Topic de Milareppa :

Le temps n'existe pas les kheys

Ce que nous appelons le temps pourrait être mieux compris comme un mouvement, le déploiement du cosmos selon des règles qui l’ordonnent.

Cette intuition rejoint celle d’Aristote, qui définissait déjà le temps comme le « nombre du mouvement selon l’antérieur et le postérieur » autrement dit, comme une mesure liée au changement, et non une entité autonome.

Nous sommes soumis à l’illusion d’un monde temporel à travers notre incarnation dans un univers où le mouvement est régulier. Une seconde écoulée à Paris l’est aussi, simultanément, à New York.

Mais nous savons, grâce à la relativité restreinte d’Einstein, que cette cohérence du passage du temps n’est vraie que parce que ces deux villes coexistent dans un même référentiel : la Terre. Si elles étaient situées dans deux galaxies différentes, avec des vitesses ou des masses différentes, leurs rythmes temporels seraient désynchronisés. Le temps n’est donc pas absolu, mais relatif à l’observateur, à son mouvement et à sa gravité.

Le temps se confond alors avec l’espace, formant ce qu’Einstein nomme l’espace-temps. Sa réalité se révèle être celle d’un mouvement coordonné dans une structure à quatre dimensions.

À notre échelle, ce mouvement constitue notre manière d’être au monde. Il s’exprime dans notre expérience de l’existence, par le déploiement de notre monde intérieur.

Ce présent dont nous faisons l’expérience n’est pas un simple instant placé entre passé et futur sur une ligne temporelle. Il est une durée vécue, pour reprendre le terme de Bergson, qui distingue le temps mesurable du temps intérieur. Une continuité vivante de l’existence : une présence qui se souvient du passé grâce à la mémoire, et qui anticipe un futur possible à travers nos représentations mentales. C’est ainsi que le temps se manifeste pour nous : incarné dans la conscience.

Cela se passe en nous, à travers notre Être.

« Je pense, donc je suis », affirme Descartes. La seule vérité dont je suis certain, c’est que j’existe. Autrement dit, la seule chose dont je peux véritablement attester, c’est cette existence qui se manifeste dans un présent continu, lieu vivant où se déploie, pour moi, la réalité.

Cette idée rejoint la pensée de Heidegger, pour qui le Dasein (l’être humain) est un être jeté dans le monde, dont l’essence est temporelle. Le présent n’est pas un point fixe, mais une ouverture vers le passé (déjà-là) et vers le possible (projection).

La seule réalité pour nous est donc celle que nous incarnons. Même si je ne doute pas de l’existence d’une réalité extérieure, je n’en fais l’expérience que depuis mon monde intérieur.

Ce monde intérieur se manifeste dans la réalité temporelle que nous habitons avec notre corps, et dans l’illusion commune d’un temps linéaire qui passe.

Mais la réalité peut aussi se manifester en nous de manière discontinue par rapport au temps ordinaire dans les rêves, lors d’expériences mystiques, psychédéliques, ou dans les états de mort imminente.

Ces états modifiés de conscience ont été explorés par des penseurs comme William James ou Carl Jung, qui y voyaient des ouvertures vers des couches plus profondes du psychisme ou de la réalité. Plus récemment, Raymond Moody (expériences de mort imminente) ou encore Stanislav Grof (psychologie transpersonnelle) ont montré que le rapport au temps pouvait y être radicalement transformé.

Là, une autre forme de réalité apparaît. Parfois plus intensément que dans l’état d’éveil incarné, elle révèle une autre manière d’être présent à l’existence.

En réalité, nous sommes immergés dans cette illusion qu’est le Temps, une illusion qui se dissipe lorsqu’on le comprend comme un présent continu, d’où l’existence prend mouvement et forme.

Pour nous, ce que nous appelons « réalité », c’est ce dont nous faisons l’expérience. Mais qu’en est-il de ce qui est réellement réel ? Du monde extérieur en soi ?

C’est très simple : le monde extérieur, tel que nous le concevons, n’existe pas en tant que réalité autonome.

Cette idée rappelle le phénomène et le noumène chez Kant : nous n’avons jamais accès à la "chose en soi", mais seulement à ce qu’elle manifeste dans notre conscience. Le monde extérieur n’est donc pas faux, mais relatif à notre mode de perception.

Toute chose dans l’existence a son propre mode d’être. Ce que nous appelons l’« extérieur » possède une présence qui se manifeste dans la réalité à partir de son propre monde intérieur.

On rejoint ici Heidegger à nouveau : chaque étant est une manière d’être, une forme de présence à l’Être. L’homme n’est pas le seul à exister, tout être est une forme d’ouverture au monde, à sa façon. Cette idée touche aussi le panpsychisme contemporain, comme chez Thomas Nagel ou dans les travaux de la Galileo Commission, qui interrogent l’intériorité possible de toute chose.

Je ne peux pas être certain de connaître ce qu’est ce monde intérieur des choses. Mais ce qui est réellement réel, c’est nécessairement cette réalité intérieure propre à chaque chose.

L’extérieur, comme le temps, n’existe que de manière relative et illusoire.

Ce qui est réel, c’est la réalité intérieure, manifestée dans une présence continue à l’existence.

C’est une présence éternelle, qui se déploie indéfiniment à travers le mouvement.

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Milareppa
Date de création
25 juillet 2025 à 22:25:06
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