Samira* boit son thé, silencieuse. Seuls ses yeux vitreux traduisent son désarroi. Sa honte aussi. En 1995, elle a envoyé son fils à Bouya Omar, un mausolée près de Marrakech célèbre pour ses séances d’exorcisme. Karim* est resté enfermé pendant deux décennies dans le village du même nom, avec des centaines de Marocains eux aussi torturés, drogués et affamés. Evacués par les autorités en juin 2015, Karim et les 798 autres captifs de Bouya Omar n’étaient pourtant pas ensorcelés : ils souffraient de troubles mentaux. Mais, comme Samira, des milliers de familles ne trouvaient pas de structures adaptées à la maladie de leurs proches. Désespérées, elles les abandonnaient dans des sanctuaires, où un véritable business du maraboutisme s’est développé.