qui avait paru fléchir dans les " Femmes savantes ". Reprenant une fois encore le thème de la médecine et de son ignorance impuissante, il créait de nouveaux types grotesques, Purgon, Fleurant et les 2 Diafoirus. En opposition avec l'odieuse figure de Béline, il peignait en Angélique la dernière de ces jeunes filles pures et sincères qu'il avait toujours défendues depuis Agnès; il n'est pas jusqu'à la petite Louison qui n'affirme son goût pour l'enfance. Mais ce qui est le plus important c'est de noter que cette nouvelle attaque contre la médecine allait prendre une résonance qu'elle n'avait encore jamais eue. Ce n'était plus seulement l'ignorance bouffonne des médecins, leur verbiage farci de latin, qui était en cause. C'était la médecine elle même, en tant que science, que Molière contestait dans son principe même. En 1671 son ami Boileau avait publié un " Arrêt burlesque " contre la faculté de théologie, moquant la scolastique aristotélicienne où elle se cantonnait. Molière avait songé à faire une comédie sur le même sujet. Mais il jugea finalement plus expédient de lancer ses flèches contre la Faculté de médecine dont l'enseignement était aussi rétrograde.
Bien avant la querelle des Anciens et des Modernes, il attaquait l'autorité excessive dont jouissaient les médecins de l'antiquité, le crédit aveugle fait à Aristote, à Hippocrate et à Galien. Il prenait parti pour la circulation du sang, découverte par Harvey en 1619, et encore contestée. Aux Anciens, il opposait les découvertes des " gens de maintenant ", qui seules selon lui pouvaient véritablement faire avancer la science. Mais dans son état actuel, elle restait impuissante à guérir un malade, car la Nature jusqu'ici - restriction important qui laisse intacte la foi dans le progrès humain - n'avait pas encore livré ses secrets à l'homme. Seule, elle pouvait agir contre la maladie, en rétablissant l'équilibre détruit des fonctions vitales. Il ne s'agissait plus de rire des clystères et des chapeaux pointus des docteurs mais de prononcer, au milieu d'une bouffonnerie burlesque, une condamnation philosophique de la médecine du XVIIème siècle. C'est la quatrième représentation du Malade imaginaire, le 17 février 1673, qu'en prononçant le Furo de la cérémonie de réception en latin macaronique, Molière eut une première convulsion qu'en comédien consommé, il dissimula sous une grimace; il mourut chez lui le soir même, dans sa maison de la rue de Richelieu, sans avoir reçu la visite du prêtre dont il avait demandé le secours. Ainsi la comédie - ballet s'achevait sur une tragédie. La veuve de Molière, qui eut toutes les peines du monde pour arracher à l'Eglise " un peu de terre obtenu par prière " afin d'y ensevelir dignement son mari, ne fit pas imprimer " le Malade imaginaire ", pour conserver à sa troupe le monopole des représentations. Diverses éditions, d'ailleurs fautives, parurent cependant, à Amsterdam, Cologne et Paris notamment. Mais le texte authentique de la pièce ne fut connu que par l'édition posthume des oeuvres de Molière publiée en 1682.
Les Fourberies de Scapin
En attendant la fin des travaux de réflexion de la salle du Palais Royal pour la représentation de Psyché, Molière composa, sans doute en hâte, " les Fourberies de Scapin ". Il puisa un peu partout, reprit peut être une de ses premières farces, perdue pour nous, " Gorgibus dans le sac ", s'inspira du Phormion de Térence, de la tradition populaire de Tabarin, se souvint de " la Soeur " de Rotrou, de " la Dupe amoureuse " de Rosimond et emprunta 2 scènes au " Pendant joué " de son ami Cyrano de Bergerac. Mais de tous les morceaux épars, grâce au rythme que son génie imprime à la farce, il fait des " Fourberies de Scapin " une pièce homogène, d'un mouvement croissant dans laquelle les comédiens d'aujourd'hui voient le théâtre "à l'état pur". Aucun souci de psychologie ou de peinture de moeurs ne vient gêner le mécanisme admirablement réglé de la farce. Tous les personnages sont des fantoches, des types de la comédie italienne, peut être encore masqués, Scapin lui même d'abord, valet fourbe et rusé emprunté à Beltrame, les couples d'amoureux et les ganaches de pères qui tournent autour de lui, en un ballet endiablé, comme hypnotisés par ce meneur de jeu sans pareil. Molière, après les grandes oeuvres et au déclin de sa carrière, a retrouvé d'instinct le mouvement, la verve, les ressorts de la farce qu'il ressuscita dans sa jeunesse et qui laisse des traces jusque dans ses plus hautes oeuvres. Laissons Boileau préférer " le Misanthrope " aux " Fourberies de Scapin " et ne comparons que des choses comparables. Ce qui est sûr c'est que la seconde pièce, dans son genre bien entendu est aussi réunie que la première dans le sien. La meilleure preuve en est qu'à la représentation cette farce, réglée comme un mouvement d'horlogerie de haute précision, produit devant n'importe quel auditoire un effet irrésistible. Le rythme, les retournements de situation, la virtuosité du dialogue et le jaillissement perpétuel de l'invention balaient toutes les objections.
La pièce, créée au Palais - Royal le 24 mai 1671, n'eut qu'un médiocre succès, car elle fut bientôt effacée par le triomphe de " Psyché ", et ne fut jouée que 18 fois. Mais, dans l'histoire posthume du théâtre de Molière, elle tient une place des plus honorables. Presque tous les grands comiques ont voulu s'essayer dans le rôle de Scapin; presque toutes les jeunes compagnies tiennent aujourd'hui à honneur d'avoir " les Fourberies de Scapin " à leur répertoire.
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