Si l’on admet, ne serait-ce qu’un instant, que le mot “démocratie” est devenu une sorte de totem qu’on brandit à tout-va dans les discours officiels, les plateaux télé, les threads enflammés sur les réseaux sans toujours interroger ce qu’il recouvre réellement, comment déterminer, sans tomber dans le fétichisme institutionnel ou le relativisme mou, les critères substantiels qui permettraient d’affirmer qu’une société est véritablement démocratique : est-ce uniquement la tenue régulière d’élections pluralistes, ou faut-il y adjoindre l’existence d’un État de droit effectif, la séparation réelle et non cosmétique des pouvoirs, la protection active des minorités contre la tyrannie de la majorité, une presse libre économiquement et politiquement indépendante, une éducation civique favorisant l’esprit critique plutôt que la simple conformité, des contre-pouvoirs capables de résister aux dérives exécutives, et surtout une culture politique où la contestation n’est pas tolérée à contrecœur mais reconnue comme constitutive du jeu démocratique lui-même ; et dans ce cas, à partir de quel seuil car il y a forcément un seuil cesse-t-on de parler d’“imperfection démocratique” pour admettre que l’on glisse vers autre chose, un régime hybride, illibéral, voire autoritaire, tout en continuant paradoxalement à se réclamer du label démocratique ?