Pour les dépressifs, vous vous dites sûrement que c'est un soulagement, la seule chose qui vous fait tenir, paradoxalement.
Qu'au moins vos souffrances auront une fin.
Mais si demain on vous diagnostiquait un cancer vous paniqueriez et vous vous rendriez compte que vous n'avez jamais cru à toutes ces conneries.
La vérité s'imposera alors, vous ne voulez pas mourir et mieux encore, vous voulez vivre. Et maintenant c'est fini, vous ne pouvez plus, vous auriez pu.
Sauf que tant que la possibilité de commencer à vivre existe toujours pour vous, que le futur existe toujours pour vous, tout va bien, vous pouvez rester en veille, ne pas prendre conscience de votre mort, remettre la vie au lendemain.
Se fondre dans tout ce qui peut anesthésier votre conscience, vous maintenir sous le niveau nécessaire à l'expérience de l'angoisse face à votre propre finitude, ça vous savez faire, je sais faire aussi.
Mais vivre en connaissance de cause, ça c'est plus difficile. Et je parle pas de vivre comme si vous alliez mourir demain, devenir zinzin et faire n'imp, car c'est un mensonge de plus, mais bien de vivre sans savoir quand vous allez mourir, tout en sachant que ça arrivera et que c'est ce qui vous définit essentiellement.
Vous n'êtes pas au clair avec la mort.
Et moi non plus, naturel tout ceci sera.