Le funiculaire grimpe, descend, grimpe, descend, et nous grimpons, grimpons, grimpons. Grisés, bourrés, on s’est engrainés dans la folie noire de la nuit. La montagne blanche se devine en face de la vitre. Nous rions, nous sautons, nous tractons et poussons à l’envi. Will entonne une chanson qu’il compose, et nous l’entonnons, tu m’étonnes. Un bougre entre parmi nous, il détonne. Immobile, tout sage et timide. Tout ondule autour de lui, la grimace, trois farces, dix garces et autant de fous touchés par la grâce. Nous hurlons à la gloire de nos héros. Aurora, Arthur Rimbaud, Joëy Gluten, l’inventeur de la techno ! Le bougre descend, et nous, on monte, on monte, jusqu’où montera-t-on ? Chappie me regarde avec des yeux d’outre-tombe. Elle me passe le joint qui l’a annihilé. Un chef d’œuvre insidieux roulé par Inès. Ou par Will. Ah, non, il joue de la guitare. Mais d’où sort la guitare ? Depuis quand on a la guitare ? Est-ce qu’on est en haut, ou est-ce qu’on est en bas ? En tout cas, on est là. Suspendus quelque part où il fait vide. Je n’ai plus le vertige depuis que j’ai connu la solitude. Sautillons, sautons, repoussons la gravité, osons tout ! Mais Chappie s’en va car elle est trop défoncée. Je voudrais la suivre, jeune fée, oh ! faisons des folies ! Est-ce que je suis amoureux ? Mais je descends, je descends, je descends. Et Will s’arrête de chanter. Tout se désenchante. A grand-peine, mes amis, on s’égrène, c’est fini. Je rentre seul à l’hôtel où je travaille et où je dors. Mais dans la galerie marchande qui y mène, trois bougres se démènent devant une enceinte JBL 1 kilo. Ils ont l’air d’un groupe sculpté par le génie, posés là comme fait exprès. Que ça m’enchante ! Nous sommes quatre à présent et nous allons prendre vie.
Le toit de l’hôtel
Et celui du monde
Comment y monter ?
Mystère, mystère…
Je suis allé sous terre
Je suis allé en mer
Mais le toit de l’hôtel
Comment puis-je y monter ?
Une porte à la dérobée
Mène jusqu’à la salle obscure
Au plafond la trappe est vissée
Et y monter me semble dur
Trois jours et deux semaines
Lucas trouve une échelle
L’accès au toit de Flaine
Mon Dieu la nuit est belle
C’est le charivari
Grande teuf sur le toit
Mes amis sont ravis
Il ne manque que toi
Assez !
Ça suffit !
Quel danger inutile !
On pourrait tomber et… mourir !
Oh mourir ! Quelle horreur !
Imaginez un peu ne plus vivre !
Qu’est-ce qu’on serait malheureux !
Mais les étoiles, la nuit de Savoie
Y avez-vous pensé ?
Le cristal et les épicéas
Eux ils ne vont pas canner !
Ils verront toujours le toit de Flaine
Ils monteront par la voie ouverte
Bah ! Nous pouvons bien canner !
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