Rencontre fortuite, moi le garçon solitaire et timide, le banlieusard, terrassé en un regard. Ce qui est sûr, c'est qu'elle était belle, non par sa plastique mais par sa bonté, sa tendresse. Tous ces cinq ans à me demander si je méritais sa bénédiction sur une terre où les anges sont maudits. Les après-midi à parler, à discuter, à sourire, les embrassades, les sourires...
Elle avait des cicatrices sur les bras, des stigmates. Elle ne parlait pas souvent, elle riait. Ses cheveux, j'aimais les toucher, ses yeux je m'y perdais. Elle essayait de me comprendre, moi aussi. Je n'y arrive toujours pas. Et j'arrive toujours pas à comprendre le motif des anges. Dieu les envoie parfois vers tel ou tel endroit, à la quête d'un paumé. On ne sait s'ils sont éternels ou juste là. Mais elle était vivante, de chair et d'os bien qu'ailleurs.
Lorsqu'on parlait de damnation et de rédemption et quand Bernanos berçait nos disputes. Je ne sais toujours pas si elle a jamais été vivante, si j'ai loupé une équinoxe ou une vie et si ce n'était pas une métaphore. Mais l'Homme et ses cathédrales, ses espaces de vide et d'absolu, ses créations, ses destructions, elle les rejetait. Par mépris. Car elle était le sang du désespéré. Certes elle était riche mais d'un or qu'on ne trouve que dans le ciel. Je suis tombé amoureux, je tombe toujours, je fuis à jamais l'éternel.