- «Lorsqu'on vient à examiner quel est aux Etat-unis l'exercice de la pensée, c'est alors qu'on aperçoit bien clairement à quel point la puissance de la majorité surpasse toutes les puissances que nous connaissons en Europe.
La pensée est un pouvoir invisible et presque insensible qui se joue de toutes les tyrannies. De nos jours, les souverains les plus absolue de l'Europe ne sauraient empêcher certaines pensées hostile à leur autorité de circuler sourdement dans leurs Etats et jusqu'au sein de leurs cours. Il n'en est pas de même en Amérique : tant que la majorité est douteuse, on parle ; mais dés qu'elle est irrévocablement prononcée, chacun se tait, et amis comme ennemis, semblent alors s'attacher de concert à son char. La raison en est simple : il n'y a pas de monarque si absolue qui puisse réunir dans sa main toutes les forces de la société et vaincre les résistances, comme peut le faire une majorité revêtue du droit de faire les lois et de les exécuter.
Un Roi d'ailleurs n'a qu'une puissance matérielle qui agit sur les actions et ne saurait atteindre les volontés ; Mais la majorité est revêtue d'une force tout à la fois matérielle et morales, qui agit sur la volonté autant que sur les actions, et qui empêche en même temps le fait et le désir de faire.
Je ne connais pas de pays où il règne, en général, moins d'indépendance d'esprit et de véritable liberté de discussion qu'en Amérique».
De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville, éditions Gallimard, pages 380-381.
- «En Amérique, la majorité trace un cercle formidable autour de la pensée. Au-dedans de ces limites, l'écrivain est libre, mais malheur à lui s'il ose en sortir. Ce n'est pas qu'il ait à craindre un autodafé, mais il est en butte à des dégoût de tous genres et à des persécutions de tous les jours. La carrière politique lui est fermée : il a offensé la seule puissance qui ait la faculté de l'ouvrir. On lui refuse tout, jusqu'à la gloire. Avant de publier ses opinions, il croyait avoir des partisans ; il lui semble qu'il n'en a plus maintenant qu'il s'est découvert à tous ; car ceux qui le blâment s'expriment hautement, et ceux qui pensent comme lui, sans avoir son courage, se taisent et s'éloignent. Il cède, il plie enfin sous l'effort de chaque jour, et rentre dans le silence, comme s'il éprouvait des remords d'avoir dit vrai.
Des chaînes et des bourreaux, ce sont là les instruments grossiers qu'employait jadis la tyrannie ; mais de nos jours la civilisations a perfectionné jusqu'au despotisme lui-même qui semblait pourtant n'avoir rien à apprendre.
Les princes avaient pour ainsi dire matérialisé la violence ; les républiques démocratiques de nos jours l'ont rendue tout aussi intellectuelle que la volonté humaine qu'elle veut contraindre. Sous le gouvernement absolue d'un seul, le despotisme, pour arriver à l'âme, frappait grossièrement le corps ; et l'âme, échappant à ces coups, s'élevait glorieuse au-dessus de lui ; mais dans les républiques démocratiques, ce n'est point ainsi que procède la tyrannie ; elle laisse le corps et va droit à l'âme. Le maître n'y dit plus : Vous penserez comme moi, ou vous mourrez ; il dit : Vous êtes libres de ne point penser ainsi que moi ; votre vie, vos biens, tout vous reste ; mais de ce jour vous êtes un étranger parmi nous.
[...] Vous resterez parmi les hommes, mais vous perdrez vos droit à l'humanité. Quand vous approcherez de vos semblables, ils vous fuiront comme un être impur ; et ceux qui croient à votre innocence, ceux-là mêmes vous abandonneront, car on les fuirait à leur tour. Allez en paix, je vous laisse la vie, mais je vous laisse pire que la mort ».
IBID pages 381-383
- «L'inquisition n'a jamais pu empêcher qu'il ne circulât en Espagne des livres contraires à la religion du plus grand nombre. L'empire de la majorité fait mieux aux Etats-Unis : elle a ôté jusqu'à la pensée d'en publier».
résumé : Alors que la puissance des despotes est matérielle, la majorité est une "force matérielle et morale qui agit sur la volonté". La majorité "trace le cercle" de la pensée, de la respectabilité. En dehors de ce cercle, toute personne est déshumanisé, ostracisée. Sous l'effet de la majorité, la violence n'est plus matérielle mais intellectuel. Contrairement au despotisme, la majorité démocratique peut frapper les "âmes". En conséquence de quoi, la majorité détruit l'indépendance d'esprit.
En substance, la majorité démocratique, par son expression, a un pouvoir de bâillonnement moral. De la crainte de ce bâillonnement, résulte un autre pouvoir : celui de fixer les conventions sociales à respecter sous peine d'ostracisme. C'est un véritable pouvoir de contrôle sur les esprits.

Tocqueville conseillait d’ailleurs la vie en petite communauté, pour éviter l’individualisme des hommes, et selon lui l’élément fédérateur devait être la religion.
Le pauvre, réseaux sociaux, grande ville déshumanisée, abandon de la religion
Le 17 octobre 2021 à 21:17:42 :
L’OP go t’intéresser à saint Simon maintenant si tu aimes la philosophie divinatoire, ces mecs ont lu les vices de nos sociétés actuelles alors qu’elles n’existaient pas, mais on préfère enseigner la pensée de Marx qui n’a jamais arrêté de se tromper
j'ai une étude de Gueniffey sur lui.
Imagine a government that fears its own people a system where open debate is seen as a threat, where gatherings are suspicious and where wealth is deliberately drained from the masses? Sounds familiar isn't it? This is tyranny as Aristotle described it over 2,300 years ago and he wasn't just theorizing about tyranny. He had personal experience with tyrants from multiple angles as a young man. In Athens he witnessed the aftermath of the rule of the 30 tyrants and later in life Aristotle had a close relationship with hermus who was the Tyrant of atarus. Combined with his studies these personal exposures to tyranny provided Aristotle with a keen insight into the nature of tyrannical rule they provided him with a nuanced understanding of how tyranny affects both societies and individuals and how philosophical principles can stand in opposition to tyrannical power. For Aristotle tyranny wasn't just about cruel dictators It was an entire system of governance an institution designed to perpetuate unjust Rule and understanding it might be just as relevant today as it was back then but why should we care about an ancient Greek philosopher thoughts on Government Because Aristotle's insights provide a framework for understanding political systems that goes far beyond his time. Aristotle's analysis helps us make sense of political phenomena so we can see it in our own rulers. Aristotle's concept of tyranny is far more nuanced than our modern notion of oppressive rule. He presents it as a distinct political institution with specific characteristics in his monumental work. He dissects tyranny itself he shows us how it's different from other forms of government including those with a single ruler a king and a tyrant might both hold absolute power but for Aristotle the distinction lies in how that power is used and for what purpose. At its foundation Aristotle defines tyranny as a system of governance that exists for the benefit of the rulers rather than the governed.
Tyranny in Aristotle's view is a Corruption of legitimate forms of government it combines all the bad elements of both oligarchy and democracy taking the concent of wealth from the former and the disregard for Law and tradition from the latter. Interestingly Aristotle notes that tyrants are often chosen from the meanest group of people. This suggests that tyranny isn't simply imposed from above but can arise from within the population especially in times of social upheaval. The result is a society where law becomes subservient to the ruler's will state resources are used for personal gain rather than public good and traditional checks on power are disrespected and eliminated. This stands in contrast to Aristotle's conception of a true king. While both a tyrant and a king might wield absolute power the key distinction lies in the purpose of their rule. Tyrant governs for personal gain a king respects the law and traditions and rules for the welfare of the community. Crucially if the people no longer want the king's rule a true king will willingly abdicate. Something Unthinkable for a tyrant. Aristotle argues that this situation makes tyranny inherently unstable when a government systematically prioritizes the interests of its rulers and their friends over the populace. It generates widespread discontent in essence. Aristotle sees tyranny not just as bad leadership but as a fundamental perversion of government's purpose. It's an institution that inverts the very reason for political Community using the state as a tool for the advantage of the few rather than the welfare of all.
According to Aristotle tyranny often emerges from within existing political systems, particularly democracies and oligarchies. The path to tyranny he argues is paved with popular support and clever manipulation of societal divisions. in democracies Aristotle observes that tyrants often start as demagogues charismatically leaders who gained popularity by championing the cause of the common people against the elite. They promised to address social inequalities and redistribute wealth. Let's look at a historical example. In Athens Pisistratus rose to power in the 6th Century Before JC. by positioning himself as a champion of the common people. He famously staged an attack on himself to gain public sympathy and a significant personal security Force which he then used to seize the Acropolis Despite twice being overthrown, Pisistratus regained power each time through a combination of popular support and strategic alliances eventually establishing a tyranny that lasted until his death. In oligarchies tyranny can arise when one member of the ruling Elite outmaneuvers the others consolidating power for themselves . This might happen through political scheming election fraud or by appealing to the disenfranchised masses for support against their fellow oligarchs. s Aristotle notes that times of social and economic upheaval are particularly ripe for the emergence of tyrants. When there's widespread discontent with the current system people become more willing to support radical changes even at the cost of their political freedoms. In other words the rise of a tyrant isn't just about one person's ambition it's a symptom of deeper institutional and societal issues including political dysfunction, economic disparities and the failure of existing systems.
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