Topic de Antonin_Artaud :

Votre rapport à la Poésie ?

Et sinon j'aime aussi bien Soupault, et aussi sa collaboration avec Breton à travers les Champs Magnétique. Je trouve que c'est un très bon recueil.

Le 05 juin 2019 à 20:12:01 Azherka a écrit :
La poésie est l'un des genres littéraires que je lis le moins. Je préfère nettement la nouvelle, le roman ou encore la pièce de théâtre.

J'aime beaucoup le théâtre aussi.
Après les romans j'aime bien aussi, mais si y'a au-delà du récit, si y'a un Verbe fort, un style poétique, quelque chose d'ardent. Si le roman raconte juste une histoire de façon banale, je décroche souvent.

J'écris de la poésie depuis plusieurs années. J'ai un recueil qui est relativement correct sous le bras. Tout n'est que poésie. Elle est absolument partout.

Le 05 juin 2019 à 20:16:07 hoIdencaulfield a écrit :
J'écris de la poésie depuis plusieurs années. J'ai un recueil qui est relativement correct sous le bras. Tout n'est que poésie. Elle est absolument partout.

ça c'est génial khey, la Poésie c'est vraiment une passion ardente et prenante, qui saisit de partout.
Je suis content quand je croise des gens qui ont aussi cette passion-là.

D'autres amateurs de Poésie ?

Ta mère fit un pet foireux
Et tu naquis de sa colique

Apollinaire https://image.noelshack.com/fichiers/2019/21/6/1558768973-risitas-possedo-clown.png
Plus sérieusement j'ai du mal. Ou les romantiques style de Musset

Le 05 juin 2019 à 21:09:47 E-Hopper a écrit :
Ta mère fit un pet foireux
Et tu naquis de sa colique

Apollinaire https://image.noelshack.com/fichiers/2019/21/6/1558768973-risitas-possedo-clown.png
Plus sérieusement j'ai du mal. Ou les romantiques style de Musset

Ah oui Guillaume Apollinaire, la chanson du Mal Aimé, sacré Guillaume quand même, un vrai specimen haha

L'abandon

"Le soleil mou décevait les adieux,
les bateaux partaient comme des mouches,
les oiseaux se plissaient comme des bouches
et tombaient raides morts des cieux.

Quand je fus seul sous le ciel jaune
dont mes yeux secs arrachaient des lambeaux,
je retournai mes poches
dans l'espoir d'y trouver un compagnon d'exil.

Il n'y avait rien,
rien que la poussière des routes,
rien que les routes de misère,
rien que des reines mortes clouées à des poutres.

Des déserts oscillaient sous mes pas ;
ô mon dieu, vous m'avez volé la verticale,
et mes bras tournent fous
dans les cercles blancs de votre œil !

J'étais fou, j'étais fou, vous-dis-je,
des draps blancs m'assaillent,
écume amère sur mes lèvres ;
je guérirai tout blanc, je guérirai stupide ;

mais les bateaux ont perdu leurs couleurs,
ils ne reviendront plus ;
j'émiette mes doigts sur les pelouses fanées,
pour attirer les oiseaux morts."
- René Daumal

Votre rapport à la Poésie ?

Tout en rimes.

Le 05 juin 2019 à 21:25:06 Kayette a écrit :

Votre rapport à la Poésie ?

Tout en rimes.

Poèmes en vers ?

D'autres amateurs de Poésie ?
D'autres amateurs ?

Les Fenêtres

"Las du triste hôpital, et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos,

Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture
Que pour voir du soleil sur les pierres, coller
Les poils blancs et les os de la maigre figure
Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler,

Et la bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace,
Telle, jeune, elle alla respirer son trésor,
Une peau virginale et de jadis ! encrasse
D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles,
Les tisanes, l’horloge et le lit infligé,
La toux ; et quand le soir saigne parmi les tuiles,
Son œil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes,
Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir
En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes
Dans un grand nonchaloir chargé de souvenir !

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure
Vautré dans le bonheur, où ses seuls appétits
Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure
Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées
D’où l’on tourne l’épaule à la vie, et, béni,
Dans leur verre, lavé d’éternelles rosées,
Que dore le matin chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! et je meurs, et j’aime
— Que la vitre soit l’art, soit la mysticité —
À renaître, portant mon rêve en diadème,
Au ciel antérieur où fleurit la Beauté !

Mais, hélas ! Ici-bas est maître : sa hantise
Vient m’écœurer parfois jusqu’en cet abri sûr,
Et le vomissement impur de la Bêtise
Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, ô Moi qui connais l’amertume,
D’enfoncer le cristal par le monstre insulté
Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume
— Au risque de tomber pendant l’éternité ?"
- Stéphane Mallarmé

Merdique
Merci l'Education Nationale :)

Le 05 juin 2019 à 22:35:37 EmpireDrouvinoi a écrit :
Merdique
Merci l'Education Nationale :)

C'est vrai que le façon dont on apprend la Poésie à l'école c'est pas top.

Le Miracle de Saint-Accroupi

"Sur l’écran tout blanc du grand ciel tragique, les mille pieds noirs des enterrements passent, tels les verres d’une monotone lanterne magique.
La Famine sonne aux oreilles vides, si vides et folles, ses bourdonnements.
Sa cloche joyeuse pend à ses doigts longs, versant sur la terre des ricanements.
Et de grands loups fauves et des corbeaux graves sont sur ses talons.
La Famine sonne aux oreilles vides, par la ville morne, ses bourdonnements.

Croix des cimetières, levons nos bras raides pour prier là-haut que l’on nous délivre de ces ouvriers qui piochent sans trêve nos froides racines.
N’est-il donc un Saint, bien en cour auprès de Dieu notre Père, pour qu’il intercède ?
Croix des cimetières, votre grêle foule a donc oublié le bloc de granit perdu dans un coin de votre domaine ?
Sa barbe de fleuve jusqu’à ses genoux épand et déroule, déroule sa houle, sa houle de pierre.
Et les flots de pierre le couvrent entier.
Sur ses cuisses dures ses coudes qui luisent sous les astres blonds se posent, soudés pour l’éternité.
Et c’est un grand Saint, car il a pour siège, honorable siège, un beau bénitier. Il n’a point de nom.
Dans un coin tapi, ignoré des hommes, seules les Croix blanches lui tendent la plainte de leurs bras dressés.
Le corbeau qui vole le méprise nain, croassant l’injure au bon Saint courbé : Vieux Saint-Accroupi.
Croix des cimetières, tendons-lui la plainte de nos bras dressés :
Que ces ouvriers qui tuent nos racines et peuplent les tombes de serpents coupés, se croisant les bras, regardent oisifs les torches de mort désormais éteintes.
Et que la Famine remmène sous terre son cortège noir de grands loups qui rôdent et de corbeaux graves.
Que le Blanc au Noir succède partout. Que le grand œil glauque du ciel compatisse, versant sur les hommes des pleurs de farine."
- Alfred Jarry, dans les Minutes de Sable mémorial

D'autres amateurs de Poésie ?
Pour moi c'est la prose, je ne saurai dire pourquoi: Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu: Lautréamont, Aloysius Bertrand, Baudelaire

A la grimace

"Allez-vous-en, vous n’êtes pas joués ! Il fait si noir qu’on n’a jamais gravé les cartes. Allez-vous-en, on vous a joués. Le soleil n’a jamais fait partie des livraisons du jour et la terre n’est qu’une ride de vieillesse. Celui qui aime l’atome ne mange que du néant. Celui qui croit prendre un chemin ne prend que son corps par la fatigue.

J’avais pourtant trouvé de la viande dans les statues…et quelque chose de touchable qui s’insérait, ne quittait jamais la main, cette main, ma main.

Mais la main, l’ombre d’un geste, n’avait jamais quitté cette sépulture anticipée, ce grand dortoir des autres, peuplé, peuplé…
D’un grand fauteuil qui n’invite personne…
D’une clef oeuvrée qui n’explique rien,
Trouvée dans la main
D’un pensionnaire de la maison détruite, quelqu’un payé très cher pour rien.

Et dans un coin du sommeil des autres, lui, là-bas, sa peau se déplace. A quoi t’entraînes-tu ? Qui donc te rêve ? Il n’a rien vu, rien entendu ; son corps l’avait porté à la dernière dimension nocturne, jusqu’à l’issue du dernier hasard.
Le dernier hasard…Un grand brouillard en place. En avant, drapeau noir ! Les démons, on vous somme, plus d’hésitation ! L’habitude de la réalité exige une belle autorité.

Moi, je n’aurais jamais dû me prendre les pieds dans cette galaxie !"
- Jean-Pierre Duprey dans la Fin et la Matière

Le 05 juin 2019 à 22:52:14 PeguyLorrain a écrit :
Pour moi c'est la prose, je ne saurai dire pourquoi: Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu: Lautréamont, Aloysius Bertrand, Baudelaire

La Prose poétique me plaît aussi particulièrement, et les poètes que tu viens de citer font d'ailleurs partis de mes références.

Ils étaient dans la liste que j'avais faite

Aloysius Bertrand : Gaspard de la Nuit

Baudelaire : Les Fleurs du Mal

Rimbaud : Une saison en Enfer

Nerval : Aurélie

Lautréamont : Les Champs de Maldoror

Alfred Jarry : Les Minutes de Sable mémorial

Antonin Artaud : L'Ombilic des Limbes, l'Art et la Mort, Le Théâtre et son Double

René Daumal : Contre-ciel

Gilbert-Lecomte : La Vie l'Amour Le Vide et le Vent

Jean-Pierre Duprey : Derrière son Double

Données du topic

Auteur
Antonin_Artaud
Date de création
5 juin 2019 à 19:13:40
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