Astyages, son fils, lui succéda. Il naquit à ce prince une fille, qu’il nomma Mandane. Il s’imagina en dormant qu’elle urinait en si grande abondance, que sa capitale et l’Asie entière en étaient inondées. Ayant communiqué ce songe à ceux d’entre les mages qui faisaient profession de les interpréter, il fut effrayé des détails de leur explication ; et il le fut au point que, lorsque sa fille fut nubile, il ne voulut pas lui donner pour époux un Mède digne de lui par sa naissance ; mais il lui fit épouser un Perse, nommé Cambyse, qu’il connaissait pour un homme d’une grande maison et de mœurs douces et tranquilles, parce qu’il le regardait comme bien inférieur à un Mède de médiocre condition.
CVIII. La première année du mariage de Cambyse avec Mandane, Astyages eut un autre songe : il lui sembla voir sortir du sein de sa fille une vigne qui couvrait toute l’Asie. Ayant communiqué ce songe aux interprètes, il fit venir de Perse Mandane, sa fille, qui était enceinte et proche de son terme. Aussitôt après son arrivée, il la fit garder, dans le dessein de faire périr l’enfant dont elle serait mère ; les mages, interprètes des songes, lui ayant prédit, d’après cette vision, que l’enfant qui naîtrait de cette princesse régnerait un jour à sa place. Comme Astyages se tenait en garde contre cet événement, Cyrus fut à peine né, qu’il manda Harpage, son parent, celui de tous les Mèdes qui lui était le plus attaché, et sur lequel il se reposait du soin de toutes ses affaires. « Harpage, lui dit-il, exécute fidèlement l’ordre que je vais te donner, sans chercher à me tromper, de crainte qu’en t’attachant à d’autres maîtres que moi tu ne travailles à ta propre perte. Prends l’enfant qui vient de naître de Mandane, porte-le dans ta maison, fais-le mourir, et l’inhume ensuite comme il te plaira. Seigneur, répondit Harpage, j’ai toujours cherché à vous plaire, et je ferai mon possible pour ne jamais vous offenser. Si vous voulez que l’enfant meure, j’obéirai exactement à vos ordres, du moins autant qu’il dépendra de moi. »
CIX. Après cette réponse, on remit l’enfant, couvert de riches ornements, entre les mains d’Harpage, afin qu’il le fit mourir. Il s’en retourna chez lui les larmes aux yeux ; et, en abordant sa femme, il lui raconta tout ce qu’Astyages lui avait dit. « Quelle est votre résolution ? reprit-elle. Je n’exécuterai point les ordres d’Astyages, répondit-il, dût-il devenir encore plus emporté et plus furieux qu’il ne l’est maintenant ; je n’obéirai point à ses volontés, je ne me prêterai point à ce meurtre. Non, je ne le ferai point, par plusieurs raisons : premièrement, je suis parent de l’enfant ; secondement, Astyages est avancé en âge, et n’a point d’enfant mâle. Si, après sa mort, la couronne passe à la princesse sa fille, dont il veut aujourd’hui que je fasse mourir le fils, que me reste-t-il, sinon la perspective du plus grand danger ? Pour ma sûreté, il faut que l’enfant périsse ; mais que ce soit par les mains de quelqu’un des gens d’Astyages, et non par le ministère des miens. »
CX. Il dit, et sur-le-champ il envoya un exprès à celui des bouviers d’Astyages qu’il savait mener ses troupeaux dans les meilleurs pâturages, et sur les montagnes les plus fréquentées par les bêtes sauvages. Il s’appelait Mitradates. Sa femme, esclave d’Astyages ainsi que lui, se nommait Spaco, nom qui, dans la langue des Mèdes, signifie la même chose que Cyno dans celle des Grecs ; car les Mèdes appellent une chienne spaco. Les pâturages où il gardait les bœufs du roi étaient au pied des montagnes, au nord d’Agbatanes, et vers le Pont-Euxin. De ce côté-là, vers les Sapires[59], la Médie est un pays élevé, rempli de montagnes et couvert de forêts, au lieu que le reste du royaume est plat et uni. Le bouvier, que l’on avait mandé en diligence, étant arrivé, Harpage lui parla ainsi : « Astyages te commande de prendre cet enfant, et de l’exposer sur la montagne la plus déserte, afin qu’il périsse promptement. Il m’a ordonné aussi de te dire que, si tu ne le fais pas mourir, et que tu lui sauves la vie de quelque manière que ce soit, il te fera périr par le supplice le plus cruel. Ce n’est pas tout : il veut encore que je sache par moi-même si tu as exposé cet enfant. »
CXI. Aussitôt Mitradates prit l’enfant, et retourna dans sa cabane par le même chemin. Tandis qu’il allait à la ville, sa femme, qui n’attendait de jour en jour que le moment d’accoucher, mit au monde un fils, par une permission particulière des dieux. Ils étaient inquiets l’un de l’autre, le mari craignant pour sa femme, prête à accoucher, la femme pour son mari, parce qu’Harpage n’avait pas coutume de le mander. Dès qu’il fut de retour, sa femme, surprise de le voir au moment où elle s’y attendait le moins, lui parla la première, et voulut savoir pourquoi Harpage l’avait envoyé chercher avec tant d’empressement. « Ma femme, lui dit-il, je n’ai pas plutôt été dans la ville, que j’ai vu et entendu des choses que je voudrais bien n’avoir ni vues ni entendues ; et plût aux dieux qu’elles ne fussent jamais arrivées à nos maîtres ! Toute la maison d’Harpage était en pleurs. Frappé d’effroi, je pénètre dans l’intérieur : je vois à terre un enfant qui pleurait, qui palpitait. Il était couvert de drap d’or et de langes de diverses couleurs. Harpage ne m’eut pas plutôt aperçu qu’il me commanda d’emporter promptement cet enfant, et de l’exposer sur la montagne la plus fréquentée par les bêtes féroces. Il m’a assuré que c’était Astyages lui-même qui me donnait cet ordre, et m’a fait de grandes menaces si je manquais à l’exécuter. J’ai donc pris cet enfant et l’ai emporté, croyant qu’il était à quelqu’un de sa maison ; car je n’aurais jamais imaginé quel était son véritable père. J’étais cependant étonné de le voir couvert d’or et de langes si précieux. Je ne l’étais pas moins de voir toute la maison d’Harpage en pleurs. Enfin, chemin faisant, j’ai bientôt appris du domestique qui m’a accompagné hors de la ville, et qui m’a remis l’enfant, qu’il est à Mandane, fille d’Astyages, et à Cambyse, fils de Cyrus, et qu’Astyages ordonne qu’on le fasse mourir. Le voici, cet enfant. »
CXII. En achevant ces mots, Mitradates découvre l’enfant, et le montre à sa femme. Charmée de sa grandeur et de sa beauté, elle embrasse les genoux de son mari, et le supplie, les larmes aux yeux, de ne point exposer cet enfant. Il lui dit qu’il ne pouvait s’en dispenser, qu’il devait venir des surveillants de la part d’Harpage, et que, s’il n’obéissait pas, il périrait de la manière la plus cruelle. Spaco, voyant que ses discours ne faisaient aucune impression sur son mari, reprit la parole : « Puisque je ne saurais, dit-elle, te persuader, et qu’il faut absolument qu’on voie un enfant exposé, fais du moins ce que je vais te dire. Je suis accouchée d’un enfant mort : va le porter sur la montagne, et nourrissons celui de la fille d’Astyages comme s’il était à nous. Par ce moyen, on ne pourra te convaincre d’avoir offensé tes maîtres, et nous aurons pris un bon parti : notre enfant mort aura une sépulture royale, et celui qui reste ne perdra point la vie. »
CXIII. Le bouvier sentit que, dans cette conjoncture, sa femme avait raison ; et sur-le-champ il suivit son conseil. Il lui remet l’enfant qu’il avait apporté pour le faire mourir, prend le sien qui était mort, le met dans le berceau du jeune prince avec tous ses ornements, et va l’exposer sur la montagne la plus déserte. Le troisième jour après, ayant laissé, pour garder le corps, un de ceux qui avaient soin des troupeaux sous ses ordres, il alla à la ville, et, s’étant rendu chez Harpage, il lui dit qu’il était prêt à lui montrer le corps mort de l’enfant. Harpage, ayant envoyé avec lui ses gardes les plus affidés, fit, sur leur rapport, donner la sépulture au fils de Mitradates. À l’égard du jeune prince, Spaco en prit soin et l’éleva. Il fut dans la suite connu sous le nom de Cyrus ; mais Spaco lui donna quelque autre nom.
CXIV. Cet enfant, étant âgé de dix ans, eut une aventure qui le fit reconnaître. Un jour que, dans le village où étaient les troupeaux du roi, il jouait dans la rue avec d’autres enfants de son âge, ceux-ci l’élurent pour leur roi, lui qui était connu sous le nom de fils du bouvier. Il distribuait aux uns les places d’intendants de ses bâtiments, aux autres celles de gardes du corps ; celui-ci était l’œil du roi, celui-là devait lui présenter les requêtes des particuliers : chacun avait son emploi, selon ses talents et le jugement qu’en portait Cyrus. Le fils d’Artembarès, homme de distinction chez les Mèdes, jouait avec lui. Ayant refusé d’exécuter ses ordres, Cyrus le fit saisir par les autres enfants, et maltraiter à coups de verges. On ne l’eut pas plutôt relâché, qu’outré d’un traitement si indigne de sa naissance, il alla à la ville porter ses plaintes à son père contre Cyrus. Ce n’est pas qu’il lui donnât ce nom, Cyrus ne le portait point encore ; mais il l’appelait le fils du bouvier d’Astyages. Dans la colère où était Artembarès, il alla trouver le roi avec son fils, et se plaignit du traitement odieux qu’il avait reçu. « Seigneur, dit-il, en découvrant les épaules de son fils, c’est ainsi que nous a outragés un de vos esclaves, le fils de votre bouvier. »
CXV. À ce discours, à cette vue, Astyages, voulant venger le fils d’Artembarès, par égard pour le père, envoya chercher Mitradates et son fils. Lorsqu’ils furent arrivés : « Comment, dit le prince à Cyrus en le regardant, étant ce que tu es, as-tu eu l’audace de traiter d’une manière si indigne le fils d’un des premiers de ma cour ? Je l’ai fait, seigneur, avec justice, répondit Cyrus. Les enfants du village, du nombre desquels il était, m’avaient choisi en jouant pour être leur roi ; je leur en paraissais le plus digne : tous exécutaient mes ordres. Le fils d’Artembarès n’y eut aucun égard, et refusa de m’obéir. Je l’en ai puni : si cette action mérite quelque châtiment, me voici prêt à le subir. »
CXVI. La ressemblance des traits de cet enfant avec les siens, sa réponse noble, son âge qui s’accordait avec le temps de l’exposition de son petit-fils, tout concourait, en un mot, à le faire reconnaître d’Astyages. Frappé de ces circonstances, ce prince demeura quelque temps sans pouvoir parler ; mais enfin, revenu à lui, et voulant renvoyer Artembarès, afin de sonder Mitradates en particulier : « Artembarès, lui dit-il, vous n’aurez aucun sujet de vous plaindre de moi, ni vous, ni votre fils. » Ensuite il ordonna à ses officiers de conduire Cyrus dans l’intérieur du palais. Resté seul avec Mitradates, il lui demanda où il avait pris cet enfant, et de qui il le tenait. Celui-ci répondit qu’il en était le père, que sa mère vivait encore, et demeurait avec lui. Astyages répliqua qu’il ne prenait pas un bon parti, et qu’il voulait de gaîté de cœur se rendre malheureux. En disant cela, il fit signe à ses gardes de le saisir. Mitradates, voyant qu’on le menait à la question, avoua enfin la vérité. Il reprit l’histoire dès son commencement, découvrit tout sans rien dissimuler, et, descendant aux plus humbles supplications, il pria le roi de lui pardonner.
CXVII. La vérité découverte, Astyages ne tint pas grand compte de Mitradates ; mais, violemment irrité contre Harpage, il commanda à ses gardes de le faire venir ; et lorsqu’il parut devant lui, il lui parla en ces termes : « Harpage, de quel genre de mort as-tu fait périr l’enfant de ma fille, que je t’ai remis ? » Harpage, apercevant Mitradates dans l’appartement du roi, avoua tout sans détour, de crainte d’être convaincu par des preuves sans répliques. « Seigneur, dit-il, quand j’eus reçu l’enfant, j’examinai comment je pourrais, en me conformant à vos volontés, et sans m’écarter de ce que je vous dois, n’être coupable d’un meurtre ni à l’égard de la princesse votre fille, ni même au vôtre. Je mandai en conséquence Mitradates : je lui remis l’enfant entre les mains, et lui dis que c’était vous-même qui ordonniez sa mort. Je ne me suis point écarté en cela de la vérité, puisque vous m’aviez commandé de le faire mourir. En lui livrant cet enfant, je lui enjoignis de l’exposer sur une montagne déserte, et de rester auprès de lui jusqu’à ce qu’il fût mort. Enfin, je le menaçai des plus rigoureux tourments s’il n’accomplissait tout de point en point. Ces ordres exécutés, et l’enfant étant mort, j’envoyai là les plus fidèles de mes eunuques ; je vis par leurs yeux, et je l’enterrai. Les choses, seigneur, se sont passées de cette manière, et tel est le sort qu’a éprouvé cet enfant. »
CXVIII. Harpage parla sans détour ; mais Astyages, dissimulant son ressentiment, lui répéta d’abord toute l’histoire comme il l’avait apprise de Mitradates ; et, après qu’il l’eut répétée, il ajouta que l’enfant vivait, et qu’il en était content. « Car enfin, dit-il, la manière dont on l’avait traité me faisait beaucoup de peine, et j’étais très-sensible aux reproches de ma fille. Mais, puisque la fortune nous a été favorable, envoyez-moi votre fils pour tenir compagnie au jeune prince nouvellement arrivé, et ne manquez pas de venir souper avec moi ; je veux offrir, pour le recouvrement de mon petit-fils, des sacrifices aux dieux, à qui cet honneur est réservé. »
[07:50:54] <GrossesGonades>
Miley ou Billy Ray ?
Cyrus north j'ai regardé
Le 12 février 2026 à 07:51:33 :
[07:50:54] <GrossesGonades>
Miley ou Billy Ray ?Cyrus north j'ai regardé
Il chante pas lui c'est pété
Source: Herodote: https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_(H%C3%A9rodote)/Trad._Larcher,_1850/Livre_I
Je suis sans doute le seul ici que ces histoires intéressent, mais au cas où je poste quand même. Et il y a plein de pépites, l’histoire de Candaule, celle de Crésus … 
CXIX. Harpage s’étant, à ces paroles, prosterné devant le roi, s’en retourna chez lui, également flatté de l’heureuse issue de sa faute, et de ce que le roi l’avait invité au festin qu’il donnait en réjouissance des bienfaits de la fortune ne fut pas plutôt entré chez lui, qu’il appela son fils unique, âgé d’environ treize ans, l’envoya au palais d’Astyages, avec ordre de faire tout ce que ce prince lui commanderait ; et, transporté de joie, il raconta cette aventure à sa femme.
Dès que le fils d’Harpage fut arrivé au palais, Astyages le fit égorger ; on le coupa ensuite par morceaux, dont les uns furent rôtis et bouillis ; on les apprêta de diverses manières, et on tint le tout prêt à être servi. L’heure du repas venue, les convives s’y rendirent, et Harpage avec eux. On servit à Astyages et aux autres seigneurs du mouton, et à Harpage le corps de son fils, excepté la tête et les extrémités des mains et des pieds, que le roi avait fait mettre à part dans une corbeille couverte. Lorsqu’il parut avoir assez mangé, Astyages lui demanda s’il était content de ce repas. « Très-content, » répondit Harpage. Aussitôt ceux qui en avaient reçu l’ordre, apportant dans une corbeille couverte la tête, les mains et les pieds de son fils, et se tenant devant lui, lui dirent de la découvrir, et d’en prendre ce qu’il voudrait. Harpage obéit, et, découvrant la corbeille, il aperçut les restes de son fils. Il ne se troubla point, et sut se posséder. Astyages lui demanda s’il savait de quel gibier il avait mangé. Il répondit qu’il le savait, mais que tout ce que faisait un roi lui était agréable. Après cette réponse, il s’en retourna chez lui avec les restes de son fils, qu’il n’avait, à ce que je pense, rassemblés que pour leur donner la sépulture.
[07:53:18] <GrossesGonades>
Le 12 février 2026 à 07:51:33 :
[07:50:54] <GrossesGonades>
Miley ou Billy Ray ?Cyrus north j'ai regardé
Il chante pas lui c'est pété
Non je sais c'est un youtuber mtnt
Mais il faisait de la télé il remplacait le zap de camille combal


Le 13 février 2026 à 07:43:15 :
La suite bordelent
CXX. Le roi, s’étant ainsi vengé d’Harpage, manda les mêmes mages qui avaient interprété son songe de la manière que nous avons dit, afin de délibérer avec eux sur ce qui concernait Cyrus. Les mages arrivés, il leur demanda quelle explication ils avaient autrefois donnée du songe qu’il avait eu. Ils lui firent la même réponse : « Si l’enfant, dirent-ils, n’est pas mort, en un mot, s’il vit encore, il faut qu’il règne. L’enfant vit et se porte bien, leur dit Astyages ; il a été élevé à la campagne : les enfants de son village l’ont élu pour leur roi. Il a fait tout ce que font les véritables rois ; il s’est donné des gardes du corps, des gardes de la porte, des officiers pour lui faire le rapport des affaires ; en un mot, il a créé toutes les autres charges. Que pensez-vous que cela puisse présager ?
» Puisque l’enfant vit, répondirent les mages, et qu’il a régné sans aucun dessein prémédité, rassurez-vous, seigneur, vous n’avez plus rien à craindre, il ne régnera pas une seconde fois. Il y a des oracles dont l’accomplissement s’est réduit à un événement frivole, et des songes qui ont abouti à bien peu de chose. Je suis moi-même aussi de cet avis, reprit Astyages ; l’enfant ayant déjà porté le nom de roi, le songe est accompli ; je crois n’en avoir plus rien à craindre. Cependant réfléchissez-y mûrement, et donnez-moi le conseil que vous penserez le plus avantageux à votre sûreté et à la mienne. Seigneur, dirent les mages, la stabilité et la prospérité de votre règne nous importent beaucoup ; car enfin la puissance souveraine, venant à tomber entre les mains de cet enfant qui est Perse, passerait à une autre nation ; et les Perses, nous regardant comme des étrangers, n’auraient pour nous aucune considération, et nous traiteraient en esclaves. Mais vous, seigneur, qui êtes notre compatriote, tant que vous occuperez le trône, vous nous comblerez de faveurs, et nous régnerons en partie avec vous. Ainsi notre intérêt nous oblige, à tous égards, à pourvoir à votre sûreté et à celle de votre empire. Si nous pressentions maintenant quelque danger, nous aurions grand soin de vous en avertir ; mais, puisque l’issue de votre songe est frivole, nous nous rassurons, et nous vous exhortons à vous tranquilliser de même : éloignez de vous cet enfant, et renvoyez-le en Perse à ceux dont il tient le jour. »
CXXI. Astyages, charmé de cette réponse, manda Cyrus. « Mon fils, lui dit-il, je vous ai traité avec injustice, sur la foi d’un vain songe ; mais enfin votre heureux destin vous a conservé, et vous vivez. Soyez tranquille ; partez pour la Perse, escorté par ceux que je vous donnerai pour vous accompagner : vous y verrez votre père et votre mère, qui sont bien différents de Mitradates et de sa femme. »
CXXII. Astyages, ayant ainsi parlé, renvoya Cyrus en Perse. Cambyse et Mandane, ayant appris ce qu’il était, le reçurent et l’embrassèrent, comme un enfant qu’ils avaient cru mort en naissant. Ils lui demandèrent comment il avait été conservé : Cyrus leur répondit que jusqu’alors il l’avait ignoré, et qu’à cet égard il avait été dans une très-grande erreur ; qu’en chemin il avait été instruit de ses malheurs ; qu’il s’était cru fils du bouvier d’Astyages, mais que, depuis son départ, il avait tout appris de ses conducteurs. Il leur conta comment il avait été nourri par Cyno, la femme du bouvier, dont il ne cessait de se louer et de répéter le nom. Son père et sa mère, se servant de ce nom pour persuader aux Perses que leur fils avait été conservé par une permission particulière des dieux, publièrent partout que Cyrus ayant été exposé dans un lieu désert, une chienne l’avait nourri. Voilà ce qui donna lieu au bruit qui courut.
CXXIII. Cyrus étant parvenu à l’âge viril, comme il était le plus brave et le plus aimable des jeunes gens de son âge, Harpage, qui désirait ardemment se venger d’Astyages, lui envoyait des présents, et le pressait de le seconder. Étant d’une condition privée, il ne voyait pas qu’il lui fût possible de se venger par lui-même de ce prince ; mais ayant observé que Cyrus, en croissant, lui donnait l’espoir de la vengeance, et venant à comparer les aventures de ce prince et ses malheurs avec les siens, il s’attacha à lui et se l’associa. Il avait déjà pris quelques mesures, et il avait su profiter des traitements trop rigoureux que le roi faisait aux Mèdes, pour s’insinuer dans l’esprit des grands, et leur persuader d’ôter la couronne à Astyages, et de la mettre sur la tête de Cyrus.
Cette trame ourdie, et tout étant prêt, Harpage voulut découvrir à Cyrus son projet ; mais comme ce prince était en Perse, et que les chemins étaient gardés, il ne put trouver, pour lui en faire part, d’autre expédient que celui-ci. S’étant fait apporter un lièvre, il ouvrit le ventre de cet animal d’une manière adroite, et sans en arracher le poil ; et, dans l’état où il était, il y mit une lettre où il avait écrit ce qu’il avait jugé à propos. L’ayant ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en qui il avait le plus de confiance, avec un filet, comme s’il eût été un chasseur, et lui ordonna de vive voix de le porter en Perse à Cyrus, et de lui dire, en le lui présentant, de l’ouvrir lui-même et sans témoins.
CXXIV. Le domestique ayant exécuté ses ordres, Cyrus ouvrit le lièvre, et y ayant trouvé une lettre, il la lut. Elle était conçue en ces termes : « Fils de Cambyse, les dieux veillent sur vous ; autrement vous ne seriez jamais parvenu à un si haut degré de fortune. Vengez-vous d’Astyages, votre meurtrier : il a tout fait pour vous ôter la vie : si vous vivez, c’est aux dieux et à moi que vous le devez. Vous avez sans doute appris, il y a longtemps, tout ce qu’il a fait pour vous perdre, et ce que j’ai souffert moi-même pour vous avoir remis à Mitradates, au lieu de vous faire mourir. Si vous voulez suivre aujourd’hui mes conseils, tous les États d’Astyages seront à vous. Portez les Perses à secouer le joug, venez à leur tête attaquer les Mèdes ; l’entreprise vous réussira, soit qu’Astyages me donne le commandement des troupes qu’il enverra contre vous, soit qu’il le confie à quelque autre des plus distingués d’entre les Mèdes. Les principaux de la nation seront les premiers à l’abandonner ; ils se joindront à vous, et feront les plus grands efforts pour détruire sa puissance. Tout est ici disposé pour l’exécution. Faites donc ce que je vous mande, et faites-le sans différer. »
CXXV. Cyrus, ayant lu cette lettre, ne songea plus qu’à chercher les moyens les plus sages pour engager les Perses à se révolter. Après y avoir bien réfléchi, voici ce qu’il imagina de plus expédient, et il s’y tint. Il écrivit une lettre conforme à ses vues, l’ouvrit dans l’assemblée des Perses, et leur en fit lecture. Elle portait qu’Astyages le déclarait leur gouverneur. « Maintenant donc, leur dit-il, je vous commande de vous rendre tous ici chacun avec une faux. » Tels furent les ordres de Cyrus. Les tribus qui composent la nation perse sont en grand nombre. Cyrus en convoqua quelques-unes, et les porta à se soulever contre les Mèdes. Ce sont celles qui ont le plus d’influence sur tous les autres Perses, savoir, les Pasargades, les Maraphiens et les Maspiens. Les Pasargades sont les plus illustres ; les Achéménides, d’où descendent les rois de Perse, en sont une branche. Les Panthialéens, les Dérusiéens, les Germaniens, sont tous laboureurs. Les autres, savoir, les Daens, les Mardes, les Dropiques et les Sagartiens, sont nomades, et ne s’occupent que de leurs troupeaux.
CXXVI. Lorsqu’ils se furent tous présentés armés de faux, Cyrus, leur montrant un certain canton de la Perse, d’environ dix-huit à vingt stades, entièrement couvert de ronces et d’épines, leur commanda de l’essarter tout entier en un jour. Ce travail achevé, il leur ordonna de se baigner le lendemain, et de se rendre ensuite auprès de lui. Cependant, ayant fait mener au même endroit tous les troupeaux de son père, tant de chèvres que de moutons et de bœufs, il les fit tuer et apprêter. Outre cela, il fit apporter du vin et les mets les plus exquis, pour régaler l’armée. Le lendemain, les Perses étant arrivés, il les fit asseoir sur l’herbe, et leur donna un grand festin. Le repas fini, Cyrus leur demanda laquelle de ces deux conditions leur paraissait préférable, la présente, ou celle de la veille. Ils s’écrièrent qu’il y avait une grande différence entre l’une et l’autre : que le jour précédent ils avaient éprouvé mille peines, au lieu qu’actuellement ils goûtaient toutes sortes de biens et de douceurs. Cyrus saisit cette réponse pour leur découvrir ses projets. « Perses, leur dit-il, tel est maintenant l’état de vos affaires : si vous voulez m’obéir, vous jouirez de ces biens, et d’une infinité d’autres encore, sans être exposés à des travaux serviles. Si, au contraire, vous ne voulez pas suivre mes conseils, vous ne devez attendre que des peines sans nombre, et pareilles à celles que vous souffrîtes hier. Devenez donc libres en m’obéissant ; car il semble que je sois né, par un effet particulier de la bonté des dieux, pour vous faire jouir de ces avantages : et d’ailleurs je ne vous crois nullement inférieurs aux Mèdes, soit dans ce qui concerne la guerre, soit en toute autre chose. Secouez donc au plus tôt le joug sous lequel Astyages vous tient asservis. »
Très fort, sa façon de faire 
CXXVII. Les Perses, qui depuis longtemps étaient indignés de se voir assujettis aux Mèdes, ayant trouvé un chef, saisirent avec plaisir l’occasion de se mettre en liberté. Astyages, ayant eu connaissance des menées de Cyrus, le manda auprès de lui par un exprès. Cyrus commanda au porteur de cet ordre de lui dire qu’il irait le trouver plus tôt qu’il ne souhaitait. Sur cette réponse, Astyages fit prendre les armes à tous les Mèdes ; et, comme si les dieux lui eussent ôté le jugement, il donna le commandement de son armée à Harpage, ne se souvenant plus de la manière dont il l’avait traité. Les Mèdes, s’étant mis en campagne, en vinrent aux mains avec les Perses. Tous ceux à qui Harpage n’avait point fait part de ses projets se battirent avec courage. Quant aux autres, il y en eut une partie qui passa d’elle-même du côté des Perses ; mais le plus grand nombre se comporta lâchement de dessein prémédité.
CXXVIII. Astyages n’eut pas plutôt appris la déroute honteuse des Mèdes, et que son armée était entièrement dissipée, qu’il s’emporta en menaces contre Cyrus. « Non, dit-il, Cyrus n’aura pas sujet de s’en réjouir. » Il n’en dit pas davantage ; mais il commença par faire mettre en croix les mages, interprètes des songes, qui lui avaient conseillé de laisser partir Cyrus. Il fit ensuite prendre les armes à ce qui restait de Mèdes dans la ville, jeunes et vieux, les mena contre les Perses, et leur livra bataille. Il la perdit, avec la plus grande partie de ses troupes, et tomba lui-même entre les mains des ennemis.
CXXIX. Harpage, charmé de le voir dans les fers, se présenta devant lui, l’insulta ; et, entre autres reproches, lui ayant rappelé ce repas où il avait fait servir la chair de son fils, il lui demanda quel goût il trouvait à l’esclavage qui en était une suite, et s’il le préférait à une couronne. Astyages lui demanda à son tour s’il s’attribuait l’entreprise de Cyrus. Harpage reprit qu’il le pouvait avec justice, puisque c’était lui qui l’avait préparée en écrivant à prince. Astyages lui fit voir qu’il était le plus inconséquent et le plus injuste de tous les hommes : le plus inconséquent, puisque, pouvant se faire roi, si du moins il était l’auteur de la révolte actuelle, il avait mis la couronne sur la tête d’un autre ; et le plus injuste, puisque, pour le repas dont il s’agissait, il avait réduit les Mèdes en servitude. En effet, s’il était absolument nécessaire de donner la couronne à un autre, et s’il ne voulait pas la garder pour lui-même, il aurait été plus juste de la mettre sur la tête d’un Mède que sur celle d’un Perse ; qu’enfin il avait donné des fers à sa patrie, quoiqu’elle ne fût point coupable ; et qu’il avait rendu les Perses maîtres des Mèdes, eux qui en avaient été les esclaves.
CXXX. Astyages perdit ainsi la couronne, après un règne de trente-cinq ans. Les Mèdes, qui avaient possédé cent vingt-huit ans l’empire de la haute Asie, jusqu’au fleuve Halys, sans cependant y comprendre le temps qu’y régnèrent les Scythes, passèrent sous le joug des Perses à cause de l’inhumanité de ce prince. Il est vrai que, s’en étant repentis par la suite, ils le secouèrent sous Darius[60] ; mais, ayant été vaincus dans un combat, ils furent de nouveau subjugués. Cyrus et les Perses, s’étant alors soulevés contre les Mèdes sous le règne d’Astyages, furent dès lors maîtres de l’Asie. Quant à Astyages, Cyrus le retint près de lui jusqu’à sa mort, et ne lui fit point d’autre mal.
Telles furent la naissance de Cyrus, son éducation, et la manière dont il monta sur le trône. Il battit dans la suite Crésus, qui lui avait fait le premier une guerre injuste, comme je l’ai déjà dit, et par la défaite de ce prince il devint maître de toute l’Asie.
Fin 
Merci aux deux qui ont lu 
Afficher uniquement les messages de l'auteur du topic