Topic de MaraisMarin :

Epstein - J'accuse !

J’accuse.

J’accuse notre époque d’avoir maquillé la barbarie en sophistication, d’avoir recouvert l’instinct de domination d’un vernis de philanthropie, d’avoir transformé les salons en tribunaux muets où l’argent acquitte avant même que la justice n’interroge.

J’accuse la haute société celle qui se prétend éclairée, rationnelle, progressiste d’avoir flirté avec un imaginaire de prédation en le déguisant en culture. Le culte de Lolita, ce livre qui devrait alerter comme un signal incendie, devient chez certains un talisman, un fétiche, une esthétique commode pour rendre “désirable” ce qui ne l’est pas : l’emprise, la soumission, l’effacement de l’autre. Et quand la littérature est détournée en permission morale, la dépravation devient un loisir qui se raconte à demi-mot, entre gens “importants”, comme un secret de caste.

J’accuse les élites d’avoir voulu non pas des amours, non pas des relations, non pas des désirs assumés mais des esclaves sexuelles : des êtres réduits à une fonction, à une sélection, à une conformité. J’accuse cette mécanique froide : choisir, modeler, exploiter, puis acheter le silence. J’accuse ce monde qui traite les corps comme des contrats et la honte comme un simple poste budgétaire.

J’accuse le système qui fabrique des intermédiaires, des facilitateurs, des hommes-carrefours : ceux qui circulent partout parce qu’ils rendent service, parce qu’ils savent, parce qu’ils “mettent en relation”, parce qu’ils donnent accès à ce que les autres n’osent pas demander à voix haute. Et j’accuse le vertige collectif devant le nom d’Epstein, non pas seulement pour les crimes allégués autour de lui, mais pour ce qu’il symbolise : la possibilité qu’un réseau entier se soit habitué à la transgression comme à une routine.

J’accuse une autre obsession, plus moderne, plus glaciale : la fuite devant la mort. J’accuse ce fantasme de rajeunissement, cette religion de l’optimisation biologique, cette croyance que tout s’achète jusqu’aux années de vie. On m’objectera que ce n’est que science, que recherche, que progrès. Mais j’accuse l’usage que certains en font : non pas guérir le monde, mais se prolonger eux-mêmes, se donner des marges de survie supplémentaires comme on augmente une fortune.

J’accuse l’idée que les élites mondiales, après avoir acquis le pouvoir, l’accès, les ressources, l’influence, l’impunité sociale après avoir tout obtenu n’aient plus qu’un désir, le plus nu, le plus animal et le plus logique : vivre le plus longtemps possible. Parce que lorsque tout est déjà à portée, il ne reste qu’une chose qui résiste : le temps. Et quand on a pris l’habitude de tout acheter, on finit par vouloir acheter le temps comme le reste.

J’accuse alors ce lien obscène entre deux appétits : l’appétit de domination des corps et l’appétit de domination de la durée. D’un côté, l’exploitation et la consommation de vies rendues petites ; de l’autre, l’obsession de prolonger la sienne. Les deux procèdent du même poison : la certitude d’être au-dessus, la certitude de mériter plus, la certitude de pouvoir sans conséquence.

J’accuse enfin la société entière de préférer le confort du récit simple à l’exigence de vérité : le monstre isolé, l’accident, l’exception, l’erreur. J’accuse notre docilité quand la complexité dérange, quand l’échelle effraie, quand la conclusion exigerait du courage, des ruptures, des sanctions réelles.

Car le scandale n’est pas seulement l’existence des prédateurs.
Le scandale, c’est le monde qui leur a servi de décor.
Le scandale, c’est l’élite qui se croit invulnérable.
Le scandale, c’est l’époque qui vend la morale et achète la nuit.

Données du topic

Auteur
MaraisMarin
Date de création
2 février 2026 à 17:34:03
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