Il fût un temps où les hommes exposaient fièrement les plus belles femmes de toutes les contés du Royaume de France, une fois par année, le jour où la nuit était la plus longue et la plus froide.
Chaque représentante était triée sur le volet parmi les plus belles donzelles de chaque hameaux, après d'éprouvants rites de sélection où elles devaient réchauffer le plus cœur du plus grand nombre, meurtrit par le désespoir grandissant.
Un jour, la déesse de la beauté, jalouse et frustrée que toutes ces vilaines accaparaient l'attention des jeunes hommes, arracha de la croute terrestre, le plus grand et rutilant diamant ayant existé.
Aphrodite passa sept jours et sept nuits, à façonner de sa main divine, ce précieux minéral.
Le premier jour, la base de ce qui allait être sa plus belle œuvre fut sculpté : un corps élancé et une croupe élégante, aux proportions parfaites, ni trop excessives, ni insuffisament généreuse.
Le deuxième et le troisième jour, un visage faisant pâlir les anges, fut esquissé. Il était le résultat d'un savant mélange, aussi inattendu que sublime, situé entre l'exotisme de la Polynésie et le caractère du sud de Pompignan.
Le quatrième jour, le majestueux destrier des dieux, Pégase, fut dépouillé de sa brillante et soyeuse crinière par Aphrodite en personne, pour habiller l'angélique visage de sa création.
Le cinquième jour, l'œuvre était déjà tellement si parfaite, qu'elle ne pouvait émettre des vocalises revêtant une vulgaire voix humaine, aussi belles soit t-elle. La déesse fit ainsi don de sa voix suave, glamour et aux arrières notes mezzo-soprano.
Le sixième jour, il était l'heure pour la divinité de lui faire don du plus grand de tout les cadeaux : la vie. La poupée inanimée silencieuse, désarticulée et au teint blême, devint alors chaude et colorée, exaltant de vie.
Le septième jour, la reine de beauté constata que sa création avait dépassé son contrôle. Sa beauté enterrait la sienne, sans aucune contestation. Elle ne pouvait l'accepter. Folle de jalousie, elle prit donc la décision de bannir la jeune femme devenue sa rivale, sur la contré la plus reculée du Royaume : L'île de Tahiti.
Telle une comète brillant au firmament, la jeune femme s'écrasa sous les yeux ébahis des modestes habitants du village de Papeete, qui la recueillirent telle une naufragée du ciel pour l'élever comme leur propre fille, lui inculquant notamment la bienveillance et l'élégance.
Le diamant était désormais prêt pour être exposé aux yeux du monde. Il lui fallait toutefois un nom pour concourir. Les jeunes hommes subjugués par une telle beauté, crièrent à unisson, haut et fort, Hinaupoko qui signifiait « grande déesse » en marquisien.
Selon la légende, l'élection de Hinaupoko annoncera l'implacable courroux de la déesse déchue, Aphrodite, qui rependra la maladie sur les femmes dans le Royaume des hommes, pour avoir osé détourner leur regard d'elle, au profit de sa rivale : Hinaupoko.
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