vous connaissez cette adaptation ? https://www.youtube.com/watch?v=gI69a2xGrH0
je me demande s'il y en a de la même..."trempe" ou quoi
Le 26 novembre 2020 à 18:53:07 sapolerie a écrit :
vous connaissez cette adaptation ? https://www.youtube.com/watch?v=gI69a2xGrH0je me demande s'il y en a de la même..."trempe" ou quoi
Le 26 novembre 2020 à 18:54:05 Joe-raoult a écrit :
Le 26 novembre 2020 à 18:53:07 sapolerie a écrit :
vous connaissez cette adaptation ? https://www.youtube.com/watch?v=gI69a2xGrH0je me demande s'il y en a de la même..."trempe" ou quoi
La jalousie du barbouillé.
Molière part en province après son échec parisien. Il y reste entre 1646 et 1658. Durant ce temps il joue un certain nombre de farces avec sa troupe, genre alors oublié à Paris. La plupart de ces farces connues que par leurs titres, sont perdues. 2 ont été conservées dans un manuscrit connu dès le XVIIIème siècle et publiées en 1819 seulement. Leur authenticité a été contesté mais aujourd'hui on pense qu'elles viennent de Molière. Mais peut être que le texte conservé n'est pas exactement comme celui de la représentation. De même que les italiens de la commedia dell arte imrprovisaient sur un simple canevas, de même Molière et sa troupe pouvait broder sur le texte qu'on a. Dans cette pièce, plusieurs cènes n'ont que quelques lignes et on peut croire qu'elles étaient plus développées à la représentation et que les acteurs tiraient de leur imagination des jeux de scène et des plaisanteries que le texte n'a pas retenus. C'est une farce rudimentaire dans la tradition du trio Gaultier Garguille, Gros Guillaume et Turlupin, qui était actif sur le parterre de l'Hôtel de Bourgogne jusque vers 1630, tradition entretenue par les troupes italiennes. Molière est resté fidèle à l'esprit de ses premières farces jusqu'à la mort. La Jalousie de Barbouillé s'inspire du compte le Jaloux corrigé, de Boccace. Le Barbouillé est jaloux et cocu, sa femme Angélique, légère et rusée. Le docteur philosophe se mêle à la querelle conjugale, type classique de la farce, pédant ridicule tout farci de latin. L'oeuvre vaut plus par le rythme et le mouvement que par le texte lui même. Elle fut jouée 7 fois après le retour de Molière à Paris entre 1660 et 1664, preuve qu'il reste attaché à ces petites farces, qui furent une révélation pour le public parisien. Les ennemis de Molière l'appelaient le premier farceur de France. Gorgibus était également dans le Médecin volant, tout en étant héro de Gorgivus dans le sac, dont Molière a du s'inspirer pour les fourberies de Scapin.
Le médecin volant.
Le rythme de cette deuxième farce est plus rapide, sensible à la lecture et ne pouvant que faire rire le spectateur. Ce n'était pas une attaque contre les médecins et leur ignorance auquel Molière s'adonnera pourtant plus tard. Le médecin est ici un type traditionnel de la farce. Un jeu scénique reposant sur le fait que Sganarelle joue 2 rôles à la fois, changeant de costumes et sautant sans cesse d'un lieu à l'autre d'où le titre le Médecin volant. Molière jouait le rôle comme il jouera tous les Sganarelle paraissant dans ses comédies postérieurs. Tout repose sur son adresse dans cet exercice de voltige s'apparentant à un numéro de cirque, demandant une grande agilité, souplesse, pour donner l'illusion que les 2 personnages successifs sont simultanément sur la scène. Il s'agit via un jeu rapide et réglé d'étourdir le spectateur et de l'entraîner de force dans un jeu invraisemblable sans qu'il ait le temps de se rendre compte de cette in vraisemblance. Ce gag sera repris dans le " Malade imaginaire. ". C'est à un canevas italien que Molière emprunte le thème du Médecine volant, joué par Scaramouche probablement. Boursaults, rival de Molière, fait jouer en 1661 sous le même titre, une comédie en vers à l'Hôtel de Bourgogne. L'arlequin Dominique Biancolelli a écrit plus tard un scénario sur le même sujet. Les thèmes de face constituaient un fonds commun où puisaient comédiens français comme italiens. La farce de Molière a a été jouée 16 fois encore à Paris entre 1659 et 1664. Comme il l'avait fait pour la " Jalousie duBarbouillé, Molière emprunte plusieurs traits à son Médecin volant, qu'on retrouve dans l'Amour médecine, le Médecin malgré lui et le Malade imaginaire. C'est une preuve que son oeuvre comique est nourrie du souvenir de ses premières farces.
L'étourdi. Quand Molière a continué à errer en campagnes au début de carrière, il n'avait pas fait que des farces avec sa troupe. Il s'était aussi mis à la comédie. Il avait obtenu la protection du prince de Conti, frère du Grand Condé. Les 2 premières comédies de Molières étaient en 5 actes et en vers, montrant qu'il voulait se libérer du cadre étroit de la farce. D'abord l'étourdi, créé à Lyon en 1655, une simple comédie d'intrigue sans prétention à l'étude des caractères. Pas une farce mais pas encore une comédie de moeurs. Sans être des pantins, les personnages n'ont pas encore d'épaisseur humain. Cette oeuvre symbolise bien la transition de Molière. Les personnes ne constituent pas eux même le sujet de la comédie mais les aventures auxquelles ils sont mêlés. Molière en est encore au stade de la comédie d'intrigue, romanesque, du genre de celle qui règne alors à Paris avec Scarron ou Boisrobert. Le sujet de l'étourdi, Molière l'a emprunté à une modèle italien nommé l'Inevertito, le Malavisé, de Barbieri publié en 1629. D'autres sources françaises, italiennes et espagnoles s'y ajoutent. Plus tard le thème est repris par Quinault dans l'Amant indiscret. L'essentiel de la comédie de Molière tient dans la création de Mascarille, type de valet qui réapparaissent dans le Dépit amoureux et dans les Précieuses ridicules et que Molière jouait sous le masque. C'est le seul qui avait une vie moins théâtrale dans la pièce alors que les autres personnages étaient encore proches des types de la farce et de la comédie italienne. Mascarille préfigurait Scapin et Figaro. C'était un valet rusé, adroit. La pièce repose sur un jeu comique à répétition dont le principe relève de la farce car Mascarille multiplie les efforts pour joindre son maître Lélie à la belle esclave, Célie, qu'il aime. Chaque fois qu'il fait une ruse, Lélie intervient maladroitement pour foutre en l'air les projets. La situation se produit 10 fois de suite. Dans les Facheuxs et l'Ecole des femmes, même chose.
Dépit amoureux.
C'est la deuxième comédie que Molière écrit en province, joué à Béziers en décembre 1656 et repris à Paris en 1658. C'est une comédie en 5 actes, en vers et empruntée à un vieux modèle italien, l'Interesse de Secchi, écrit en 1581. Comme l'étourdi encore, c'est une comédie romanesque, d'intrigue, ayant un imbroglio très compliqué et ayant énormément de péripéties dont certaines invraissemblables. La substitution d'enfant est le thème, compliqué par le fait qu'une fille a été substituée à un garçon et qu'elle est obligée donc de se travestir. Un thème qui est repris en 1666 par Gilbert dans sa comédie des Intrigues amoureuses. Valville à la fin du XVIIIème siècle fait une version simplifiée du Dépit amoureux en 2 actes qui s'est substituée depuis lors du texte original. Dans Dépit amoureux le spectateur peut vite perdre le fil de l'intrigue à cause de sa complexité. Dans une pièce trop imaginée et surchargée de péripéties, Molière n'a pas retrouvé l'aisance, ou le style de l'Etourdi. La qualité de la pièce est inférieur à sa précédente. Nombre d'emprunts sont faits à Térence, Plaute, Rotrou, Erasme, Beltrame ou d'autres italiens. Malgré tout il y a des points positifs à retenir comme la création du premier vrai couple d'amoureux de Molière. On voit enfin de êtres humains agissant sous l'impulsion de leur propre sensibilité et leur instinct. Eraste et Lucile sont les ancêtres de tous ces jeunes amants de grandes comédies où Molière a pris la défense de la jeunesse et de l'amour, la liberté de choix des coeurs contre toutes les contraintes sociales, les egoismes, les traditions et les intérêts ligués contre l'épanouissement des jeunes personnes. D'Agnès à Henriette ces comédies offrent bien des répliques de cette Lucile, première de lignée qui sait laisser parler son coeur, à 'unisson de celui d'un amant sincèrement épris.
Et la scène du dépit amoureux, malentendu, rupture et réconciliation, donnant son titre à la comédie, est empruntée à une ode célèbre d'Horace. Elle annonce les subtils jeux de l'amour de Marivaux. Molière la double d'une scène parallèle mais écrit un ton au dessous avec une pointe de comique, entre le valet et la servante des 2 amoureux cette deuxième scène, plus courte, et moins raffinée dans les termes, affirme qu'au delà des classes sociales diverses, le coeur a ses lois constantes. Cette scène eu un succès et on le voit avec les témoignages des contemporains. Il refait cette même scène 2 fois, dans le Tarfuffe, acte II scène IV et dans le Bourgeois gentilhommme, acte III, scène X. Cela montre une fois de plus que Molière savait puiser dans ses succès antérieurs.
Sganarelle ou le cocu imaginaire.
Cette pièce sort 6 mois après les Précieuses ridicules. Il s'agissait d'une autre comédie en actes. Cette fois ci l'oeuvre était en vers, montrant que l'auteur voulait lui donner une forme plus littéraire, celle de la comédie. Pourtant c'était toujours une farce. Il n'a pas puisé son sujet dans l'actualité parisienne cette fois. Molière puisait ici dans les thèmes traditionnels, comme un retour au source. Notamment le thème des fausses apparences. Comme fans la Fausse apparence de Scarron et les Apparences trompeuses de Boisrobert. Tout cela venait des dramaturges espagnols ayant traité le sujet sur le mode pathétique. Molière le reprend mais dans le registre de la farce car il s'agit là d'une suite de quiproquos et malentendus séparant un moment les 2 amoureux et faisant croire à Sganarelle que sa femme le trompe. Il faut attendre un dénouement commode pour remettre les choses en place. Sganarelle prend la place de Mascarille. Molière remplace la marionnette ou le bouffon faisant rire le public par un héros certes grotesque mais qui reste humain, dans sa pauvre humanité ridicule, pris dans une situation comique impensable. Un faible ayant des complexes mais satisfait de lui même, un couard ayant des velléités de combattre mais dont la lâcheté finit par l'emporter, un jaloux sans amour vrai. Ce bouffon côtoie le tragique par moment. Molière mêle à la farce déjà enrichie d'une étude de moeurs dans les Précieuses ridicules une étude de caractère le plaçant au niveau de la vraie comédie. Molière jouait le rôle de Sganarelle, soulignant par la mimique et le geste les sentiments du personnage entre les grimaces et les roulements des yeux, etc.... Il traduisait les nuances du texte par les expression diverses du visage.
En plus d'être un texte très bien écrit, la langue et savoureuse, drue, pleine de proverbes et d'expressions populaire. Le 28 mai 1660 a lieu la première représentation au théâtre du Petit Bourbon. D'abord la pièce connait le succès quoique moindre que celui que connut les Précieuses ridicules. Mais ce succès a duré dans le temps car le Cocu imaginaire est une des pièces que Molière a le plus joué. Au total 122 fois pour être précis. Mais le succès se ternit après le XVIIème siècle. A noter que le libraire Ribou ayant publié l'année précédente de publier clandestinement les Précieuses ridicules, recommence et met en vente une édition subreptice du Cocu imaginaire. Puis il en publie une deuxième édition, augmentée en commentaires élogieux, d'un spectateur. Molière s'adresse à la justice et fait saisir l'édition frauduleuse. Le même libraire publie une comédie intitulée la Cocue imaginaire, précédée d'une préface où l'auteur couvrait de louanges celui qu'il pillait. Résultat, Molière obtient une nouvelle saisie. Cela prouve au moins que chaque pièce de Molière faisait désormais l'objet de curiosités publiques.
Dom Garcie de Navarre.
Quelques temps après Sganarelle, la troupe connait une crise. Le surintendant des bâtiments fait détruire le théâtre du Petit Bourbon sans que les comédiens en soient avertis. Le but était d'agrandir le Louvre. Aujourd'hui son emplacement est occupé par la colonnade du Louvre. Molière n'avait plus de salle. Bien sûr ça arrangeait bien leurs rivaux de l'Hôtel de Bourgogne, lesquels en profitent pour tenter de désorganiser la troupe de Molière en engageant quelques compagnons de Molière. Sauf que la troupe reste fidèlement groupée autour de son chef et Louis XIV lui donne finalement la salle du Palais Royal. Molière veut maintenant innover. Maintenant qu'il est sur un nouveau théâtre encore plus beau, il se dit que c'est l'occasion de faire représenter des pièces plus nobles et moins sommaires. Le thème de l'Espagne revient à la mode avec le mariage de Louis XIV avec Marie Thérèse. Cela faisait 2 ans que Molière avait une grande comédie héroique dans ses cartons, Dom Garcie de Navarre ou le Prince jaloux, comédie en 5 actes et en vers, dont il avait déjà donné des lectures publiques sans des salons amis. Un avait emprunté le sujet à l'Heureuse jalousie du prince Rodrigue de l'Italien Cicognini, lui même s'étant probablement inspiré d'une oeuvre originale espagnole perdue. Cette nouvelle pièce est écrite sur un mode encore inemployé par lui, à mi chemin entre comédie et tragédie, mettant en scène des princes et des princesses à la place des bouffons. Le sujet choisi était ambigu et déconcerte un public ayant déjà classé Molière et ses compagnons comme une troupe comique pour qui la jalousie de Sganarelle était plus à portée que celle de Dom Garcie. En transformant son héroine en vraie précieuse, aux sentiments élevés, sensibles à la gloire comme les héros cornéliens, à sa réputation, Molière avait cru bien faire.
Dès le début du premier acte, elle entre dans le jeu de la casuistique amoureuse chère aux précieuses, dissertant sur une de ces questions d'amour : un véritable amant peut-il être jaloux? Dom Garcie n'est pas un héros de roman, c'est un malade s'accordant mal avec l'héroine trop romanesque. Le style est maladroit ce qui montre que l'intrigue est plutôt insignifiante. Surtout, la pièce n'arrivait pas à faire rire ou 'émouvoir le spectateur. Molière a emprunté de son modèle italien un arsenal romanesque, travesti, reconnaissance tardive de parenté, histoire de billet déchiré, comme on en trouve dans tous les romans précieux. Cela était noyé dans une intrigué à tiroirs ramenant les personnages 4 fois de suite dans la même situation. La pièce était censée répondre aux critiques disant de Molière qu'il n'était qu'un bouffon. 1 an avant la présentation il avait pris un privilège pour l'impression de la pièce, montrant l'importe qu'il lui attachait. Madeleine Béjart paraissait froid dans le rôle de Dom Garcie où il voulait probablement s'éloigner de la déclamation pompeuse, pratiquée alors dans la tragédie mais à laquelle le public était habitué par l'Hôtel de Bourgogne. Il dut abandonner aussi le rôle avant la fin des représentations. Elles ne durèrent pas longtemps ceci dit. Le 4 février 1661 la pièce est jouée. 15 jours plus tard, la pièce est retirée de l'affiche. Aucun libraire ne voulut en dérober une copie et Molière ne la publia même pas de telle sorte que la pièce n'est imprimée qu'après sa mort. Le jaloux bouffon lui avait réussit, pas le jaloux héroique. Pourtant il a repris dans ses pièces ultérieures plusieurs passages de Dom Garcie de Navarre, comme pour reprocher au public son indifférence ou par pur commodité. On a vu des tirades entières de Dom Garcie notamment celle sur la jalousie, dans le Misanthrope quoique dans un autre contexte lui donnant un autre accent. D'autres passages étaient repris dans Tartuffe, Amphitryon et dans les Femmes savantes.
L'école des maris.
Après l'échec de Dom Garcie de Navarre, Molière revient à la farce et à la comédie, les 2 genres ayant fait son succès. Il met seulement quelques semaines à écrire l'Ecole des maris, qui est une comédie en 3 actes et en vers ce qui est nouveau dans la littérature dramatique où les comédies sont généralement en 1 ou 5 actes. La présentation en 3 actes était plus commune à la commedia dell'arte. C'est encore on le voit une face mêlée de comédie. Le problème traité, celui de l'éducation des filles, n'est pas nouveau. Il est récurrent durant tout le XVIIème siècle. Il y a la solution libérale proposée par les Précieuses et le thème des 2 frères opposés sur les méthodes d'éducation sur leurs enfants fourni par les Adelphes, de Rérence. Les 2 modes d'éducation échouent l'un comme l'autre. Une pièce de Lope de Vega, El mayor imposible, est adapté sous le titre de la Folle Gageure, comédie que Molière avait joué. Cette pièce traitait d'un thème voisin. Une comédie de Mendoza inspirée des Adelphes, le Mari fait la femme et le traitement change les moeurs, traité le sujet même de l'Ecole des maris. Peut être qu'au delà des nombreuses versions possibles, Molière a peut être fait ce choix pour des raisons personnelles étant donné qu'il songeait à se marier. L'année suivante, il allait épouser Armande Béjart, dont on ne sait pas si elle était la soeur ou la faille de Madeleine Béjart. Armande avait 20 ans et Molière 40 ans, ce qui était à l'époque l'âge des " barbons " de comédie. En abordant ce nouveau sujet, Molière avait peut être voulut faire une profession de foi rassurante à sa future femme pour lui promettre un mari lui laissant la liberté de vivre à sa guise. Il a repris sous une autre forme le même thème dans l'Ecole des femmes l'année suivante.
Malgré son texte versifié, la pièce reste une farce où le vieillard amoureux est berné et trompé lors d'un dénouement postiche où commissaire et notaire jouent des rôles impossibles. Le crescendo est sensible du ton de la comédie à celui de la farce finale. Molière joue cette farce comme toutes les autres, en fin de spectacle, après la tragédie ou la grande comédie. Le personnage de Sganarelle reparait mais enrichi des traits de Gorgibus. C'est un bourgeois vaniteux en retard sur les moeurs de son temps, qu'il s'agisse de costumes ou d'éducation des filles. La gravure de l'édition originale le montre habillé ridiculement à la mode du ou des siècles précédents. Sa vanité et sa débilité dans la tyrannie rendent les malheurs qui lui arrivent légitimes aux yeux des spectateurs ou de l'auteur. Pour Isabelle, préfigurant Agnès, c'est une vraie jeune fille sage et pudique, mais sachant ce qu'elle veut et ne reculant devant aucune rouerie pour y parvenir. Ce n'est pas encore une innocente comme Agnès à qui l'amour donnera de l'esprit. Au début elle rentre déjà dans les intrigues qui feront triomphe son amour pour Valère et elle les conduit elle même avec adresse. Elle n'a pas la candeur d'Agnès. Ariste est un personnage original. C'est un personnage de comédie introduit dans la farce. C'est le raisonneur prônant la sagesse et la soumission aux moeurs du siècle. C'est l'ancêtre de Cléante de Tartuffe et du Philinte
L'école des femmes.
L'année 1662 est l'apogée de la vie de Molière. L'Ecole des maris connait un grand succès à Paris et les Facheux lui ont valu la faveur du roi. En février 1662 il épouse Armande Béjart. C'est dans ces conditions qu'il fait sa nouvelle comédie. Et pour exploiter le succès de l'Ecole des maris, il écrit l'Ecole des femmes. Le même thème et les mêmes préoccupations sont là, à savoir le problème du mariage bourgeois et de l'éducqtion des filles. La différence est qu'il voulait cette fois revenir à la comédie en 5 actes et ça a donné l'Ecole des femmes au Palais Royal le 26 décembre 1662. Le pièce a connu 31 représentations avant Pâques, 43 durant la saison suivante, plus les visites chez le roi, Colbert, et le duc de Richelieu. A la place de Sganarelle qui incarne plus un bouffon de farce, il met Arnolphe, un " barbon " comique certes mais un être de chair, ridicule voire odieux mais dont on peut s'émouvoir de sa souffrance. Ce n'est plus un masque. Agnès incarne le type de la jeune fille qu'il avait déjà commencé à faire dans ses précédentes comédies et qu'il perfectionne à cette occasion. Une enfant étouffée par une éducation tyrannique et aveugle. Une jeune fille à l'innocence transparente mais à qui l'amour ne tardait pas à donner de l'esprit et qui, prenant conscience d'elle même, de son coeur et de ses désirs, défendait résolument son droit à la vie et finissait par l'emporter sur son tuteur. L'Ecole des femmes est un hymne à la jeunesse et à l'amour. Malgré l'originalité, l'oeuvre a des inspirations comme des souvenirs de certains de Straparole, Cervantès, Lope Vega, Calderon, Brantôme, Machiavel, Boisrobert, de l'Ecole des cocus de Dorimond et de Scarron qui a écrit Précaution inutile. L'Ecole des femmes a valu à Molière une nouvelle faveur de la part de Louis XIV. Pour la somme de 1000 livres il fut couché sur la liste des pensions royales comme " excellent poète comique ". Malheureusement qui dit succès dit jalouse de la part des rivaux.
Ce fut la première grosse cabale montée contre Molière. Cela vient encore de l'Hôtel de Bourgogne. Les comédiens royaux entraînent avec eux quelques écrivains soutenus par le grand Corneille auquel Molière avait repris un vers de Sertorius dans sa comédie, et par son frère Thomas, dont il avait raillé, en passant, les prétentions nobilitaires. Les marquis d'abord, les dévots ensuite soutinrent la cabale et y participèrent. Lors de la première représentation, les adversaires de Molière lui reprochent d'avoir donné une deuxième version de l'Ecole des Maris. Puis ils dénonçaient les plagiats, le dénouement postiches et les récits multipliés. Ensuite on s'offusquait de la fameuse équivoque de Le ( acte II, scène V ) car on voulait voir dans le sermon d'Arnolphe et dans les maximes du mariage de l'acte III, scène II, une parodie des pratiques de la religion. L'accusation était mal fondée sur ce point mais servait de base d'attaque contre Tartuffe par la suite. Le 9 février 1663, Donneau de Visé écrit " Lettre sur les affaires du théâtre " consacrée à Molière où il mêle éloges, critiques et insinuations. Le 17 mars Molière publie l'Ecole des femmes avec une dédicace à Henriette d'Angleterre, belle soeur du roi. La Préface annonce sa prochaine " Critique " où Molière allait récuser ses accusateurs. Elle fut jouée le 1er juin et publiée le 7 août. Molière le dédié à Anne d'Autriche dont la piété était connue comme son goût pour les spectacles. Dans " Zélinde, ou la Véritable Critique de la Critique " comédie dont on ne sait pas si elle fut représentée avant sa publication, il n'y a plus d'éloges. Donneau y excitait pédants et marquis à se joindre à lui pour faire taire celui qui les avait souvent joués. Boursault, autre auteur dramatique, semble avoir été soutenu par les 2 frères Corneille, prit la relève de Donneau de Visé en faisant jouer à l'Hôtel de Bourgogne, au mois d'octobre, le Portrait du Peintre, publié le mois suivant.
Boursault y ajoutait insinuations sur la vie privée de Molière et des soit disant déboires conjugaux. Molière répond en représentant avec l'autorisation du roi, " L'Impromptu de Versailles ". Dans cette comédie, il règle ses comptes avec les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne et à Boursault. Mais bon joueur, Molière ne fait pas publier sa pièce, qui ne parait qu'après sa mort dans l'édition de 1682. Boursault se tint coi. Molière ayant dénoncé leur jeu emphatique et grandiloquent par des cruelles parodies, l'Hôtel de Bourgogne devait répliquer. L'un de ces comédiens était Montfleury qui détestait Molière. Il avait présenté une requête au roi dans lequel il accusait Molière d'avoir" épousé la fille et d'avoir autrefois couché avec la mère ". Il charge son fils d'apporter la réplique à celui qui avait écrit l'Impromptu de Versailles. Son fils le fait dans une petite comédie à qui le duc d'Enghien, fils du Grand Condé et assez hostile à Molière, ouvre les portes de l'Hôtel de Condé. L'Inpromptu de l'Hôtel de Condé nait, bientôt repris à l'Hôtel de Bourgogne et publié en janvier 1664. Cette comédie est menée avec verve et d'un point de vue littéraire, meilleure que celles qui furent alors écrites contre Molière et son Ecole des femmes. L'auteur ne faisait pas d'attaques personnelles contre Molière. Il se contente de prendre la défense des comédiens royaux. La dispute est terminée mais les échos continuaient de se prolonger. En novembre, Charles Robinet, futur gazetier, publie un " Panégyrique de l'Ecole des femmes ou Conversation comique sur les oeuvres de Molière. " Un livre défavorable à Molilère.
Le théâtre du Marais, bien que pas impliqué dans la querelle, voulut quand même surfer dessus et un de ses acteurs auteurs, Chevalier, évoque l'affaire dans les " Amours de Calotin " qui est une comédie jouée en janvier et publiée en février 1664. Le 17 mars, Philippe de la Croix publie " la Guerre comique ou la Défense de l'Ecole des femmes., un plaidoyer sincère sans arrière pensée, et favorable à l'oeuvre de Molière. L'offensive des adversaires de Molière allait pourtant reprendre à la suite de la publication de Tartuffe, en dépit du fait que Molière avait eu le dernier mot notamment avec l'appui du roi, lequel le pensionnait et acceptait le parrainage de son premier fils. Tout le monde voulait voir la pièce avant de prendre parti, et au final les attaques n'ont fait que renforcé l'oeuvre de Molière. La troupe du Palais Royal devenait somme toute un centre de discussions et de querelles.
Critique de l'Ecole des femmes.
Cette pièce fut représentée au Palais Royal le 1er juin 1663. C'était une réponse de Molière à ceux qui attaquaient son oeuvre précédente, l'Ecole des femmes. Mlle Molière y apparait dans le rôle d'Elise. La pièce se caractérise par le ton du dialogue des précieuses et des marquis, où les adversaires de la pièce précédente n'ont bien sûr pas le beau rôle. L'oeuvre montre la nature des critiques contre l'Ecole des femmes par une partie du public et répond aux pédants comme aux marquis turlupins. Lysidas, savant de la comédie, joue probablement Donneau de Visé bien que Boursault croit que c'était l'homme représenté. La tirade sur la tragédie, présentée comme plus facile que la comédie, visait sans doute Corneille, et celle sur les pédants, défenseurs des " règles " , l'abbé d'Aubignac, auteur de la " Pratique du Théâtre. " Le bon sens du parterre opposé aux préjugés des petits marquis et le goût de la cour opposé au savoir enrouillé des pédants et théoriciens est un hommage aux spectateurs ayant applaudi l'Ecole des femmes en plus de répondre point par point à des critiques précises portant souvent sur des questions de détail sans importance. Ou contre les comédiens rivaux sont " tous gens éclairés et qui parlent sans intérêt. " Molière veut affirmer ses théories sur l'art dramatique. Il se moque des règles d'Aristote invoquée par les " doctes " et se résumant selon lui en de simples observations de bon sens. " Je voudrais bien savoir, si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire, et si une pièce de théâtre qui a attrapé son but n'a pas suivi un bon chemin. " Molière veut plaire à son public sans pour autant chercher à le flatter. Contre les Chapelain et les d'Aubignac, il prend le parti des honnêtes gens, dont le jugement seul lui importe.
Cette conception de l'art dramatique est celle de tous nos grands classiques. La Fontaine, dans la préface de Psyché, disait : " Mon principal but est toujours de plaire. " Boileau dans l'Art poétique : " Le secret est d'abord de plaire ou de toucher. " Racine dans la préface de Bérénice : " La principale règle est de plaire et de toucher; " Tous ces auteurs classiques affirmaient écrire pour faire de l'art littéraire un bien commun aux honnêtes gens. Sans avoir besoin d'être muni d'érudition ou de science, mais simplement de raison, de sens et de goût. Et cette pièce de Molière a permis de justement faire savoir ce point de vue qui est également celui de l'auteur sur l'esthétique littéraire et dramatique.
L'impromptu de Versailles.
C'est la deuxième réponse de Molière aux critiques de l'Ecole des femmes. La pièce est jouée devant le roi à Versailles puis être reprise au Palais Royal, ce qui en dit beaucoup sur l'approbation du roi, qui signifiait celle de la Cour et de la Ville. 3 fois, Molière précise que sa comédie est écrite par ordre du roi, histoire de faire fermer la bouche de ses ennemis. Une façon de dire que si ses ennemis voulaient l'attaquer, ils s'attaquaient avant tout au roi. Cette parodie des principaux comédiens de l'Hôtel de Bourgogne déchaînes bien des rires. Il rigole de leur manque de naturel et de leur jeu emphatique. Il avait proclamé sa conception de l'art dramatique dans sa "Critique de l'Ecole des femmes". Cette fois il fait voir sa pensée sur le jeu même du comédien. Et Molière était un excellent imitateur. Cependant même les contemporains favorables à Molière admettaient que Molière était loin d'être aussi bon tragédien que comédien. Molière voulait s'affranchir de la déclamation ampoulée, psalmodiée et des cris par lesquels les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne faisaient le brouhaha. Peut être que ses premiers échecs lors de la période de " l'Illustre Théâtre " soient dus à cet essai de réforme, n'aboutissant d'ailleurs pas, de la déclamation tragique. Derrière la concurrence commerciale des 2 troupes, une opposition claire sur la façon de réciter et sur le jeu du comédien. Dans ses imitations parodiques, Molière épargne tout de même Floridor, le directeur de la troupe royale. Peut être pour rendre hommage au talent du grand tragédien qu'il était, et excellent interprète de Corneille et et de Racine. Boursault, auteur du Portrait du Peintre ainsi que les auteurs rivaux, étaient ensuite visés. L'allusion à Corneille, du cèdre à l'hysope, du plus grand au plus petit, le cèdre ne pouvant être que Corneille montre que Molière appréciait la cabale , par jalousie du succès de Molière.
Le témoignage de l'abbé d'Aubignac le confirme. Avant même qu'il n'y ait pu avoir querelle, Molière était vainqueur ne serait ce que parce que le roi validait Molière. La pièce est une comédie improvisée en quelques jours et montrant Molière au milieu de ses compagnons, dans son emploi de metteur en scène. Entre les boutades envers sa femme et de Mlle du Parc, et les comédiens jouant leurs propres personnages, il y avait de quoi rire. La comédie dans la comédie était un procédé déjà éprouvé qu'avaient utilisé Rotrou dans Saint Genest et Corneille dans l'Illusion comique. Gougenot avait en 1633 fait représenter une pièce nommée la Comédie des comédiens. Scudéry de même l'année suivante. On s'amusait des histoires des comédiens, leurs rivalités, jalousies, aventures, etc.... On riait parfois de Molière même dans son propre personnage de directeur de troupe.
Le mariage forcé.
Autant l'Impromptu était composé à la va vite sur commande du roi, autant ce n'est pas le cas ici car Le mariage forcé marque un retour de la farce dans le cadre d'une comédie ballet. Louis XIV était un bon danseur aimant apparaître dans les ballets de cour. Cette pièce permet au roi mêlé aux plus grands seigneurs de la cour, de paraître au deuxième acte en bohémien au milieu des comédiens et des danseurs professionnels. La musique était de Lulli. Le danseur Beauchamp fait la chorégraphie et les 2 travaillent sous la direction de Molière. Il y a eu donc une relative unité de texte et des entrées de ballet marquant le progrès par rapport à l'improvisation des Fâcheux. Toutes les entrées de ballet et jusqu'à la mascarade finale ont un rapport avec l'intrigue sommaire de la comédie. Le livret du ballet avait été imprimé et selon l'usage distribué aux spectateurs. Le Mariage forcé est joué au Louvre le 29 janvier 1664 dans l'appartement de la reine mère. Au Palais Royal il parait le 15 février sans la présence du roi danseur cette fois. Auprès du public ce n'est qu'un demi succès cependant. Sans doute nombre de spectateurs auraient préféré que Molière continue dans la comédie, surtout après le succès de l'Ecole des femmes. Néanmoins, Le Mariage forcé est repris à Versailles au printemps suivant.
La première comprenait 3 actes et 8 entrées de ballet agrémentés de chansons et de jeux de baladins, de magiciens et d'acrobates. En 1668, Molière remanie sa comédie et la réduit en un acte avant de la publier avec quelques modification. En juillet 1672 une dernière reprise a lie mais vu que Molière était fâché avec Lulli, il a fait faire une nouvelle musique par un autre compositeur, probablement Charpentier. Le Mariage forcé est une farce bouffonne mais qui a malgré tout verve et jaillissement verbal. Une farce restant dans la tradition de la commedia dell'arte et des petites comédies dont Molière régalait les provinces. Ou peut être est elle une nouvelle version de ces farces perdues. La raillerie des pédants et de la scolastique est un thème traditionnel de la farce française. Molière le charge plus tard d'une valeur philosophique. Le thème est le débat autour du débat sur le mariage de Sganarelle. Il vient du " tiers livre " de Rabelais et du songe de Panurge. La " Jalousie du Barbouillé " comportait déjà une consultation du docteur sur le même sujet. On cherchait en vain un écho des préoccupations personnelles de Molière dans ces brèves scènes de farce. Qu'on a cru déceler dans l'Ecole des Maris et dans l'Ecole des Femmes. On est dans le domaine irréel de la pure bouffonnerie.

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