La rage. C’est incroyablement répandu, mais les gens ne croisent pas souvent les animaux qui la portent.
Les mouffettes surtout, et les chauves-souris.
Laisse-moi te peindre un tableau.
Tu pars camper, et à midi tu décides de faire une sieste dans un petit hamac. Pendant que tu dors, une petite chauve-souris brune, au stade de « rage » de l’infection, s’agite en plein jour, mal à l’aise et assoiffée (à cause de l’hydrophobie). Tu ronfles, tu la surprends. Elle passe en mode attaque.
Sauf que tu dors, et que c’est une petite chauve-souris brune, donc environ 6 grammes. Tu ne sens même pas qu’elle se pose sur ton genou nu, et elle commence à mordre. Ses dents sont minuscules. À peine de quoi percer la peau, mais elle réussit à te faire une sorte de petite égratignure qui passe complètement inaperçue.
La rage ne circule pas dans ton sang. En fait, une analyse de sang ne dira même pas si tu l’as. (Les tests d’anticorps peuvent être faits, mais sont inutiles si tu as déjà été vacciné.)
Tu te réveilles, sans rien savoir. Si tu remarques quelque chose sur l’endroit mordu, tu penses juste que tu t’es un peu éraflé quelque part.
La bombe est amorcée, et ton système nerveux est la mèche. La rage va se multiplier le long de ton système nerveux, sans causer de dommages, et totalement indétectable. Tu n’as LITTÉRALEMENT AUCUN symptôme.
Ça peut être quatre jours, ça peut être un an, mais le camping est probablement déjà bien loin dans ta mémoire. Puis un jour, tu commences à avoir mal au dos… ou peut-être un petit mal de tête ?
À ce stade, tu es déjà mort. Il n’y a pas de remède.
(La seule exception est le protocole de Milwaukee, qui laisse la plupart des patients morts quand même, et les survivants gravement handicapés, et qu’on ne tente presque jamais.)
Il n’y a pas de traitement. C’est un taux de mortalité de 100 %.
Absorbe ça. Aucun autre virus sur la planète n’a un taux de mortalité de 100 %. Seule la rage. Et une fois que tu as des symptômes, c’est fini. Tu es mort.
Alors à quoi ça ressemble ?
Ton mal de tête devient de la fièvre, et un sentiment général de malaise. Tu es agité. Mal à l’aise. Et effrayé. Comme le virus, qui a pris son temps pour atteindre ton cerveau, trouve un vaste réseau de terminaisons nerveuses, il commence à se multiplier rapidement, en commençant à la base de ton cerveau… là où se trouve ton pont. C’est la partie du cerveau qui contrôle la communication entre le reste du cerveau et le corps, ainsi que les cycles du sommeil.
Ensuite tu deviens anxieux. Tu crois encore que tu n’as qu’une petite fièvre, mais soudainement tu commences à avoir peur, même terrifié, sans savoir pourquoi. C’est parce que la rage est en train de dévorer ton amygdale.
Quand ton cervelet devient brûlant à cause du virus, tu commences à perdre la coordination musculaire, et l’équilibre. Tu te dis que peut-être c’est une bonne idée d’aller voir un médecin, mais en supposant qu’un médecin soit assez malin pour faire les bons tests dans les quelques jours qu’il te reste à vivre, il y a de fortes chances qu’il ne puisse que dire plus tard à tes proches de quoi tu es mort.
Tu trembles, tu es agité, et effrayé. Tu as la peur normale de ne pas savoir ce qui se passe, mais avec le virus qui détruit ton amygdale, c’est amplifié au centuple. C’est à ce moment-là que l’hydrophobie commence.
Tu es horriblement assoiffé, tu veux juste de l’eau. Mais tu ne peux pas boire. Chaque fois que tu essaies, ta gorge se contracte et tu vomis. C’est devenu une véritable peur active de l’eau. Tu as soif, mais regarder un verre d’eau te fait vomir et reculer de peur. La contradiction est impossible à comprendre pour ton cerveau fiévreux à ce stade. À ce moment-là, les médecins devront te mettre sous perfusion pour t’hydrater, mais même ça, c’est inutile. Tu étais déjà condamné dès que tu as eu ce mal de tête.
Tu commences à entendre des choses, ou à ne plus rien entendre, car ton thalamus lâche. Tu goûtes des sons, tu vois des odeurs, tout devient comme le pire trip d’acide jamais vécu. Ton hippocampe étant déjà détruit, tu as du mal à te souvenir des choses, surtout de ta famille.
Tu es seul, halluciné, assoiffé, confus, et absolument, indéniablement terrifié. Tout te fait une peur bleue à ce stade. Ces gens étranges en blouse blanche. Ces gens étranges qui pleurent autour de ton lit, qui essaient de te faire "boire quelque chose" et qui pleurent. Et ça fait seulement une semaine depuis ce petit mal de tête que tu as complètement oublié. Le temps n’a plus de sens pour toi. Ironiquement, tu sais maintenant ce que ressentait la chauve-souris quand elle t’a mordu.
Finalement, tu entres dans la phase de la "rage muette". Ton cerveau a commencé le processus de fermeture. Trop de zones ont été transformées en virus liquide. Ton visage s’affaisse. Tu baves. Tu n’as presque plus conscience de ce qui t’entoure. Un bruit ou une lumière soudaine peut encore te faire sursauter, mais la plupart du temps, tout ce que tu peux faire c’est fixer le sol. Tu n’as pas vraiment dormi depuis environ 72 heures.
Puis tu meurs. Toujours, tu meurs.
Et il n’y a pas une… putain… de chose… que qui que ce soit puisse faire pour toi.
Ensuite se pose la question de quoi faire de ton cadavre. Bien sûr, l’enterrer est la bonne chose à faire. Mais ce putain de virus peut survivre dans un cadavre pendant des années. Tu pourrais tuer chaque animal enragé de la planète aujourd’hui, et si, dans deux ans, un bout humide et préservé d’un ancien cerveau est mangé par un animal, tout recommence.
Alors ouais, la rage me fout une trouille énorme. Et c’est PARTOUT.
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