Le mot "privilège", terme dénaturé s'il en est, est je le pense utilisé à tort par certains, et voici pourquoi, par la simple démonstration de l'écrasant sens sémantique unidirectionnel que possèdent toutes les définitions du mot.
Le Larousse, ainsi que Le Robert nous donnent moult définitions et exemples, analysons les :
DÉFINITIONS :
ROBERT
1. Droit, avantage particulier accordé à un individu ou à une collectivité, en dehors de la loi commune. Les privilèges de la noblesse et du clergé sous l'Ancien Régime.
LAROUSSE
1. Dans la France de l'Ancien Régime, droit, avantage exclusif possédé par un individu ou un groupe par concession royale ou par droit de naissance. Synonymes : passe-droit - prérogative
Ici, on comprend que la caractéristique du privilège, c'est l'exception, ou encore la particularité propre, relative à un titre ou une institution, de posséder des droits, qu'ils soient légaux ou de facto, exclusifs à eux, dont le commun ne bénéficie pas. Ce qui est un privilège, c'est ce qui accorde des avantages supérieurs à la norme sociale.
ROBERT
2. Avantage, faveur que donne qqch.
LAROUSSE
2. Avantage particulier considéré comme conférant un droit, une faveur à quelqu'un, à un groupe : Le privilège de l'âge. Synonyme : bénéfice
Ici, dans la même idée, on parle de faveur, un bénéfice , ce qui implique un cadeau, une bénédiction particulière octroyée par un biais particulier. Toujours quelque chose qui est EN PLUS d'une normalité, EN PLUS de l'état neutre des choses, parce que le sujet n'est pas neutre, il possède une qualité qui lui donne une supériorité d'une manière ou d'une autre.
ROBERT
3. Apanage naturel (d'un être, d'une chose). La pensée est le privilège de l'espèce humaine ( le propre de). Avoir le privilège de (+ infinitif).
Ici on est sur une sémantique un peu différente où il ne s'agit pas de parler de droit supérieur ou de faveur, mais plutôt d'un trait particulier, d'une singularité, du monopole d'une caractéristique, qui fait partie de la nature de quelque chose qui est par essence le seul détenteur du trait qu'il aurait le privilège de posséder.
Dans un sens très large, on reste sur l'idée de possession hors norme, rareté, supplémentation en valeur, par rapport aux autres sujets de nature différente, mais comparer les sujets dans ce cadre est stérile par essence.
LAROUSSE
3. Ce que l'on considère comme un avantage : J'ai eu le privilège de le voir sur scène avant sa mort. Synonyme : avantage
Ici, l'exemple donné nous donne un contexte à cette sémantique. Il s'agit ici de parler de chance et aussi d'appréciation personnelle positive d'une chose ou d'un évènement avec lequel on est lié. On a la chance d'avoir eu ou été en possession ou en présence de quelque chose que l'on valorise.
LAROUSSE
4. Défaut que quelqu'un semble avoir reçu comme un don : Il a le privilège d'exaspérer tout le monde. Synonyme : don
Ici le terme privilège a un sens similaire à celui de la définition ROBERT n°3, la singularité, le monopole d'une qualité par un sujet, excepté que cette fois, le sens est détourné par l'ironie pour désigner un défaut singulier.
LAROUSSE
5. Droit reconnu à un créancier d'être préféré aux autres créanciers sur les biens d'un débiteur.
Ici, sens de créancier préféré, priorisé, en haut de la hiérarchie de ses pairs, lorsqu'il est question d'accès aux biens d'un débiteur.
LAROUSSE
6. Sous l'Ancien Régime, autorisation d'imprimer donnée par le pouvoir souverain.
C'est assez clair, c'est un terme administratif ancien qui donne le feu vert royal pour faire un tirage, autrement dit absence de censure ici.
QUELQUES EXPRESSIONS :
Avoir le triste privilège de, avoir été désigné pour remplir une tâche peu agréable moralement.
Sens ironique, détourné, qui porte sur le singulier et déploré devoir qu'un tel doit effectuer.
Privilège d'émission, droit d'émettre de la monnaie, généralement réservé aux banques centrales.
Même sens que le privilège d'imprimer sous l'ancien régime, on ne restreint pas la banque, on lui donne le droit de fabriquer et de faire circuler de la monnaie, sens administratif.
Privilège royal, lettre par laquelle le roi accordait un privilège.
Le droit singulier au dessus de la norme accordé à un tel par le pouvoir suprême.
Privilège du préalable, droit conféré législativement à l'administration de prendre dans de nombreuses matières des décisions immédiatement exécutoires.
Singulier pouvoir, monopole de l’exécutif par l’administration.
Privilège du salarié, garantie de paiement des salaires et de certaines indemnités accordée au salarié d'une entreprise en situation de règlement judiciaire. (Cette garantie générale porte sur les biens meubles et immeubles de l'employeur.)
Formule administrative qui porte sur l'avantage accordé à un corps social particulier, les salariés, lorsque l'entreprise coule.
CITATIONS :
Charles de Gaulle (Lille 1890-Colombey-les-Deux-Églises 1970)
Le désir du privilège et le goût de l'égalité, passions dominantes et contradictoires des Français de toute époque […].
La France et son armée, Plon
Ici le privilège est mis en opposition ("passions[...]contradictoires") avec le terme d'égalité, renforçant le sens sémantique du droit particulier au dessus du commun.
Jean Giraudoux (Bellac 1882-Paris 1944)
Le privilège des grands, c'est de voir les catastrophes d'une terrasse.
La guerre de Troie n'aura pas lieu, II, 13, Ulysse , Grasset
Ici on a le monopole d'un privilège mi figue mi raisin, qui accorde sécurité mais aussi vue d'ensemble sur l'horreur. Privilège car singularité, qualité, nature de. Privilège dans son sens ironique aussi, de ce qui est singulièrement déploré comme étant telle qualité de tel sujet.
QUE PEUT ON EN CONCLURE ?
Quelle qu'en soit la définition et la mise en pratique, le terme de "privilège" renvoie TOUJOURS à une condition hors norme, positive ou négative, de fait ou de droit.
La normalité est le contraire du privilège. Le commun des mortels est le piédestal sur lequel le privilégié peut monter.
La norme ou le traitement neutre ne représente pas la sémantique du mot privilège.
Le privilège n'est pas non plus la réciproque du démuni ou du lésé, parce que le privilège se différencie du droit ou traitement commun, et non ne se différencie du nécessiteux ou du pestiféré.
La qualité est supérieure à la normale.
La norme n'est donc pas un privilège, qu'importe le contexte dans lequel on décrit la norme et les sujets qui représentent cette norme.
Merci d'avoir lu et qu'on ne vienne plus m'opposer de sémantiques fallacieuses à ce terme quasi monolithique. 
Afficher uniquement les messages de l'auteur du topic