Les taxis, c’est bien des pédés
Ils s’arrêtent pas, on peut crever.
Jamais lu Houellebecq. Je ne perds pas mon temps à lire des livres, je préfère me déguiser en cadre respectable, pour être accepté par eux. Il suffit pour cela que je m’achète un costume, une cravate et une chemise – le tout, 120 euros chez Celio en période de soldes. Il suffit en réalité pratiquement que j’apprenne à faire un nœud de cravate. Il y a, c’est vrai, le problème de la voiture – c’est au fond la seule difficulté dans la vie du cadre moyen ; mais on peut y arriver, on prend un crédit, on travaille quelques années et on y arrive. À l’opposé, il ne me servirait à rien de me déguiser en marginal : je ne suis ni assez jeune, ni assez beau, ni assez cool. Je perds mes cheveux, j’ai tendance à grossir ; et plus je vieillis plus je deviens angoissé et sensible, plus les signes de rejet et de mépris me font souffrir. En un mot je ne suis pas assez naturel, c’est à-dire pas assez animal – et il s’agit là d’une tare irrémédiable : quoi que je dise, quoi que je fasse, quoi que j’achète, je ne parviendrai jamais à surmonter ce handicap, car il a toute la violence d’un handicap naturel.
lord2laze se fit réveiller par la sonnette vers dix-huit heures. Il bandait. Il enfila ses pantoufles et se traîna jusqu'au frigo. Plus de bière. Il regarda par la fenêtre ; en bas, le livreur attendait. Un peu plus loin, une jeune fillle e de 17 ans, lycéenne probablement, rigolait au bras d'un métis d'environ un mètre quatre-vingt dix. Ils montent sur un scooter ; grillent le feu. Les feux sont généralement déclinés à partir de deux couleurs de base : le rouge pour fermer, le vert pour ouvrir. Ces couleurs ont l'avantage d'être très différenciables, sauf pour la plupart des daltoniens ; cependant, pour eux, la position du feu prend toute sa signification.
Nouveau coup de sonnette. lord2laze avala un prozac et descendit ouvrir au livreur.