Chapitre 1 L’autre monde
La mort fut rapide. Une voiture, un virage, des phares. Et le noir.
Puis, une lumière douce. Une brise chaude. L’odeur de pins et de terre humide.
Haruki rouvrit les yeux dans une clairière. L’herbe était d’un vert presque surnaturel, le ciel d’un bleu limpide, sans pollution ni lignes électriques. Des insectes scintillants bourdonnaient paresseusement autour de lui. Plus loin, un ruisseau chantait entre les pierres. Haruki se redressa, hébété, son uniforme de lycéen froissé, taché de poussière.
C’est pas possible…
Une elfe apparut alors entre deux arbres. Peau claire, oreilles effilées, robe blanche flottant dans la brise. Elle le regarda, pencha la tête, puis sourit.
Le cœur de Haruki s’emballa.
C’est… un isekai, murmura-t-il, les yeux écarquillés. J’ai été réincarné…
Une vraie aubaine pour ce lycéen japonais n’ayant que peu connu de succès social ou amoureux. Tout y était : le village pittoresque, les huttes de bois, les chants, la magie discrète, la nourriture simple mais chaleureuse. Il fut accueilli par des êtres mi-hommes mi-bêtes, des artisans nains, des guérisseuses elfiques. On lui offrit un abri, des vêtements, une soupe. Il passa plusieurs jours à rire, à courir dans la forêt, à écouter des chansons anciennes.
Et puis, peu à peu, quelque chose grinça.
Une affiche, d’abord. Collée sur un mur, en hauteur. Papier jauni, encre noire.
Un visage humain, figé, aux traits anguleux et au regard sévère. En dessous :
« La magie est le poison du corps social. La vigilance est un devoir. »
Sceau du cabinet du Salut de la Nation.
Un matin, il grimpa sur une colline pour admirer le lever du soleil. En contrebas, il vit une structure de métal : une antenne radio haute de plusieurs mètres, bardée de panneaux, protégée par des barbelés rouillés.
Puis ce fut le son.
Un ronronnement lointain, grave, mécanique.
Il redescendit vers le village. La brume se levait à peine que le sol vibra.
Vrrr… VrrRRROUM.
Les oiseaux s’envolèrent d’un coup sec. Les nains, elfes et autres créatures magiques se figèrent. Les anciens se levèrent lentement, graves.
Haruki, lui, ne comprenait pas.
Qu’est-ce que c’est ? Un dragon ?
Puis les premiers véhicules surgirent à l’orée de la forêt.
Des camions de transport militaire, sales, rouillés, avancèrent à vitesse constante. Ils étaient escortés par des motocyclettes, et constitués par des groupes de soldats. Les premiers portaient un uniforme kaki foncé : pantalons rentrés dans des bottes de cuir, chemises boutonnées, casques d’acier rivetés, fusils Mauser en bandoulière. Visages jeunes, tendus, mais disciplinés.
Derrière eux vinrent les autres.
Des silhouettes noires, plus rigides. Trench-coats de cuir parfaitement ajustés, visages fermés, visières brillantes, gants noirs. Certains portaient des insignes dorés en forme de croix stylisée dans un cercle.
Des chiens, des bergers allemands massifs, tenus en laisse courte, grognaient, excités, aboyant à chaque mouvement.
Un haut-parleur grésilla.
Zone occupée. Toute présence magique doit être recensée. Toute résistance est une trahison envers le peuple et la révolution nationale !
Les soldats descendent en grande pompe des camions. Les casques d’acier pointèrent leurs fusils et commencèrent à « traiter » les populations, euphémisme employé par les dignitaires du parti. Les officiers de la police politique avançaient au centre, méthodiques, le regard balayait les êtres féeriques comme du bétail à trier. Un officier lut une liste sur un carnet.
Numéro 12, nain. Numéro 14, elfe. Numéro 17, sujet non identifié : humanoïde étranger.
Les cris commencèrent. Des enfants furent séparés de leurs parents. Une elfe fut giflée, jetée au sol. Un vieux nain reçut un coup de crosse en plein visage. Des coups de feu retentirent. Secs, sans sommation.
Haruki, tétanisé, s’interposa devant deux soldats qui emmenaient un faune.
Arrêtez ! Il est inoffensif ! Vous n’avez pas le droit !
Un soldat le frappa au ventre. Un autre lui mit un genou dans le dos. Un des soldats s’approcha, toisa Haruki au sol, puis déclara :
Mon colonel on a un partisan.
- un terroriste vous voulez dire - répliqua t-il - vous me l’embarquez avec les autres j’ai quelques questions à lui poser
Il fut traîné sans ménagement, soulevé par deux soldats. Son regard, encore embué, croisa une affiche collée sur le côté d’un camion.
« Protégez la Nation. Dénoncez les créatures. Le Parti veille. »
Puis tout devint noir. Haruki, biberonné aux isekai rêvait encore de son harem, à la place il se retrouve maintenant transféré au QG de la police politique pour acte de terrorisme. Il apprendra au cours de ses aventures que le courage et la vertu sont un luxe qu’il ne peut pas se permettre. Il n’est pas le héros, il est désormais une victime de la politique de répression du Parti
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