- Bonsoir monsieur, comment allez-vous ?
- Ahhhh. (Je lachais un cri de surprise en découvrant le visage de mon interlocuteur. Sa face qu'il avait dissimulée jusqu'à maintenant paraissait étrangère à ce monde. Sous ses cheveux gras, une peau grisâtre dessinait un visage cabossé et il me paraissait difficile de deviner son âge).
- Votre... hum... votre visage... que... que s'est-il passé ?
- Aaarghh...Monsieur, hélàs, une grande fatigue m'accable. *toux* *toux* *toux*
- Fiiiiiuu (Je sifflais d'étonnement ou de compassion... devant la face ravagée de mon ami. La fatigue dont semblait souffrir tout le village l'avait frappée et il semblait prêt à s'effondrer devant moi. Après s'être étiré longuement, il reprit son interrogatoire)...
- Grrrbbll... Etes-vous toujours chez votre mère ?
- Oui. Je... réside chez ma mère pour le moment
- On m'a dit que vous aviez visité l'Italie ?
(Son regard semblait s'éteindre un peu plus à chaque mot qu'il prononçait. Il gardait un sourire narquois de façade qui semblait gravé dans son visage informe. Mais... ce sourire n'était qu'un vestige d'une époque plus heureuse. Car je ne voyais au fond de ses yeux que l'interminable attente d'un repos qui ne viendrait plus jamais.)
- Oui j'ai aimé l'Italie. Je ressens une lassitude depuis mon retour de voyage.
- Je dois encore enregistrer pour le Kinétoscope.
- Humm grand bien vous en fasse
(Je parlais déjà à un cadavre... les mots sortaient d'une enveloppe vidée de son âme, comme une machine répétant sans cesse les mêmes phrases. L'ami à qui je pensais parler n'était plus... et il me semblait de plus en plus évident que cela faisait des années qu'il avait quitté ce monde. L'abomination qui se tenait devant moi avait conservé son apparence mais la nature profonde de cette entité paraissait trop absurde et grossière pour pouvoir la comprendre. Je devais m'en aller car je sentais une étrange fatigue naitre au fond de moi...)
- Mon ami cela est carré (lui dis-je)
- Hum... rendez-moi donc visite dans ma brumeuse Normandie si l'occasion se présente à vous
- Je vous écrirai quand je viendrai en Normandie. Nous irons au bal.
(Je tournais les talons et m'éloignais, laissant ce qui fut un jour mon ami, seul, au milieu du chemin. Tandis que je tournais à l'angle de la rue, je n'osais pas me retourner pour lui adresser un dernier regard mais je l'entendis au loin répéter "Etes-vous toujours chez votre mère...")
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