La solitude nie à ce point la vie que l'épanouissement de l'esprit, né de déchirements intérieurs, en devient presque insupportable. N'est-il pas significatif que les hommes qui s'insurgent contre lui soient précisément ceux qui en ont trop, ceux qui connaissent la gravité de la maladie ayant affecté la vie pour engendrer l'esprit ? Seuls les bien-portants en font l'apologie, eux qui n'ont jamais éprouvé les tourments de la vie ni les antinomies sur lesquelles se fonde l'existence.
Ceux qui sentent réellement le poids de leur esprit le tolèrent, eux, orgueilleusement, ou le présentent comme une calamité. Nul, cependant, n'est ravi au fond de lui-même de cette acquisition catastrophique pour la vie. Comment serait-on, en effet, charmé par cette vie dénuée d'attrait, de naïveté et de spontanéité ? La présence de l'esprit indique toujours un manque de vie, beaucoup de solitude et une souffrance prolongée.
Toute existence qui ne recèle pas une grande folie reste dépourvue de valeur. En quoi une telle existence se distinguerait-elle de celle d'une pierre, d'un bout de bois ou d'une mauvaise herbe ?
Je l'affirme en toute honnêteté, il faut vouloir être porteur d'une grande folie pour vouloir devenir pierre, bout de bois ou mauvaise herbe.
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