- Que faites-vous de beau mon ami ?
- Je vais au marché, pour acheter des carottes.
- Vous avez donc de l'argent sur vous ?
- Pouvez-vous me montrer cela ?
- Attendez, ce n'est pas ce que je crois ?
- Mais enfin mon ami, êtes vous aveugle ? Ne voyez-vous pas que cette pièce est à mon effigie ?
- euh...Si monsieur, je le sais, toutes les pièces du royaume sont à votre effigie.
- Et cela ne vous dérange pas d'échanger une pièce à mon effigie contre trois misérables carottes ?
- Mais enfin, UNE IMAGE DE MOI !
- Cela ne vaut-il donc rien à vos yeux ?
- Je...euh, enfin si...je ne sais pas
- J...Je n'y ai jamais pensé avant
- Il y a un portrait de moi sur cette pièce de monnaie, paysan !
- Admettez que cela a tout de même plus de valeur que quelques piteux légumes !
- Dans ce cas pourquoi l'échangez-vous quand même ?
- J...je dois manger, monsieur
- Vous préférez manger plutôt que de garder cette précieuse image près de vous ?
- Ah mais vous avouez en plus ?
- Mais chef, si je ne mange pas je vais mourir de faim !
- Vous pourriez aussi garder cette pièce et repaître votre âme de sa contemplation.
- Je n'avais pas vu les choses sous cet angle monseigneur
- Evidemment puisque vous ne m'aimez pas ! Si vous m'aimiez, vous auriez tout naturellement préféré mourir de faim devant mon image plutôt que de l'échanger pour vous goinfrer.
- Je suis impardonnable sire, j'implore votre clémence
- Ecoutez: je sais que les tentations de ce monde sont nombreuses et qu'il faut savoir pardonner, j'aurai pu comprendre si vous l'aviez échangée contre un palais ou une rivière de diamants. Mais contre trois carottes...
- J...J'en ai d'autres sire ! Sous mon matelas ! À la maison !
- Vous mettez des carottes sous votre matelas ?
- Ah ! Euh, oui je vois...Bon et alors ? Où voulez-vous en venir ?
- Je me disais que si j'en dépensais une...Il resterait toujours les autres, vous...vous comprenez ?
- Quoi c'est ça votre excuse ? Vous plaisantez, il n'y a pas de petites tromperies.
- Non attendez sire ! Ce n'est pas ce que vous croyez ! Je peux tout expliquer !
- Je vous écoute, mais c'est votre dernière chance mon ami...
- J...Je comptais acheter des carottes, et en garder quelques-unes pour les revendre plus cher au village d'à coté, afin d'avoir encore plus d'images de vous sur ces jolies pièces !
- Un mal pour un bien, ce n'est pas très chrétien. Voilà bien la rouerie des petites gens.
- Enfin, je ne peux pas choisir de faire le bien à votre place. J'espère pour vous que votre petit stratagème réussira, car à la fin je saurai aisément faire la différence entre ceux qui m'aiment vraiment et ceux qui profitent de moi : ceux qui m'aiment le plus seront ceux qui auront beaucoup d'images de moi. Quant aux autres, ils seront châtiés. Souvenez vous-en, monsieur de la Fontaine.
JvArchive compagnon