Le 01 octobre 2024 à 03:08:00 :
Le 01 octobre 2024 à 03:01:42 :
Tu fais des phrases à rallonge comme une écrivaine qui m'est familière ; ton style est agréable, vivant, immersif ; on a l'impression de voir une caméra braquée sur les scènes décrites par ta plume, une caméra avançant inlassablement vers le fond du train, au moment où le dit train chemine lui aussi sur les railles enveloppées par la pénombre.Oh c'est très gentil, ça me touche, j'aime beaycoyp cette idée d'un style de plume proche d'une caméra à l'épaule, qui rend compte, sur le vif, des vies qu'elle rencontre, merci
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Avec plaisir. J'ai pour habitude d'expliciter mon ressenti, et là, je dois dire que j'aime ce que tu as écrit.
Le 01 octobre 2024 à 03:02:34 Rothirsch1 a écrit :
Le 01 octobre 2024 à 02:54:51 :
J'ai fait pleins de trajets de nuit. Sur un bateau en Amazonie, dans un train en Roumanie et en Allemagne, dans un bus au Chili, en Serbie, en Bolivie...
Le plus long que j'ai fait c'était 26h de bus pour rejoindre le Paraguay depuis la Bolivie.
Autant dire que j'apprécie tout particulièrement voyager la nuit, voyager longtemps, voyager dans l'inconfort, les ronflements, le feed tiktok du voisin qui rend fou, la faim, les moustiques tigres, la petite latina mignonne qui s'endort sur toi, le yougoslave poilu qui fait de même aidé par la bière, les lumières du matin qui t'harcèle à 5h du mat après avoir réussi à fermer les yeux à 3h...
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On voyage mieux au-dedans de ces bus et de ces trains, qu'au dehors, oui, les beaux paysages à voir, les natures qui défilent, ne sont pas aux fenêtres, mais sur les bancs, sur les sièges, ce sont ces portraits d'hommes et de femmes, dont on ne sait rien, sinon qu'ils sont là, avec nous, qu'ils peinent aussi à dormir, qu'ils ont mal au dos, aux pieds, qu'ils sont sales et pauvres, c'est toute l'humanité déchue qui est mise en peinture dans ces instants-là
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Cela me rappelle la fois où je fis connaissance de ma voisine de siège lors d'un interminable trajet d'une douzaine d'heure à travers la campagne serbe. L'ennui et l'inconfort nous poussèrent dans les bras l'un de l'autre, et nous passâmes le voyage à converser de nos vies respectives. Après s'être ravitaillé de quelques bières tièdes vendues quelques dinars par un brave, elle me conta ses malheurs : son père mort à la guerre alors qu'elle était un bébé, puis tombée dans l'héroïne dès l'âge de 7 ans, les violences les plus atroces que lui a infligé son ex mari, ses cicatrices sur ses bras, sa dentition marquée par les coups de poing, son combat pour récupérer la garde de sa fille... J'avais devant moi une véritable Cosette des temps modernes, Hugo lui-même aurait eu besoin d'une décennie pour conter toutes ses aventures. En véritable gentlemen, je lui offris la moitié de mon sandwich au jambon ainsi qu'une épaule contre laquelle pleurer dans ce compartiment si vide. Je n'oublierais jamais cette nuit-là, où nous nous alcoolisâmes sans aucune forme de modération et firent l'amour comme s'il s'agissait de notre dernier jour sur cette terre.
Le 01 octobre 2024 à 03:19:50 :
Le 01 octobre 2024 à 03:02:34 Rothirsch1 a écrit :
Le 01 octobre 2024 à 02:54:51 :
J'ai fait pleins de trajets de nuit. Sur un bateau en Amazonie, dans un train en Roumanie et en Allemagne, dans un bus au Chili, en Serbie, en Bolivie...
Le plus long que j'ai fait c'était 26h de bus pour rejoindre le Paraguay depuis la Bolivie.
Autant dire que j'apprécie tout particulièrement voyager la nuit, voyager longtemps, voyager dans l'inconfort, les ronflements, le feed tiktok du voisin qui rend fou, la faim, les moustiques tigres, la petite latina mignonne qui s'endort sur toi, le yougoslave poilu qui fait de même aidé par la bière, les lumières du matin qui t'harcèle à 5h du mat après avoir réussi à fermer les yeux à 3h...
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On voyage mieux au-dedans de ces bus et de ces trains, qu'au dehors, oui, les beaux paysages à voir, les natures qui défilent, ne sont pas aux fenêtres, mais sur les bancs, sur les sièges, ce sont ces portraits d'hommes et de femmes, dont on ne sait rien, sinon qu'ils sont là, avec nous, qu'ils peinent aussi à dormir, qu'ils ont mal au dos, aux pieds, qu'ils sont sales et pauvres, c'est toute l'humanité déchue qui est mise en peinture dans ces instants-là
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Cela me rappelle la fois où je fis connaissance de ma voisine de siège lors d'un interminable trajet d'une douzaine d'heure à travers la campagne serbe. L'ennui et l'inconfort nous poussèrent dans les bras l'un de l'autre, et nous passâmes le voyage à converser de nos vies respectives. Après s'être ravitaillé de quelques bières tièdes vendues quelques dinars par un brave, elle me conta ses malheurs : son père mort à la guerre alors qu'elle était un bébé, puis tombée dans l'héroïne dès l'âge de 7 ans, les violences les plus atroces que lui a infligé son ex mari, ses cicatrices sur ses bras, sa dentition marquée par les coups de poing, son combat pour récupérer la garde de sa fille... J'avais devant moi une véritable Cosette des temps modernes, Hugo lui-même aurait eu besoin d'une décennie pour conter toutes ses aventures. En véritable gentlemen, je lui offris la moitié de mon sandwich au jambon ainsi qu'une épaule contre laquelle pleurer dans ce compartiment si vide. Je n'oublierais jamais cette nuit-là, où nous nous alcoolisâmes sans aucune forme de modération et firent l'amour comme s'il s'agissait de notre dernier jour sur cette terre.
Oh là là quelle émotion de voir ces portraits vivants de toutes les damnations, de fréquenter, souvent sans le savoir, ces plaies secrètes, encore béantes, et par exception, comme par effraction, d'entrer en elles, d'en observer l'ampleur, et de constater, après leur décantation, après les âges, ce qu'elles ont suscité d'odieux ou de merveilleux pour ceux qui les portent, voilà, on fait une étude très serrée du malheur dans ces trajets de nuit, on n'en sort jamais indemne
Le 07 octobre 2024 à 22:22:13 :
en plus y'a tjrs un mec qui pue
L'odeur vous vient comme une vapeur, c'est un air chaud, là, en suspension, vous reconnaissez, entre milles, celle des hommes, le parfum des corps fatigués, exténués, mis à nu, tout de leurs entrailles est ébruité, ces arômes sont des confessions, ah que le jour a été chaud, ah que la marche a été dure, leurs pieds sales, la sueur de leur front, tout dans l'atmosphère tiède prend ici l'allure d'un aveu, mais quel réconfort, vraiment, de le sentir, oui ces baumes virils vous plaisent, à vous, ou à vos orgues intérieures, charnelles, oh, animales, qui s'enivrent du vice et des saletés, voilà, cette puanteur vous rassure, elle est une compagnie chère, elle conspire tout net contre les ombres de la solitude, oui, quand elle vous vient, quand vous la sentez, vous savez que vous n'êtes plus seul, vous êtes, là, dans cette pièce de nuit, entouré de votre espèce
Le 08 octobre 2024 à 00:57:03 :
Que quelqu'un lui explique qu'une phrase doit se finir par un "." je vous en conjure.
Beurk, on commence à mettre des points aux phrases, on s'enrégimente, on veut vivre la vie de caserne, recluse et bien réglée, et puis on finit assassin, tyran, dictateur, ah voilà bien où mène ce fascisme ponctuatif
Le 08 octobre 2024 à 01:13:43 :
Il y a ceux pour qui les trains sont toujours en grève
Et leurs histoires d'amour n'existent que dans leurs rêves
Et y a ceux qui foncent dans le premier train sans faire attention
Et forcément ils descendront déçus à la prochaine station
Il y a bien de l'audace à faire rimer grève avec rêve, ah on reconnaît bien là tout l'esprit français, ironique et goguenard
JvArchive compagnon