Madame la Juge,
Je traverse quelques remous ces derniers temps. J ai eu une douleur inexplicable au thorax et une chute de ma vitalité.
Puisqu il est impossible d obtenir un examen rapide dans ce soi disant paradis social, j ai gambergé. La douleur montait, la confusion aussi. Et avec le temps j ai fini par croire que oui, j allais bientôt crever comme une merde madame la Juge.
Alors j ai fait n importe quoi à tous les niveaux. Mais enfin, Madame la Juge, je suis né dans un monde totalement vicié.
Ah oui, il y a 100,200 ans, des gens ont failli imposer leur génie. Ils ont proposé Qu on s organise, qu on se batte pour un monde meilleur. Mais le gaz, le pétrole, le plastique, LE CONFORT ont annihilé cette solidarité. Je suis né dans un monde abruti, où chacun est incité à né penser qu à soi, son argent, son confort, en avoir plus, plus vite. Mais Madame la Juge, ce pétrole et ce gaz sont notre mort. La mort de la civilisation. Et, partant, toutes les autres morts. La mort humaine, la mort de l innocence, la mort de la pensée, la mort de la beauté.
Et moi, Madame la Juge, à 16 ans j avais déjà compris ça. Regardez cet avocat, et ce procureur, j aurais pu etre eux. J avais le potentiel. J aurais voulu être eux. Avec leurs petites certitudes. Avec leur situation confortable. Mais non, moi Madame la Juge, déjà à 16 ans je me posais des questions. Je les voyais, les futurs avocats, les futurs procureurs. Les Titouans et les Aymerics. Mes parents ne comprenaient rien et voulaient me former comme eux. Mais non Madame la Juge moi je lisais des centaines de livres, je découvrais la philosophie moderne, je voyais que la civilisation était morte depuis Spinoza, qui lui même était un dernier avertissement. Je voyais Gilles Deleuze adulé par une intelligentsia parisienne qui ne trouvait pas choquant que lui même leur disait que tout cela était du spectacle, de la broderie. Je voyais le monde sombrer dans une décadence hypocrite.
Et moi, Madame la Juge, je rêvais. J espérais autre chose. Je pensais pouvoir prendre la poudre d escampette, m échapper, me bâtir une petite ville cachée pour 80 ans. Je n y suis arrivé. J ai pourtant fais tout mon possible pour être le bon garçon bien gentil mais Madame la Juge ils ont pas arrêté, durant des jours, des semaines, des années, à me casser les couilles, me provoquer, m humilier, ils ne m ont pas laissé le choix.
Alors oui, Madame la Juge, j ai fini par vouloir me venger.
Alors Madame la Juge, vos délires de gynocratie, de patriarcat. JE M EN BAS LES COUILLES MADAME LA JUGE
MOI tout ce que je vois c est que vous êtes tous manipulés et montés les uns contre les autres ET ÇA ME DÉSOLE MADAME LA JUGE
Moi j ai des préoccupations plus terre à terre, comment manger sainement avec un budget minuscule, comment trouver un emploi à l abri des 90% de gros cons qui composent cette société, comment rester hors de l œil de Sauron
Moi je suis un Juan Branco qui ne veut pas faire du fric MADAME la Juge
Je suis un Martin Éden pas assez couillu pour sauter à l eau MADAME la Juge
Je demande juste qu on me foute la paix et voilà que mes droits les plus fondamentaux commencent à être bafoués
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