Il est périlleux de parler de la mort, car c'est une affaire de l'homme, non de la parole. L'esprit la craint, le cœur la fuit, et l'éloquence la voile d'un manteau de pitié qui ne saurait la contenir. Pourtant, il nous faut reverer son existence, non pour la craindre davantage, mais pour en comprendre la place dans le grand ordre de nos existences.
La mort n’est pas le pire des maux, car c’est une fin commune à tous les hommes, que l'on soit vertueux ou lâche. C’est un sort inéluctable et égal. La véritable ignominie, l'opprobre qui devrait nous effrayer, n'est pas de périr, mais de vivre dans la honte et de laisser derrière soi une vie qui n'a été d'aucun usage.
Ceux qui, parmi nous, ont su l'affronter avec courage, n'ont pas agi par un mépris insensé de la vie. Au contraire, c'est parce qu'ils aimaient la vie et l'idéal qui la fonde qu'ils n'ont pas craint sa fin. Ils ont compris que le salut de la cité, au sens politique, la pérennité de la loi et la vertu de l’esprit valent bien la somme de tous les plaisirs que peut offrir l’existence. Ils ont jugé qu’une mort noble l’emporte sur une vie sans dignité.
Leur véritable tombeau ne se trouve pas dans un cimetierre, ni sur les stèles de marbre que nous érigeons. Leur monument le plus durable est la mémoire de leurs actions, l’exemple qu’ils ont laissé, et l’héritage de courage qu'ils ont transmis. Ils ne sont pas morts pour nous faire de la peine, mais pour nous enseigner que le prix de la liberté et de la grandeur se paie avec la plus précieuse des monnaies.
Alors, comprenons que la mort, pour quiconque a mené une vie de vertu, n’est qu’une transition. Le souvenir des justes demeure. Apprenons de ceux qui ont accepté cette issue avec fermeté, pour que nos vies, à leur tour, soient dignes d’être un jour, elles aussi, l’objet d’une juste commémoration.
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