Ça recouvre tout. Les rues, les visages, les voix. On sourit parce qu’il faut. On s’embrasse parce que c’est écrit dans le programme. On se souhaite du bien avec des mots morts, empaquetés depuis cinquante ans, qu’on ressort une fois l’an comme des guirlandes moisies.
C’est la grande foire à la vertu obligatoire.
Le théâtre social dans sa version la plus grasse, la plus obscène : on s’aime sur commande, on se pardonne sous les néons, on se donne bonne conscience à coups de papier cadeau. Tout le monde joue. Tout le monde ment un peu plus fort que d’habitude. Et surtout : tout le monde fait semblant d’y croire.
On parle de chaleur humaine, mais ça pue le radiateur.
On parle de famille, mais chacun surveille l’heure, l’alcool, la sortie de secours. Les rancunes sont bien là, tassées sous la nappe, mais on met le couvercle. Une soirée. Juste une soirée. Après, on retournera à l’indifférence ordinaire. Mais ce soir, attention : paix sur terre, sourires réglementaires, émotion sous cellophane.
Le plus cruel, c’est pour les âmes qui ne savent pas tricher.
Celles qui sentent la fausseté comme une odeur. Celles pour qui un geste faux fait plus mal qu’une insulte franche. Elles regardent la scène comme on regarde une mascarade mal éclairée : elles voient les ficelles, les rires mécaniques, les yeux qui ne suivent pas la bouche. Et ça leur retourne l’estomac.
On leur dit : fais un effort.
Mais ce qu’on leur demande, au fond, c’est de se prostituer un peu. De renier leur justesse intérieure pour maintenir la comédie. De sourire quand le cœur se retire. De dire joie quand ça sonne creux. Noël devient alors une épreuve morale : soit tu mens avec les autres, soit tu passes pour un rabat-joie, un malade, un asocial.
Alors elles se taisent.
Elles encaissent. Elles regardent les cadeaux inutiles s’empiler comme des preuves matérielles du vide. Elles boivent parfois trop, ou pas du tout. Elles attendent que ça passe. Elles savent que derrière le décor, rien n’a changé. Que l’amour vrai ne se convoque pas par calendrier. Qu’il surgit nu, imprévu, souvent hors saison.
Noël, pour elles, n’est pas une fête.
C’est un révélateur. Une radiographie sociale. On y voit qui joue, qui fuit, qui se raconte des histoires pour ne pas regarder le manque. Et on y voit surtout ceci : la société ne supporte pas le silence, ni la vérité, ni la sobriété de l’âme. Elle préfère le bruit, le sucre, la lumière artificielle.
Quand tout est fini, quand les rires retombent comme des ballons crevés,
il reste ce malaise épais. Cette fatigue morale. Cette sensation d’avoir traversé une pièce pleine de fumée sans jamais pouvoir ouvrir la fenêtre. Les âmes authentiques respirent enfin quand janvier revient, gris, nu, honnête. Plus personne ne fait semblant d’aimer. On peut de nouveau être juste. Discret. Réel.
Et c’est peut-être ça, la vraie paix.
Pas celle qu’on proclame à Noël.
Celle qu’on retrouve quand le théâtre ferme.
Très vrai. J'aime le texte.
C'est de toi? 
Le 25 décembre 2025 à 16:55:23 :
Très vrai. J'aime le texte.C'est de toi?
hélas
Le 25 décembre 2025 à 16:56:58 :
Jésus Christ peut te sauver.
C'est lui qui nous a mis dans cette situation
Le 25 décembre 2025 à 17:01:55 :
https://youtu.be/n72m879epUc
Qu'est ce que ça signifie ???
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